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[PARTENARIAT] Le paradoxe du manou 
Virginie Grizon / Made In | Crée le 03.05.2026 à 15h00 | Mis à jour le 03.05.2026 à 15h00

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Atelier de fabrication de manous à l’aide de tissus de récupération. Photo Virginie Grizon
Transformer des textiles déjà présents sur le territoire plutôt que d’importer des manous de coutume made in China, c’est l’approche que tente la Feinc avec La Ressourcerie. Un article de notre partenaire Made In, le magazine de la Fédération des entreprises et des industries de Nouvelle-Calédonie.

Faut-il continuer à importer des manous pour la coutume, alors que ces tissus pourraient être transformés ici ? À la Feinc, la question s’est posée progressivement. Une interrogation simple en apparence, mais qui touche directement aux valeurs portées par la fédération : soutenir l’activité locale, valoriser les ressources du territoire et encourager des initiatives concrètes. Le paradoxe est connu. Dans les cérémonies coutumières, le manou fait partie du geste. Il accompagne la parole, circule entre les familles et porte une valeur symbolique forte. Mais dans la pratique, beaucoup de ces tissus sont aujourd’hui importés de Chine, souvent emballés sous plastique. Dans le même temps, la Nouvelle-Calédonie croule sous les textiles. Vêtements usés, chutes d’ateliers et invendus s’accumulent, représentant près de 70 % des dons de La Ressourcerie.

Le déclic

Pour Florence Frère, chargée d’études à la Feinc, le déclic est venu d’un détail presque anodin. "Un jour, j’ai vu une décoration fabriquée avec une grande quantité de textiles importés. Je me suis dit que ce n’était plus possible." De ce constat naît l’idée d’une collaboration avec La Ressourcerie. L’objectif est de produire localement des manous à partir de textiles récupérés. Des matériaux déjà disponibles, mais jusqu’ici peu réutilisés. Et des savoir-faire bien présents sur le territoire. Les tissus utilisés proviennent de chutes textiles collectées. Des fragments de tissu récupérés et parfois destinés à être jetés. Parmi eux, des étoffes aux motifs océaniens, sélectionnés puis assemblés.

Créativité

Le principe est volontairement simple : le patchwork. Chaque manou est recomposé à partir de morceaux de tissu découpés puis cousus ensemble. "On part des morceaux qu’on récupère. On regarde les couleurs, les motifs et on construit autour. Ce n’est jamais deux fois pareil", raconte Marie Luneau, responsable des ateliers créatifs et de sensibilisation à La Ressourcerie.


L’idée est simple : réaliser des patchworks à base de tissus récupérés, de préférence aux motifs océaniens, pour remplacer les manous de coutume venu de Chine. Photo Virginie Grizon

La taille finale est définie à l’avance. Pour le reste, la composition reste libre. "On a voulu garder une certaine liberté. Les tissus disponibles guident le résultat. Et c’est justement ce qui donne leur caractère aux pièces", poursuit-elle. En clair, chaque pièce devient un assemblage unique.

Redonner de la valeur à l’objet

Avec ces modèles réalisés à partir de textiles récupérés, la logique change légèrement. Aujourd’hui, beaucoup de manous circulent de cérémonie en cérémonie. On les transmet, on les stocke, ils passent d’une famille à l’autre. Ces nouvelles pièces peuvent suivre un autre chemin. Elles peuvent être conservées comme nappe, comme textile décoratif ou simplement comme souvenir.

Pour l’instant, il s’agit d’une expérimentation. La Feinc a passé une première commande : vingt manous, en cours de fabrication. Un geste volontairement modeste, mais assumé. L’idée n’est pas de transformer les usages du jour au lendemain. Plutôt d’amorcer une dynamique et de montrer qu’une alternative existe. L’initiative pose aussi une question plus large sur la place que peuvent prendre les ressources locales dans des gestes profondément ancrés dans la tradition. Et peut-être, à terme, sur une autre manière de regarder ce qui existe déjà sur le territoire.

La Ressourcerie : nouveaux locaux, même principe


75% du stock de la Ressourcerie est du textile. 

À la rentrée, La Ressourcerie – auparavant installée rue de l’Alma – a pris ses quartiers dans un nouveau local situé à l’angle des rues Galliéni et République, en face du parking de Banian. "Notre idée, à travers cet aménagement, est de revaloriser la seconde main des objets et matériaux. Ici, le principe reste le même. Collecter ce qui aurait dû devenir un déchet et le remettre en circulation", précise Cécile Oxford, directrice de La Ressourcerie de Nouméa.

Chaque mois, plusieurs tonnes d’objets passent par les ateliers : vêtements, meubles, équipements divers. Une partie est réparée, une autre revendue en seconde main. Certains matériaux sont transformés pour d’autres usages. Le textile fait partie de ces ressources. Vêtements usés, chutes de tissus ou fragments invendus arrivent régulièrement dans les bacs de tri. Autant de matières premières qui peuvent être réutilisées avant de finir en déchets. C’est dans ce flux qu’ont été sélectionnés les tissus utilisés pour les manous. Triés, découpés, assemblés. Le travail repose en grande partie sur l’engagement de bénévoles qui participent au tri, à la préparation des matériaux et à la confection des pièces. Le principe reste simple : prolonger la vie des matériaux avant qu’ils ne deviennent des déchets.

Esus : reconnaître l’économie sociale et solidaire

La Nouvelle-Calédonie s’est dotée, en 2025, d’une loi du pays inspirée de la métropole permettant la création du label Esus (Entreprise solidaire d’utilité sociale). Il vise à reconnaître les initiatives locales – associations, coopératives ou structures d’insertion – qui contribuent à l’utilité sociale, à l’économie circulaire ou à l’emploi local.

En janvier, un texte d’application est venu préciser les modalités d’agrément. Les structures intéressées peuvent désormais déposer un dossier auprès de la Decat (Direction des entreprises, de la consommation, de l’attractivité et des télécommunications) pour obtenir ce label. Pour elles, il constitue à la fois une reconnaissance officielle et un levier pour accéder plus facilement à certains financements ou dispositifs publics.

Note

Plus d'informations sur le Made In [1]. 

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