
Enroulé dans son drapeau indépendantiste, Hoya observe les îlots de militants se former de part et d’autre du grand parking de la Vallée-du-Tir. Le jeune homme, originaire de Yaté, est venu remplir son "devoir de mémoire", ce mercredi 13 mai. Deux ans, jour pour jour, après le début de l’insurrection qui a conduit à la mort de 14 personnes, dont des jeunes militants kanak, la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) organisait une mobilisation dans ce quartier de Nouméa, où les stigmates des mois d’émeutes sont toujours visibles.

"On doit rendre hommage à nos martyrs", insiste Hoya. Devant environ 200 personnes, les noms de Jybril, Chrétien, Victorin et les autres militants tués ont été mentionnés au micro, avant une minute de silence. Mais, dans un contexte politique encore tendu, la mobilisation ne s’est pas bornée à un moment de recueillement. "On est là parce que ce qui s’est passé en 2024 est en train de se reproduire", lâche Henri Juni, membre du bureau politique du FLNKS.
La proposition du gouvernement français d’ouvrir le corps électoral aux 10 575 natifs et aux conjoints d’électeurs [1] est perçue comme une nouvelle provocation chez les militants, agacés de constater que l’histoire se répète. "Rien n’a changé", déplore Henri Juni. "Le peuple calédonien et kanak est fatigué de ces manigances, regrette également Hoya. On est encore confronté à un passage en force de l’État, c’est éternellement la même chose, alors que ça fait 40 ans qu’on demande notre émancipation."

Alors, à l’approche des élections provinciales fixées au 28 juin, la CCAT compte jouer sa partition. "C’est essentiel pour nous aujourd’hui de se montrer, que tout le monde voit qu’on est toujours présent", dit Désiré Tein, responsable de la cellule, créée le 18 novembre 2023 à Thio, pour mobiliser contre le projet de dégel du corps électoral porté à l’époque par Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur. Deux ans plus tard, force est de constater que "le combat n’est pas terminé", lance au micro Désiré Tein, tout en affirmant le caractère "pacifique" de cette lutte. "Ce qu’on veut, c’est aller aux provinciales, redonner une légitimité aux élus et, ensuite, discuter d’un accord global, rappelle Henri Juni. C’est la position du FLNKS, elle n’a jamais changé."

Le rassemblement est également vu comme le point de départ d’une mobilisation plus large en vue du scrutin du 28 juin. Avec un objectif majeur, assumé par les responsables indépendantistes : ravir la province Sud aux Loyalistes. "On appelle à l’unité des indépendantistes pour y parvenir, indique Henri Juni. Le discours sur l’huile et l’eau [tenu par Sonia Backès le 14 juillet 2024 NDLR] et les slogans d’apartheid, ce n’est pas notre conception du vivre-ensemble et ce n’est pas ce qui est porté par l’accord de Nainville-les-Roches de 1983."

Reste désormais à s’organiser. "Des discussions se tiennent au niveau du Front, il y a encore quelques réglages à faire, mais la vision, c’est l’unité maximale." D’autres mobilisations étaient organisées à travers le pays, notamment à Ponérihouen, Yaté, Lifou, Poindimié ou encore Koné.