
"Je me souviens avoir pris note des dernières volontés de mon père sur son lit de mort. Il m’a dit : 'j’aimerais que tu donnes ce livret à Monsieur Mermoud'", raconte Joël Canet. C’était en 2020. Six ans plus tard, mercredi 29 avril, l’ouvrage en question, un album de plans colorisés des bâtiments du pénitencier de l’Île Nou, après avoir été consulté par Yves Mermoud, président de l’Association témoignage d’un passé, est arrivé aux archives de Nouvelle-Calédonie, afin de permettre sa conversation dans les meilleures conditions.
"Avec le temps, j’avais un peu oublié, et puis je suis tombé sur un documentaire sur le bagne à la télévision. C’est là que je me suis rappelé que j’avais ce bouquin, et que c’était vraiment important pour lui, poursuit Joël Canet, ému d’avoir accompli cette demande paternelle, qui pourra désormais servir aux générations futures. Cela va profiter aux plus jeunes. Moi, je ne m’y intéressais pas trop, et c’est maintenant, en vieillissant, qu’on prend davantage conscience de la valeur de certaines choses."

Personne ne connaît alors l’auteur de ces dessins, réalisés en 1897. Mais le donateur, Bernard Canet, a sa petite idée. "Mon père était féru d’histoire, de généalogie, poursuit Joël Canet. Il l’avait récupéré dans la maison de mes grands-parents maternels. Il savait que c’était soit Théophile Cacot, soit Théodore Schneider." Une enquête, menée notamment par l’historien Louis-José Barbançon, permet de déterminer qu’il s’agit de Théodore Schneider, conducteur des travaux de l’administration pénitentiaire à l’Île Nou, nommé dans les bureaux à côté de l’hôpital Gaston-Bourret à Nouméa, en 1898.
C’est ainsi que Joël Canet découvre que le dessinateur n’est autre que son arrière-arrière-grand-père. "Il l’ignorait avant ces recherches, donc il y a une histoire de filiation, de généalogie aussi, à travers cet album", glisse Yves Mermoud. La fille de Théodore Schneider, Eugénie, a épousé un monsieur Cacot. Puis, leur petite-fille, Marie-Thérèse, a pris pour mari un certain Bernard Canet. Ensemble, ils ont eu un fils : Joël Canet. "C’est comme ça que l’ouvrage est resté dans la famille pendant plusieurs générations", note le président de l’Association témoignage d’un passé (Atup).

Un tel don est important pour une structure associative patrimoniale, expose Yves Mermoud, qui connaissait l’existence de ce livret depuis une quinzaine d’années. "C’est un document unique, qui dormait dans une bibliothèque, c’est vraiment un plaisir."
L’album va également être utilisé sur le site historique de l’Île Nou, puisqu’avant de le remettre aux archives, l’Atup a scanné toutes les planches en haute résolution, afin de réaliser des fac-similés consultables par les visiteurs. Les plans colorisés ont par ailleurs été incorporés à une nouvelle borne tactile, qui va être inaugurée la semaine prochaine, visant à rendre interactive une maquette du pénitencier dépôt de l’Île Nou.

La mise à disposition du document aux archives est un "geste" apprécié par la directrice, Ingrid Waneux-Utchaou, qui enrichit les collections, "grâce à des sensibilités, à des professionnels et à des associations, comme Témoignage d’un passé, qui fait vivre notre patrimoine". Face aux jeunes, invités pour l’occasion, Ingrid Waneux-Utchaou rappelle la politique portée par l’établissement de s’ouvrir au plus grand nombre. "C’est un outil au service de toute la Nouvelle-Calédonie, mais avant tout à votre service, les étudiants. On est voisins, nos portes sont ouvertes, n’hésitez pas à venir pour vos recherches, votre enrichissement personnel." Le message est passé.
