
Cette fois, le gouvernement doit convaincre qu’il ne s’agissait pas d'"une conférence de plus". Après trois jours d’ateliers et de discussions à Nouméa, le "Gallieni de la santé" [1]s’est refermé ce vendredi 29 mai sur une promesse : transformer rapidement les échanges engagés cette semaine en mesures concrètes. "L’idée n’était pas de faire une conférence pour faire une conférence, a insisté Christopher Gygès, membre du gouvernement notamment chargé du budget. Il y en a déjà eu de nombreuses", rappelle-t-il.
Depuis mercredi, médecins, soignants, directions hospitalières, professionnels libéraux, syndicats, institutions et représentants des usagers ont travaillé autour de trois grands axes : l’attractivité des métiers, l’organisation des soins et la soutenabilité financière du système.
Une séquence engagée après plusieurs mois de tensions dans les établissements hospitaliers, de difficultés de recrutement et de fortes inquiétudes sur l’avenir du système de santé.
À l’issue de ce "Gallieni", le gouvernement affirme avoir déjà dégagé plusieurs priorités : revalorisation pour certains personnels, création d’un guichet unique pour les professionnels de santé, simplification administrative ou encore renforcement des coopérations entre établissements publics et privés. "Aujourd’hui, on a des professionnels de santé qui font plus de démarches administratives que soigner les Calédoniens", estime Christopher Gygès.
L'exécutif veut également accélérer sur le chantier de la santé numérique, considérée comme un levier majeur pour améliorer l’accès aux soins, notamment dans les zones isolées géographiquement. "Le maillage numérique est devenu une nécessité, explique Claude Gambey, en charge de la santé. Il participe à l’équité dans l’accès aux soins." Le membre du gouvernement cite notamment le numéro unique de santé adopté cette semaine [2], le futur dossier médical partagé et le développement de la téléconsultation et de la téléexpertise.
Du côté des partenaires sociaux, le ton est plus prudent. Si plusieurs acteurs saluent la méthode de concertation engagée depuis trois mois, beaucoup attendent à présent des résultats concrets. "Les engagements ont été tenus, reconnaît Emmanuel Soria, représentant de l’UT CFE-CGC santé. Donc vigilance, mais confiance pour l’instant dans la démarche. On verra les actions."
Le syndicaliste insiste notamment sur la nécessité de conserver les professionnels déjà présents sur le Caillou. "Les personnels de santé doivent être considérés comme une ressource d’économie et pas comme une dépense", défend-il.

Même prudence du côté de la Fédération des professionnels de libéraux de santé (FPLS), qui regroupe onze syndicats du secteur. "On ne jugera que sur pièce", prévient son président, Patrice Gauthier. Pour lui, les discussions ont toutefois permis de dégager plusieurs orientations communes autour de la numérisation, de la mise en commun des moyens ou bien de la coopération entre public et privé.

Plus offensif, le président de l’Organisation des professionnels et usagers de la santé (Opus), François Delboy, voit dans cette séquence de trois jours un tournant dans la manière d’aborder les économies de santé. "Le plafond de verre a été brisé", affirme-t-il. Selon lui, plusieurs pistes jusqu’alors bloquées par "des habitudes institutionnelles" pourraient désormais être mises en œuvre : coordination renforcée des soins, développement de la prévention, téléconsultation dans le Nord, suivi à domicile, meilleure organisation du parcours des patients…
"Jusqu'à présent, beaucoup de soins étaient empêchés, estime-t-il. L'idée du Gallieni, c'est de changer de doctrine et de laisser les soignants faire leur travail." Le président de l'Opus défend notamment une logique "d'optimisation" plutôt que de réduction de soins. "Quand vous mettez le pied aux urgences, c'est 100 000 francs. Une infirmière à domicile, c'est 5 000 francs", argumente-t-il en pointant un système encore trop organisé "autour des institutions plutôt que du patient".

Afin d’éviter l’écueil d’une nouvelle "grand-messe", le gouvernement promet désormais un suivi régulier des engagements pris durant ces trois jours. "Dès la semaine prochaine, nous réunirons un comité de pilotage", annonce Christopher Gygès. L'objectif ? Pérenniser ces conférences et réunir les acteurs du secteur plusieurs fois par an, quel que soit le nouvel exécutif mis en place après les provinciales du 28 juin. "Les hommes et les femmes passent, mais notre système de santé doit être préservé", a insisté Christopher Gygès.
Claude Gambey assure de son côté que les premiers chantiers vont rapidement entrer en phase opérationnelle, notamment autour du statut des praticiens hospitaliers, de la santé numérique et des coopérations sanitaires. Il tient également à rassurer sur la sanctuarisation de ces travaux : "La réforme structurelle du système de santé est bien intégrée dans la convention de prêt signée avec l’État. [3]"
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/trois-jours-pour-sauver-le-systeme-de-sante
[2] https://www.lnc.nc/article/sante-le-gouvernement-lance-sa-cure-d-economies
[3] https://www.lnc.nc/article/le-gouvernement-et-l-etat-signent-le-pret-garanti-de-44-milliards-de-francs
[4] https://www.lnc.nc/user/password
[5] https://www.lnc.nc/user/register
[6] https://www.lnc.nc/formulaire/contact?destinataire=abonnements