
C’est un sujet sensible dans les territoires où la mer occupe une place centrale dans l’alimentation quotidienne. Dans un article publié ce lundi 25 mai par notre partenaire Outremers360, [1] le médecin calédonien Claude Maillaud rappelle les risques liés à la consommation régulière de certains poissons fortement contaminés au mercure.
En Nouvelle-Calédonie, comme dans plusieurs outre-mer, les grands poissons prédateurs – thon, espadon, marlin, requin… – occupent une place importante dans les habitudes alimentaires. Or, plus une espèce se situe haut dans la chaîne alimentaire, plus elle accumule du méthylmercure, une forme toxique du mercure pour l’être humain.
Les recommandations sanitaires sont connues depuis plusieurs années. L’Agence nationale de sécurité alimentaire (Anses) conseille notamment aux femmes enceintes ou allaitantes ainsi qu’aux enfants de moins de 3 ans d’éviter certaines espèces particulièrement chargées en mercure comme l’espadon, le marlin ou les requins.
Le sujet concerne particulièrement les territoires ultramarins, où le poisson est consommé beaucoup plus fréquemment qu’en Métropole. En Guyane, par exemple, les autorités sanitaires alertent régulièrement sur les contaminations liées à l’orpaillage illégal, le mercure utilisé dans certaines exploitations finissant dans les cours d’eau puis dans les poissons consommés localement.
Dans le Pacifique, la question touche davantage les grands poissons pélagiques consommés frais ou pêchés localement. En Nouvelle-Calédonie, le thon ou le marlin restent des espèces appréciées, notamment dans certaines pratiques de pêche sportive ou vivrière.
Le risque ne signifie pas qu’il faut pour autant arrêter de manger du poisson. Les autorités sanitaires rappellent au contraire que les produits de la mer apportent des protéines, des oméga-3 et plusieurs nutriments essentiels. L’enjeu repose surtout sur la diversification des espèces consommées et sur une vigilance accrue pour les populations les plus sensibles.
Le débat a pris de l’ampleur ces derniers mois autour du thon en conserve. L’ONG Bloom, spécialisée dans la protection des océans et la lutte contre certaines pratiques de pêche industrielle, a publié fin 2024 une enquête affirmant avoir retrouvé du mercure dans l’ensemble des boîtes analysées dans plusieurs pays européens.
Des tests relayés récemment par l’UFC-Que choisir montrent également des concentrations variables selon les produits, tout en restant dans les seuils réglementaires européens actuels.
Ces seuils font justement débat. Certaines espèces, comme le thon ou l’espadon bénéficient de limites réglementaires plus élevées que d’autres poissons, en raison de leur position dans la chaîne alimentaire.
Selon les spécialistes, la prudence passe donc avant tout par la fréquence de consommation. Les petits poissons, situés plus bas dans la chaîne alimentaire, restent généralement moins contaminés.