
Au cœur de cette démarche, le ratio entre la quantité d’aliment distribuée et la production de crevettes s’est progressivement imposé comme un indicateur clé. Il permet de mesurer l’efficacité des aliments et de limiter le gaspillage. Moins d’aliments pour produire davantage, c’est à la fois un gain économique pour les éleveurs et une réduction des rejets dans les bassins. Cette exigence passe par une formulation précise. "C’est un important travail de nutritionniste, explique Dominique Vouille, directeur général délégué. La recherche et le développement des formules sont permanents et ne se limitent pas aux laboratoires. C’est aussi sur le terrain, avec les aquaculteurs, que s’affinent les recettes."

Mais la performance ne suffit pas. La certification ASC impose un cadre strict en matière de traçabilité des matières premières, de respect des conditions sociales des salariés sur l’ensemble de la chaîne et d’origine éthique des intrants. La Sica privilégie désormais des coproduits issus de la transformation de produits de la mer destinés à l’alimentation humaine, limitant ainsi la pression sur les ressources. "On est fiers de ce qu’on a fait. C’était un parcours assez compliqué", souligne Dominique Vouille, au terme de deux années de travail et d’importants investissements.
Leader du marché local, avec près de 80 % des parts sur l’aliment crevette, la Sica joue un rôle central dans une filière qui produit entre 1 200 et 1 300 tonnes de crevettes par an. La certification ASC permet aujourd’hui de mieux valoriser la production calédonienne à l’export, en obtenant des prix de vente plus élevés sur des marchés attentifs aux conditions de production.

Une exigence qui correspond bien à une espèce particulièrement délicate. "La crevette calédonienne est une Formule 1. Elle est très bonne, mais très difficile à élever", rappelle-t-il. Créée en 1981 par des agriculteurs, l’entreprise est d’abord tournée vers l’alimentation du bétail, en valorisant notamment le son de blé issu des minoteries. L’aquaculture ne s’impose que dans les années 1990, avec le développement de la crevette en Nouvelle-Calédonie sous l’impulsion de l’Ifremer, puis de la Sofinor dans les années 2000, qui structure la filière en accompagnant l’installation de fermes et le développement d’aliments spécifiques.

L’entreprise cherche désormais à exporter ce savoir-faire. Elle fournit déjà des aliments en Polynésie française et prospecte d’autres marchés régionaux, comme le Vanuatu, avec l’ambition de valoriser son expertise au-delà du lagon.