
Assis sous le préau rutilant, les élèves de Louise-de-Greslan ont bien du mal à refréner leur impatience. Les discours des officiels se succèdent, mais eux regardent ailleurs, commentent, se retournent… Il y a deux ans presque jour pour jour, au même endroit, leurs salles de classe étaient dévastées, les murs tagués, le mobilier renversé.
L’école Louise-de-Greslan, au cœur du quartier Jacarandas, à Dumbéa, a rouvert ses portes le 20 avril, près de deux ans après son saccage lors des émeutes. Ce mercredi 6 mai, c’était l’inauguration du nouvel établissement. "On est très contents", résument Jean-Christophe, Victoria, Jessica et Gary, tous en CM2. Pendant la fermeture, leurs camarades et eux ont été répartis dans plusieurs établissements, "aux Niaoulis, à Bénébig, Bardou et Dillenseger", expliquent-ils. Alors, forcément "ça nous avait manqué".
Ils ont redécouvert une école transformée. "La cour est plus belle", s’exclament-ils, "les robinets aussi". Des détails tout simples mais concrets, qui font qu’à leurs yeux d’enfants leur école, aujourd’hui, "c’est mieux qu’avant". Un peu plus tôt, pendant leur discours prononcé devant le public et leurs camarades, ils évoquaient également "le plaisir de retrouver nos amis, nos maîtres et maîtresses", après "avoir attendu si longtemps".
Pour leur directeur, Jérôme Lafenêtre, l’émotion est encore vive. "Dans une semaine, cela fera pile deux ans qu’on a dû quitter l’école", se rappelle-t-il. Et si l’établissement est rouvert, il n’a pas encore retrouvé sa pleine capacité. 131 élèves y sont accueillis, contre environ 300 en 2024. Sept classes ont rouvert : deux en maternelle et cinq en primaire, contre quinze avant les émeutes.

Dès le 13-Mai, l’école était prise dans les violences. D’abord squattée, elle est devenue un point de regroupement avant de subir des dégradations à répétition. "On a eu sept ou huit départs d’incendie, du vandalisme, du mobilier volé pour faire des barrages", raconte le directeur. Les salles ont été saccagées et la maternelle voisine des Jacarandas entièrement détruite.
Pendant trois mois, le site est resté inaccessible et les élèves contraints de rester chez eux. Les enseignants ont alors dû s’organiser. "On préparait des cahiers d’activité à la maison de quartier, les familles venaient les récupérer", explique-t-il. Une continuité pédagogique improvisée, avant une reprise progressive dans d’autres écoles à partir du mois d’août 2024.
"C’était une période très délicate", reconnaît le haut-commissaire de la République, Jacques Billant, qui évoque l’organisation de "classes multiniveaux temporaires".
Le chantier de reconstruction, engagé en 2025, s’élève à 278 millions de francs, dont 152 millions pris en charge par l'État. Pendant son discours, Jacques Billant a parlé d"un "moment très symbolique", soulignant que l’établissement est l’un des premiers équipements publics reconstruits après les émeutes. Au total, "89 dossiers" ont été lancés sur l’ensemble du pays, pour "16,5 milliards de francs de travaux", rappelle le haussaire, avec un financement de l’État pouvant s’élever "jusqu’à 100 %" pour les écoles.
À Louise-de-Greslan, les travaux ont permis de remettre entièrement à neuf les bâtiments : le mobilier, les sols, la ventilation, l’acoustique… "Les conditions de travail sont idéales", se réjouit le directeur.
De nouveaux équipements, mais aussi et surtout une page qui se tourne. "On a vécu un moment très compliqué, confie Jérôme Lafenêtre, mais on avance." Les équipes pédagogiques ont été accompagnées, notamment par des psychologues. "On n’oubliera jamais, concède le directeur, mais on repart, pour les enfants." Cynthia Jan, la nouvelle maire de Dumbéa, insiste, elle aussi sur l’avenir. "Nous allons nous mobiliser pour protéger nos écoles et offrir aux enfants un lieu d’apprentissage apaisé", promet-elle.

Comme un symbole de cette envie de regarder vers l’avenir, la cérémonie s’est achevée par la plantation d’un jeune chêne blanc, dans la cour, sous le regard des élèves, qui le verront grandir avec eux et ceux qui prendront leur place. Agglutinés autour, les enfants observent, commentent, puis repartent en courant rejoindre leur classe, qu’ils n’avaient plus vue depuis presque deux ans.

À quelques mètres, le site de la maternelle des Jacarandas, également détruite en 2024 et définitivement fermée, reste en attente. La mairie envisage d’y développer un projet socio-éducatif et culturel, sous réserve de financements de l’État.