
Dans la salle du conseil de la mairie de Nouméa, le constat dressé ce mercredi 27 mai est déjà bien connu, mais lourd. Hausse des maladies chroniques, vieillissement de la population, explosion des addictions chez les jeunes, pénurie de soignants, évacuations sanitaires coûteuses, finances sociales moribondes… C’est en décrivant ce contexte que le gouvernement a officiellement lancé son "Gallieni de la santé", en insistant sur la nécessaire restructuration du système de santé calédonien.
"Le but n’est pas de faire un catalogue de mesures, a introduit Christopher Gygès, membre du gouvernement chargé du budget. Je souhaite que l’on puisse mettre en œuvre des actions réalisables, prioritaires et soutenables."
Pendant trois jours, médecins, soignants, directions hospitalières, professionnels libéraux, représentants syndicaux, gouvernement et usagers doivent travailler autour de trois grands axes : l’attractivité des métiers, l’organisation des soins et la soutenabilité financière du système.
Le chantier, inspiré du "Ségur de la santé" métropolitain organisé après la crise sanitaire, s’inscrit dans la continuité du plan Do Kamo adopté en 2022. Mais entre-temps, les crises se sont succédé : Covid, marasme économique, secteur du nickel en déliquescence, comptes sociaux en tension puis émeutes de 2024 ont profondément mis à mal le système.
"L’année 2025 était consacrée aux urgences, a rappelé Claude Gambey, membre du gouvernement en charge de la santé, le recrutement, l’attractivité, le prêt garanti par l’État pour sauver les comptes sociaux… Cette année, on se consacre à la restructuration."
En ouverture de conférence, Claude Gambey a dressé un état des lieux particulièrement préoccupant de la santé des Calédoniens. Le membre de l’exécutif a notamment insisté sur les addictions auxquelles sont sujets les jeunes, la progression des longues maladies et le vieillissement de la population. Selon les chiffres présentés, près de 50 000 Calédoniens sont pris en charge au titre des longues maladies, pour un coût estimé à 40 milliards de francs par an.

Le gouvernement a également exprimé son inquiétude vis-à-vis des comportements à risques des jeunes. Claude Gambey en veut pour preuves les récentes données du baromètre santé jeunes [1], mettant en lumière une forte consommation de tabac, une progression des addictions comportementales, notamment aux écrans, ainsi qu’une hausse de l’usage de la cigarette électronique. "Ces comportements sont révélateurs de l’environnement sociétal dans lequel nos jeunes évoluent", a-t-il estimé.
Autre sujet de préoccupation, les évacuations sanitaires. Plus de 1 000 Evasans vers l’Australie seraient effectuées chaque année, pour un coût avoisinant les 5 milliards de francs.
Une fois ce diagnostic posé, le gouvernement souhaite ouvrir des discussions "sans tabou" sur l’organisation et le financement des soins. "Les économies ne sont pas un gros mot, a lancé Christopher Gygès devant l’assemblée. Parfois, cela permet d’avoir un système de santé plus efficace", a-t-il même affirmé.
Le membre du gouvernement a ainsi évoqué la possibilité de mieux répartir certaines activités entre établissements publics et privés, mais aussi de réduire les tâches administratives pesant sur les soignants.
L’exécutif insiste par ailleurs sur la nécessité de mieux accompagner le personnel déjà présent en Nouvelle-Calédonie, après plusieurs années de crises. "Les personnels de santé méritent la reconnaissance du gouvernement, a déclaré Christopher Gygès, que vous soyez brancardiers ou chirurgiens, vous sauvez des vies au quotidien."
Les travaux vont se poursuivre en ateliers jusqu’à vendredi. Une restitution sera faite à l’issue en l’auditorium de la province Sud.