
Soutenue par le gouvernement, cette restitution prend la forme d’une proposition de loi transpartisane des sénateurs Catherine Morin-Desailly (centriste), Max Brisson (Les Républicains) et Pierre Ouzoulias (Parti communiste), adoptée à l’unanimité dans l’émotion. Ces restitutions répondent à la demande de l’association Moliko Alet + Po, qui veut offrir des funérailles et une sépulture sur le sol guyanais à ces Amérindiens issus des peuples Kali’nas et Arawaks. Elles concernent six dépouilles et huit moulages de parties du corps des défunts.
À l’heure actuelle, un tel rapatriement est impossible en raison du principe d’inaliénabilité des collections publiques. Plusieurs lois ont été votées récemment pour fixer un cadre dérogatoire à ce principe, mais elles ne concernaient paradoxalement que les demandes d’États étrangers, sans couvrir les restes humains originaires du territoire national. La démarche du Sénat, avec cette loi dite " d’espèce ", est donc inédite.
L’histoire de ces autochtones est pourtant dramatique : recrutés sur de fausses promesses en Amérique du Sud, ils furent exhibés vivant dans des zoos humains au Jardin d’Acclimatation à Paris en 1892, et ne survécurent pas au froid de l’hiver en raison de leurs conditions d’hébergement ignobles. Pire, leurs dépouilles furent ensuite exhumées à des fins anthropologiques à la fin du XIXe siècle. Elles ne sortiront jamais, depuis lors, des collections publiques.
" Nous parlons d’hommes et de femmes, d’êtres humains arrachés à leur terre, à leur peuple, à leur dignité ", s’est émue Catherine Morin-Desailly au moment de soumettre au vote sa proposition de loi, devant une délégation guyanaise. " Ce ne sont pas seulement des restes humains qui retournent vers la Guyane, ce sont des voix longtemps étouffées qui retrouvent leurs terres, leurs fleuves, leurs forêts, leur ciel ", a-t-elle ajouté, saluant " un geste de justice " et " d’humanité "
La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a salué l’adoption de ce texte qui ne pouvait plus " attendre ", selon elle. Elle s’est aussi dite favorable à l’élaboration d’une loi-cadre pour " faciliter ces restitutions de restes humains en outre-mer " et répondre aux futures demandes.
Max Brisson a, lui, souligné " l’impérieuse nécessité de prendre conscience de la déshumanisation qui a présidé à la constitution de certaines de nos collections ", lors d’une séance très solennelle au Sénat, où plusieurs parlementaires ont fait part de leur " honte " face à ces humiliations.
Le texte doit désormais être approuvé par l’Assemblée nationale, dernière étape avant la mise en place de ces restitutions très attendues. Le calendrier d’examen reste encore inconnu à ce stade.
" Les sénateurs ont compris l’essentiel : la mémoire, la spiritualité et surtout qu’ils n’étaient pas des objets mais des êtres humains " a confié au micro de notre partenaire Outremers360 [1] Corinne Toka-Devilliers, présidente de l’association Moliko Alet + Po. " De cette déshumanisation, ils ont été ré-humanisés " a-t-elle ajouté, citant leurs noms : Pékapé, Kouani, Emo, Ibipio ou encore Mayalé. " Quand vous les nommez, ils existent ".
Corinne Toka-Devilliers espère un vote similaire à l’Assemblée nationale " pour que nous préparions enfin leur retour ". " Toute la Guyane se réjouit " a abondé le président de la Collectivité, Gabriel Serville, saluant au passage la " ténacité " de Corinne Toka-Devilliers.