
Le personnel du lycée Escoffier a entamé, ce mardi 5 mai, un mouvement de grève pour dénoncer des conditions de travail et d’apprentissage indignes, qui se sont progressivement dégradées ces dernières années, malgré des alertes régulières exprimées auprès des autorités éducatives.
Plusieurs dizaines d’enseignants, mais aussi des étudiants, étaient mobilisés dès 7h30 devant l’établissement, à l’appel de quatre syndicats (USTKE, Force ouvrière, UT-CFE-CGC et La Fédé), pour "attirer l’attention du public et des élus sur un lycée qui dysfonctionne de plus en plus", indique Jean-Louis Guilhem, secrétaire territorial de la fédération enseignement de Force ouvrière.
En cause : une vétusté des bâtiments, jamais rénovés, qui vient s’ajouter à une forte augmentation des effectifs. Le lycée, dimensionné pour "400 élèves", en accueille aujourd’hui 1 200. Or, l’établissement ne dispose pas de cantine, "un comble pour un lycée hôtelier", ni d’internat. "Les élèves sont obligés de quitter l’établissement pour aller acheter une boîte de sardines à midi, ce n’est pas normal."
Plus étonnant encore : certains s’échappent durant les pauses, afin d’utiliser les toilettes des commerces alentour, l’insalubrité de celles du lycée ayant atteint un niveau critique. "Ils en ont ras le bol", dit Jean-Louis Guilhem. La semaine dernière, "un ordinateur a même pris feu", prouvant une nouvelle fois la vétusté du parc informatique.
Étudiant en deuxième année de BTS management en hôtellerie-restauration, Angels Desvignes a pris part à la mobilisation pour témoigner de cette exaspération. "Je suis dans ce lycée depuis cinq ans, et j’ai vu les conditions se dégrader", témoigne le jeune homme de 19 ans. Entre des "toilettes exécrables", l’absence de climatisation et de solution pour se nourrir à midi, "on commence à en avoir sérieusement marre". "Pour nous, c’est un enfer, et on ne voit aucune amélioration, alors qu’on a le sentiment que des choses pourraient être facilement mises en place pour améliorer la situation."

L’Union des groupements de parents d’élèves (UGPE), venue soutenir la mobilisation, partage ces inquiétudes. "Les parents sont découragés", alerte Jean-France Toutikian, secrétaire de l’UGPE, quelques jours après une "longue assemblée générale", où "de nombreux problèmes ont été soulevés". "Ils n’en reviennent pas, ils veulent faire bouger les choses." D’autant que la situation a provoqué également, selon le corps enseignant, une hausse significative de l’absentéisme.
Du côté des grévistes, on plaide pour un vaste programme de rénovation. "On rase certains bâtiments et on part sur autre chose", souhaite Jean-Louis Guilhem. Ils exigent du gouvernement et du vice-rectorat un "calendrier précis" et "des engagements" sur les trois-quatre prochaines années. "Les promesses ne suffisent plus." À plus court terme, "il faudrait qu’une partie des élèves soient scolarisés dans un autre établissement", afin de faciliter une éventuelle rénovation, estime le syndicaliste. "Le lycée Petro-Attiti peut accueillir 150 élèves, affirme-t-il. Ça nous permettrait également de ne plus avoir à utiliser les salles insalubres."
La mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie envisagerait le versement d’une enveloppe d’un milliard de francs de l’État sur trois ans pour la rénovation du lycée Escoffier. Bien, mais pas suffisant, jugent les grévistes, qui veulent également que le gouvernement mette la main au portefeuille. "Cette année, l’État a donné 1,4 milliard de francs d’investissement à la Nouvelle-Calédonie pour les lycées, mais le territoire préfère dépenser cette somme ailleurs", accuse Jean-Louis Guilhem, qui y voit un "désintérêt des élus pour la jeunesse". "Il faut sanctuariser et flécher ces crédits pour que l’argent des lycées revienne aux lycées."
Sollicité, le gouvernement n’a pas réagi à la mobilisation. Un silence justifié par l’absence d’Isabelle Champmoreau, membre du gouvernement en charge de l’enseignement, actuellement hors territoire. De son côté, le vice-rectorat se contente d’indiquer avoir reçu le personnel d’Escoffier lundi 4 mai. Une nouvelle réunion se tiendra "le 11 ou 12 mai, dès le retour du vice-recteur [également hors territoire, NDLR] et d’Isabelle Champmoreau".