
La mésentente couvait depuis un moment déjà, avant de se faire jour en janvier, le 19 précisément, à Paris. Philippe Dunoyer signait les accords d’Élysée-Oudinot, qui venaient compléter celui de Bougival, tandis que Philippe Gomès refusait de parapher le document. "Certaines divergences ont été visibles en début d’année", note justement l’élu Calédonie ensemble, lors de la conférence de presse qu’il a mené ce jeudi 23 [1] avril [1], afin d’annoncer son départ du parti et la création d’un nouveau mouvement politique.
Ces "désaccords" avec le leader du parti ne sont pas étrangers à la décision de Philippe Dunoyer. "Elles ne permettent pas de conduire une campagne pour les provinciales de manière apaisée et construite." L’élu de la province Sud et du Congrès avait également choisi, "en cohérence", de ne pas participer aux dernières réunions publiques de Calédonie ensemble.
Mais, insiste l’ancien député, ces "divergences" ne constituent pas la raison principale de son départ, qui s’appuie avant tout sur un constat. "Les discussions sur l’avenir institutionnel sont au point mort, et il n’y a aucune possibilité qu’un accord émerge avant les élections provinciales, ni même avant la fin de l’année prochaine", affirme-t-il, faisant référence à la présidentielle en 2027. Alors que les formations politiques se définissent majoritairement par leur position sur la question de l’indépendance ou du maintien dans la France, "ce qui oriente leur action et leurs priorités", poursuit Philippe Dunoyer, l’élu souhaite, à l’inverse, mettre de côté l’enjeu institutionnel, le temps de "stabiliser" la situation économique et sociale. "Elle est tellement grave, qu’il faut d’abord la juguler, ce qui pourrait alors être le ferment d’un accord institutionnel."
Le mouvement, qui n’a pas encore de nom, entend donc d’abord s’attacher à s’occuper des difficultés que rencontre la population : santé, transports, emploi, sécurité, pouvoir d’achat… "Les enjeux les plus urgents à traiter. Et c’est là-dessus que je souhaite apporter ma contribution." D’autant que l’ancien membre du gouvernement craint que la crise, "qui continue de produire ses effets quotidiennement, ne s’aggrave encore".

Sur ces sujets, les propositions, Philippe Dunoyer compte les construire avec les futurs membres de son mouvement, qui ne sont pas connus. Et avec quels moyens financiers ? "Il va falloir être pragmatique, la situation budgétaire est cataclysmique. Mais, on peut apporter des réponses en priorisant. On a quelques moyens, et tout n’est pas toujours très cher, comme le fait de permettre aux gens de se déplacer à un prix raisonnable dans l’agglomération, de garantir le budget de l’hôpital tous les ans, ou de proposer aux chefs d’entreprise des mesures très incitatives."
Cette ambition, l’homme politique souhaite la partager avec les électeurs et les partis qui ne se sentent pas représentés, entendus ou écoutés par les formations actuelles. "Je veux créer une dynamique, une force politique transversale capable de rassembler au-delà du clivage institutionnel sur des enjeux socio-économiques concrets et qui est ouverte à tous ceux qui souhaitent s’engager dans cet objectif et partagent ce constat d’urgence." Philippe Dunoyer réfute cependant les termes de troisième voie et de voie centrale. "Il y a des Calédoniens qui ne se sentent ni chez les uns, ni chez les autres, je leur propose de rejoindre cette nouvelle offre, qui n’est pas logée dans un endroit, mais dans un objectif, et qui n’a pas de couleur politique."
"J’espère que la démarche sera entendue", conclut l’élu. Visiblement, des personnes seraient intéressées. "Il y a des discussions qui ouvrent des perspectives d’adhésion."