
Quand j’arrive en Nouvelle-Calédonie en 2006, c’est pour rendre visite à mon frère, sans intention d’y prendre racine. Mais, comme beaucoup, moi le Bourguignon, je tombe amoureux de ce pays. Assez vite, j’ai une envie de reconversion, de pratiquer un métier en lien avec cette nature. Lors d’un stage d’initiation à l’apiculture à Lifou, j’ai eu un déclic. Je suis séduit par le monde des abeilles, dont je ressens la profondeur. C’est parti comme ça. Après une formation au Centre de promotion de l’apiculture, à Boghen, je me suis lancé. J’ai aujourd’hui 90 colonies et je suis certifié Bio Pasifika depuis 2016.
Mon père, qui a été artisan boucher-charcutier en Bourgogne, puis dans le Jura, m’a transmis le goût de l’effort, de l’indépendance et de la rigueur dans le travail. Toutes choses qui font partie de mon quotidien d’apiculteur.
Le travail en plein air, la polyvalence des tâches et le contact quotidien avec l’insecte. J’aime observer le comportement des colonies, leur évolution. Après plus de 15 ans de pratique, il y a toujours une part de mystère. Je continue à faire des découvertes chaque année, à progresser. Et, du fait du changement climatique, les saisons sont différentes. Nous devons composer avec un décalage des récoltes du fait de floraisons décalées.
J’ai été cuisinier et j’aimais ce métier, mais c’est trop contraignant. Être cuisinier, c’est accepter de travailler quand les autres ne travaillent plus. Cela dit, entre cette expérience, d’autres dans le domaine du commerce alimentaire, le métier de mon père et mon activité actuelle de producteur, on peut dire que notre famille évolue dans les métiers de bouche d’amont en aval.
Le respect des insectes, le souci des bonnes pratiques, et le fait qu’il faut savoir se contenter de ce que la nature nous offre.
Outre les phénomènes cycloniques qui impactent tous les métiers agricoles, je conserve en mémoire l’intoxication dont ont souffert plusieurs de mes colonies en 2017. Je les voyais revenir au rucher fatiguées, avec un comportement inquiétant. J’ai tiré la sonnette d’alarme. Il s’agissait de faire œuvre de prévention vis-à-vis des collègues. Des recherches ont été faites, mais on ne sait toujours pas ce qui s’est passé. Sans doute une fleur néfaste aux abeilles, avec une floraison périodique. Cela reste un mystère.
Des multiples récompenses obtenues depuis 15 ans. La première, c’était à la Foire de Bourail en 2009, lors de la première participation de miels des îles. Au concours général agricole, j’obtiens une première médaille d’or en 2018, puis le prix d’excellence en 2021. Et d’autres depuis. J’ai également été primé à plusieurs reprises [argent et or] au concours des miels de France, qui se tient en amont du Salon international de l’agriculture, dans la catégorie tropical rare.
Avec une production qui oscille entre 2 et 3 tonnes par an, il n’est pas facile d’exporter sous notre marque, Le miel de la jungle, mais c’est notre ambition. Je ne veux pas exporter sous la forme de vrac. Je veux conserver la maîtrise du produit final.
La réponse pourra paraître étrange mais ce sont mes yeux car, en apiculture, l’observation est très importante. Il faut savoir analyser en permanence le comportement des colonies. Et le matériel, ça se remplace, pas les yeux.