
La présence d’une nouvelle espèce de requin-marteau en Polynésie française a été confirmée avec une publication, le 25 mars, des équipes de l’Institut pour la recherche sur les écosystèmes mésophotiques et profonds (Iremp) dans le Journal of Fish Biology, référence mondiale en matière de recherche sur l’étude des poissons (ichtyologique). Cette confirmation a été rendue possible après la capture de deux femelles, nommées "Tere" et "Poe", sur lesquelles a été réalisée une collecte de données morphologiques et génétiques, validant ainsi la présence du requin-marteau lisse (Sphyrna zygaena) en Polynésie française.
Ce requin-marteau a la particularité d’avoir le céphalofoil (partie distinctive du requin, appelée "tête de marteau") incurvé et sans pli sur le bord frontal de la tête, et un comportement solitaire et "hautement océanique", c’est-à-dire qui évolue au large, en haute mer. Cette découverte "porte à 35 le nombre d’espèces de requins officiellement confirmées dans les eaux polynésiennes", détaille Clémentine Séguigne, cheffe du projet Ma’o Cycling.
Cette découverte a été rendue possible par le partage d’informations en provenance de naturalistes (plongeurs, usagers de la mer, pêcheurs), qui ont fait part à l’Iremp de l’observation de requins-marteaux solitaires au large, ce qui ne colle pas avec le comportement du requin-marteau halicorne. Le projet Ma’o Cycling a ensuite permis d’effectuer des observations sur le terrain.

D’après la chercheuse, le requin-marteau lisse est un requin antitropical, qui se trouve plutôt dans les zones tempérées, dans les hémisphères Nord et Sud. Jusqu’à présent, il n’était pas connu dans le Pacifique central, ce qui porte l’hypothèse qu’il "pourrait faire le lien entre les populations des hémisphères Nord et Sud". Mais cela reste encore à prouver, puisque le voile vient juste d’être levé sur une espèce qui n’est pas encore étudiée ni inscrite au code de l’environnement, même si elle pourrait être présente dans ces eaux "depuis longtemps".
Un élément intéressant pour la recherche dans son ensemble : "Cela veut dire qu’il y a des zones qui sont beaucoup moins échantillonnées que d’autres, on étudie beaucoup les environnements les plus faciles d’accès : les environnements côtiers et peu profonds. Ça ouvre des perspectives sur l’importance de s’intéresser à des milieux moins accessibles, les zones isolées, le large et les milieux profonds. Il faut aujourd’hui mettre de l’effort sur l’étude de la biodiversité océanique et profonde", ajoute la cheffe de projet.
Cette présence porte officiellement à trois le nombre d’espèces de requins-marteaux présents en Polynésie, aux côtés du grand requin-marteau (Sphyrna mokarran) et du requin-marteau halicorne (Sphyrna lewini), et a 35 le nombre d’espèces de requins.