
L’instrument filiforme passe de mains en mains, scruté sous tous les angles par des élèves désireux de percer à jour les secrets de cette étrange flèche. Devant eux, Claire Bonneville, ingénieure en biologie moléculaire, laisse grandir la curiosité des adolescents, avant de révéler la fonction de l’objet : "Ça nous permet de prélever un échantillon de peau des mammifères marins, notamment des baleines", dévoile la chercheuse, dont le travail consiste notamment à surveiller l’état de santé de ces animaux.
Le point de départ d’un échange d’une dizaine de minutes entre le groupe d’élèves et la scientifique, qui finira par leur détailler son quotidien d’ingénieure à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), fait d’heures passées en laboratoire et d’expéditions en mer.
Jeudi 28 mai, l’IRD organisait une rencontre entre six de ses chercheuses et une cinquantaine d’élèves des lycées du Mont-Dore et Blaise-Pascal, engagés dans des filières scientifiques. Les échanges ont pris la forme de "speed-searching", des petits groupes d’élèves réunis autour d’un objet sélectionné par chaque scientifique et censé illustrer son domaine de recherche.
Une action menée dans le cadre de la première participation de l’antenne calédonienne de l’IRD au programme "Éclaireuses". Créé en 2024, il vise à promouvoir les métiers de la recherche auprès de la jeunesse. En trois éditions, il a déjà permis à "1 800 élèves de rencontrer une cinquantaine de chercheuses dans treize pays", vante Marie Baritaud, chargée de médiation scientifique à l’IRD.
En valorisant les parcours de scientifiques femmes, l’initiative s’adresse en particulier aux jeunes filles, encouragées à s’engager davantage dans les métiers de la recherche. En Nouvelle-Calédonie comme ailleurs, elles restent largement sous-représentées dans ces filières, notamment en raison de stéréotypes de genre qui ont la vie dure. "Ça tend à s’améliorer, par exemple en biologie, où on est quasiment sur du 50-50", estime Fanny Houlbrèque, directrice de recherche à l’IRD. Mais la sous-représentation féminine reste très marquée "dans des matières comme la physique ou les maths".

Une analyse confortée par les chiffres. En 2023, selon le vice-rectorat, seules 37 % des lycéennes avaient intégré la spécialité physique-chimie parmi leurs trois options obligatoires, deux fois moins que les élèves masculins. Elles étaient 52 % à avoir sélectionné les mathématiques, contre 73 % des garçons. "On essaie de limiter leur autocensure, quand il s’agit d’envisager une carrière dans les métiers de la recherche, souligne Anne-Charlotte Neretti, inspectrice en sciences et vie de la terre pour le vice-rectorat. Ce genre d’évènements, organisés au sein des organismes de recherche, est crucial."
La diversité des profils et des parcours des six chercheuses, doctorantes, directrice de recherche, ingénieures et même volontaire en service civique, devait permettre aux lycéennes de s’identifier facilement à ces savantes. Pari réussi, à en croire le bilan de la rencontre dressé par Añana, 16 ans. "Je rêve d’être biologiste marine, donc j’ai trouvé cet échange incroyable, ça me permet de savoir que d’autres avant moi avaient ce projet et y sont parvenues, c’est motivant", s’enthousiasme l’élève de 1re. La rencontre n’a pas été moins inspirante pour Lyam. Le lycéen, en pleine réflexion sur son avenir professionnel, a pu prendre connaissance "des débouchés auxquelles on n’aurait pas forcément pensé".
"Il faut leur montrer que ce sont des métiers passionnants", estime Fanny Houlbrèque, spécialiste des coraux. Reste à déconstruire également les clichés du "scientifique enfermé seul dans son labo". "On dispose d’une liberté d’action énorme, et on a l’occasion de se rendre dans des lieux où personne ne va pour mener nos recherches. C’est ça qu’on doit mettre en avant."
