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En Australie, le ras-le-bol dans un village côtier devenu viral
AFP | Crée le 01.05.2026 à 10h00 | Mis à jour le 01.05.2026 à 11h11

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Cette photo, prise le 27 avril, montre des touristes en train de prendre des photos dans une rue de Gerringong, à environ deux heures de route au sud de Sydney. Photo AFP / Saeed Khan
Dans la petite station balnéaire de Gerringong, à deux heures au sud de Sydney, une rue devenue virale sur les réseaux sociaux attire chaque jour des flots de visiteurs, au point d’exaspérer ses habitants. Entre selfies à répétition et circulation saturée, ce décor de carte postale illustre les dérives d’un tourisme dopé par Instagram et TikTok.

Sa vue plongeante sur l’océan, ses villas cossues… et ses visiteurs qui débarquent par cars entiers. L’engouement sur les réseaux sociaux pour une rue dans une bourgade australienne excède ses habitants, qui crient désormais leur ras-le-bol.

Située à seulement deux heures de route au sud de Sydney, Gerringong ressemble beaucoup à d’autres petits villages photogéniques de la côte est australienne, avec des propriétés valant plusieurs millions de dollars, nichées dans la verdure et dotées d’une vue imprenable sur le Pacifique.

Revers de la médaille, des publications sur Instagram, TikTok ou même sur le réseau chinois RedNote mettent en scène cette rue, Tasman Drive, présentée parfois comme la plus belle du pays. Au grand dam des résidents, qui voient leur coin de paradis devenir une sensation planétaire.

"Pour une petite ville de campagne, ça dépasse les bornes", confie à l’AFP Peter Hainsworth, 81 ans, tandis que des touristes vagabondent sur les collines vallonnées alentour. "Il y a des gens qui essaient de faire demi-tour en trois fois, qui se tiennent au milieu de la route pour prendre des photos, qui laissent leurs déchets. Tout le monde en a marre", ajoute-t-il.

Réactions hostiles

À proximité, des touristes posent au milieu de la route et prennent des selfies, mais sont bientôt réprimandés avec fureur par un habitant à vélo. Les dérives du surtourisme ont déjà engendré des réactions hostiles dans de nombreux sites de la planète, du mont Fuji japonais, à Barcelone ou Venise, poussant les autorités à prendre des mesures de régulation.

À Gerringong, certains habitants ont recours à des méthodes radicales, comme l’activation des arroseurs automatiques pour empêcher les touristes de photographier leurs pelouses. D’autres s’organisent en comité pour exiger que la voie soit passée en sens unique, afin de freiner le flux ininterrompu de véhicules qui ralentissent pour filmer ce point de vue populaire.

Sagar Munjal, un chauffeur de taxi de 28 ans résidant à Parramatta, près de Sydney, a fait la route avec des amis après avoir repéré le lieu sur Instagram. "J’en suis resté bouche bée. On peut profiter de la route côtière avec à la fois la plage et ces magnifiques montagnes", raconte le jeune homme.

Impact économique contrasté

Andy Liao, un promoteur immobilier originaire de Chengdu, en Chine, et qui vit désormais à Sydney, a déclaré que lui et sa famille étaient venus en voiture après avoir découvert la rue sur RedNote. "Le paysage est tellement beau, c’est pour cela que j’ai conduit deux heures", explique-t-il. Il dit comprendre l’agacement des riverains : "Si je vivais ici, je ne voudrais pas que tant de monde vienne jusque dans mon jardin."

Kevin Medina, cuisinier colombien de 22 ans, se montre moins compréhensif après avoir essuyé des insultes alors qu’il se prenait en photo au bord de la route : "Ils devraient être heureux que davantage de gens découvrent cet endroit magnifique."

Le principal grief des riverains réside dans l’absence supposée de retombées économiques, car les touristes se contentent, pour beaucoup, de prendre leurs photos et de repartir. "Certains magasins ne voient pas beaucoup de clients" tandis que d’autres "s’en sortent plutôt bien", tempère Melissa Matters, adjointe au maire et commerçante locale. "Nous avons toujours misé sur le tourisme ici."

De retour sur Tasman Drive, des touristes posent avec enthousiasme à côté d’un panneau ralentisseur. "On se demande un peu pourquoi ils font ça", s’interroge Linda Bruce, une résidente de 76 ans. "Est-ce parce qu’ils aiment sincèrement la région et trouvent la vue merveilleuse, ou est-ce simplement pour cocher une case de plus sur leur liste de choses à faire ?"

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