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Tourisme en province Sud : "on est obligés de se renouveler si on veut tenir"
Anthony Tejero | Crée le 30.05.2026 à 19h37 | Mis à jour le 30.05.2026 à 19h49

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Selon les organisateurs, le salon de Sud tourisme a attiré près de 9 300 visiteurs, ce samedi 30 mai. Photo Anthony Tejero
Deux ans après les émeutes, la fréquentation touristique reste en berne, faute de retour significatif des visiteurs internationaux. Dans ce contexte de crise, Sud tourisme a organisé son salon annuel ce samedi 30 mai à Nouméa, qui a attiré près de 9 300 personnes. Une fréquentation prometteuse pour les professionnels du secteur qui misent davantage sur la clientèle locale et tente de diversifier leur offre pour survivre.

Covid-19, attaques de requin, insurrection, blocage des dessertes aériennes et pannes en série des avions et des bateaux… En six ans, les professionnels du tourisme ont essuyé un nombre de crises sans précédent sur le Caillou. Les émeutes et leur médiatisation à travers le monde, ont donné le coup de grâce à un secteur qui se relevait à peine de la Covid-19, tant les effets du 13-Mai se font encore sentir pour la filière deux ans plus tard.

C’est dans ce contexte, pour le moins morose, que le salon du tourisme en province Sud accueillait les visiteurs au parc Brunelet de Nouméa, ce samedi 30 mai. Promotions, jeu-concours, animations… L’objectif de cette opération séduction annuelle est clairement de (re) dorer le blason d’un secteur fragilisé auprès de la clientèle locale qui aujourd’hui est devenue le premier levier de développement, faute de retour significatif des visiteurs internationaux [1].

"80 % de l’offre concentrée en province Sud"

"La province Sud concentre près de 80 % de l’offre du territoire en nombre de prestataires, ce qui représente entre 4000 et 5000 personnes dont l’activité est complètement fragilisée aujourd’hui, pose d’emblée Eugène Kerleau, la directrice générale de Sud tourisme, qui observe une reprise "progressive mais significative" du secteur. Nos cinq offices de tourisme ont accueilli 43000 visiteurs en 2025, ce qui est deux fois plus que pour toute l’année 2024. Parmi ces personnes, une majorité était des locaux, soit environ 60 %. Des tendances qui sont également confirmées sur notre plateforme de réservation en ligne."


De nombreux bons et cadeaux étaient à gagner pour les visiteurs. Photo Anthony Tejero

Les Calédoniens seraient-ils les plus à même de sauver le secteur comme ce fut les cas lors de la pandémie ? Pas sûr. Car si le tourisme domestique représente une opportunité non négligeable, le contexte a changé. Les frontières ne sont plus fermées, ce qui permet de voyager à l’étranger pour les personnes qui en ont encore les moyens, mais surtout le pouvoir d’achat dans le pays a nettement chuté, crise économique oblige. "Ce qui marche le mieux aujourd’hui, ce sont les activités de proximité qui ne nécessite pas de se déplacer loin et de payer un hébergement car on voit bien que les dépenses pour les loisirs passent au second plan pour de nombreuses familles, analyse Eugénie Kerleau, qui mise aussi sur les nouveaux arrivants comme les soignants, les enseignants et les forces de l’ordre. Ces personnes ont du pouvoir d’achat, n’ont pas connu les émeutes et ont envie de découvrir le territoire. Actuellement, c’est une manne importante qu’il faut capter car au bout de deux ans de crise, la trésorerie commence à atteindre des seuils critiques chez de nombreux prestataires."

Chute de 75 % de l’activité à l’île des Pins

Problèmes de transport, question sécuritaire… La reprise est à géographie variable en province Sud. Si les secteurs de la côte Ouest, de Nouméa à Bourail, s’en tirent mieux, le Grand Sud et la côte Est sont clairement à la peine, après une année 2025 tout simplement catastrophique.

"L’an dernier, on a réalisé péniblement 25 % du chiffre d’affaires par rapport à 2023, tous prestataires confondus, regrette Lilian Morer, président de la Fédération des acteurs touristiques et économiques de l’île des Pins, pour qui la reprise a été "très timide" depuis la levée des blocages de l’aérodrome, et qui ne constate pas non plus d’effet de report des visiteurs vers Kunié, alors que les Loyauté restent quasi inaccessibles par avion. L’image de la destination a été ternie avec un effet amplifié par les réseaux sociaux et nous avons, en plus, perdu une part importante de notre activité avec la fin des rotations vers le Japon, destination qui représentait jusqu’à 35 % de notre clientèle. On attend toujours une réouverture de cette ligne ainsi que celle du Méridien, qui permettrait au moins d’attirer des Australiens."


Parmi les artistes invités la troupe de danse de Kunié Olobatch Vakakare Photo Anthony Tejero

Développer l'évenementiel et le tourisme de niche 

Pour autant, parmi les prestataires rencontrés, l’optimisme demeure, y compris chez ceux pour qui la situation est critique. C’est le cas notamment en baie de Prony, privée durablement de visiteurs en raison de l’insécurité sur la RP1 au Mont-Dore.

"Cela nous a complètement plombés et on a au moins perdu 60 % de notre activité rien que l’an dernier, mais là on sent que ça reprend normalement. 2026 va enfin dans le bon sens, espère Didier Audabram, gérant de Prony’s paradise, qui a du se renouveler pour survivre. On se lance désormais dans l’évènementiel. On a accueilli le rallye de voile du CNC notamment mais cela peut aussi passer pas des stages de yoga, des privatisations pour des fêtes ou cousinades, etc. On est obligés de se diversifier."


Le Betico propose jusqu’à lundi 1er juin, des réductions de 40 % sur les trajets Nouméa-ïle des Pins. Photo Anthony Tejero

Une stratégie que de nombreux prestataires, en particulier dans l’hébergement, ont décidé d’adopter pour élargir leur clientèle. Comme la gérante de l’hôtel Betikure, à Bourail, pourtant bien connu dans le pays, mais qui a accusé lui aussi une chute de 30 % de l’activité l’an passé.

"Aujourd’hui, on compte essentiellement sur les locaux, sauf qu’on a des chasseurs du Canada, des États-Unis et d’Australie qui ont réservé chez nous, entre juillet et septembre, raconte Brigitte Bachelet qui voit dans le tourisme de niche, un nouveau levier à actionner. On dispose d’un parc de 20 hectares avec des très nombreuses essences de palmier notamment et on travaille à développer cette partie botanique à l’avenir pour attirer de nouveaux profils de visiteurs. Notre établissement a toujours fonctionné par le bouche à oreille, mais aujourd’hui, on doit se mettre à communiquer, à faire des salons. Des choses qu’on avait oubliées. On est obligés de se renouveler si on veut tenir."

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