
Le concept de troc.nc, Jessica Cocole l’a lancé en juin 2024 pendant les émeutes, en raison des pénuries rencontrées sur le territoire. "Je me suis dit : 'et si on pouvait troquer ce qu’on a chez nous avec ce que d’autres personnes ont chez elles ?'" La plateforme d’échanges de biens et de services entre particuliers était née. Mais, s’il y a quelques transactions, l’initiative ne prend pas vraiment à l’époque. "Je me suis dit que la période n’était peut-être pas trop propice vu ce qu’il se passait", témoigne Jessica Cocole qui, au vu de la situation économique et sociale, a décidé de relancer le site. "Je pense qu’il y a davantage de besoins aujourd’hui, beaucoup de personnes rencontrent des problèmes d’argent", même si, explique-t-elle, le troc s’adresse à tout le monde. "C’est un fonctionnement différent, une façon de consommer autrement, sans achat systématique, et donc de faire des économies."
L’outil se veut simple d’utilisation et accessible. Le site permet d’échanger gratuitement dests, des services ou des savoir-faire entre habitants. Il est possible d’accéder aux annonces sans s’inscrire. En revanche, pour y répondre ou en créer une, il faut s’enregistrer en renseignant son nom, son prénom et son mail, puis activer son compte grâce au mail de confirmation envoyé.
Ensuite, pour publier une annonce, "c’est comme sur n’importe quel autre site, on met un texte descriptif de l’objet ou du service, une photo si on le souhaite, et on précise ce qu’on veut en retour. Si on ne sait pas, on peut mentionner, 'faire une proposition'", développe Jessica Cocole, qui s’investit dans ce projet par plaisir, en parallèle de son activité professionnelle.
Tout peut se partager, des biens matériels, mais aussi des denrées alimentaires ou des services. "On a tous des petits talents. Si on fait de la guitare, on peut donner un cours contre une heure d’anglais par exemple. Les gens ne se rendent pas forcément compte de leurs capacités." La transaction n’a pas de valeur marchande en soi. "La valeur est relative à chacun. L’important est que les deux personnes soient d’accord sur le deal, c’est une question d’entente. Après, bien sûr, il faut être raisonnable, on ne va pas proposer un trombone contre une trottinette."
Jessica Cocole a par exemple offert une fabrique de bière dont elle ne se servait pas, contre plusieurs livres. "Il y a eu aussi des papayes contre de la levure. Ce ne sont pas de gros trocs, c’est du quotidien, du pratique. Il y a peut-être des gens qui vont pêcher, ou qui ont des fruits dans leur jardin, et qui peuvent les soumettre contre une prestation, une coupe de cheveux, etc." Des livres, une console Wii, des poignées pour meuble, un lit bébé ou encore un appareil de musculation pour les abdominaux sont actuellement à monnayer. De quoi leur donner une seconde vie.
L’autre point positif de la démarche, selon Jessica Cocole, réside dans son aspect social, relationnel. "J’aimerais bien que cela recrée un peu de liens, à petite échelle. On a tous quelque chose à apporter aux autres, peu importe l’âge, l’ethnie, c’est un peu utopique, mais on ne sait jamais, sur un malentendu…", sourit-elle.
Le site Internet dénombre 150 comptes, dont une cinquantaine ouverts récemment. "La page Facebook a également gagné plus de 200 followers en une semaine." Si l’activité du site évolue dans le bon sens, Jessica Cocole n’exclut pas de mettre en place une monnaie d’échange virtuelle et, pourquoi pas, concevoir une application. "J’aime bien me rendre utile, faire des choses qui servent."