
C’est un cycle qui s’achève. Après le bassin Indien en 2024 et le bassin Atlantique en 2025, la délégation sénatoriale aux Outre-mer a présenté le jeudi 28 mai le troisième et dernier volet de son étude triennale sur la coopération et l’intégration régionales des Outre-mer, cette fois consacré au bassin Pacifique. Plus précisément celles des trois collectivités françaises de la zone, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Wallis-et-Futuna, qui représentent à elles seules les deux tiers de la zone économique exclusive française.
Dans le cadre de ce travail, une mission d’information de la délégation sénatoriale s’était déroulée en Nouvelle-Calédonie et à Wallis-et-Futuna du 17 au 24 avril [1], en présence des deux sénateurs calédoniens, Georges Naturel (LR) et Robert Wienie Xowie (CRCE-K), emmenée par la présidente du groupe parlementaire, Micheline Jacques (LR, Saint-Barthélemy).
"Chaque Outre-mer évolue dans un environnement régional spécifique, avec des opportunités comme des contraintes de coopération, qui varient d’un espace à l’autre", a indiqué, dans son propos introductif, Micheline Jacques, estimant qu’il y a "un intérêt réciproque pour la France et les Outre-mer à ce que ces derniers soient davantage intégrés dans leur aire géographique". Il s’agit ainsi de "favoriser l’insertion dans l’environnement immédiat" et de "soutenir un développement endogène dans le respect des identités locales, tout en créant un facteur de stabilisation et de sécurité" pour la France et l’Union européenne qui, rappelle la sénatrice, "est présente dans les trois océans grâce aux territoires ultramarins attachés à la France".
Le sénateur du Val d’Oise Rachid Temal (SER), membre de la délégation, a préconisé l’organisation, chaque année au Sénat, d’un débat sur la stratégie extérieure pour les Outre-mer, et d’y associer les collectivités concernées. Autre proposition : la création d’un ministère délégué aux Affaires étrangères en charge du Pacifique. "Certains évoqueront un vieux secrétariat d’État. Nous, nous pensons qu’un ministre délégué permettrait d’avoir quelqu’un qui circulerait dans ces zones, qui pourrait avoir des relations d’un meilleur niveau avec les différents gouvernements."
Enfin, Rachid Temal propose un marché commun des transports. "Comme l’Europe s’est construite à partir du charbon et de l’acier, on peut aussi imaginer une forme de marché commun sur la question des transports."
De son côté, la sénatrice de la Guadeloupe Solanges Nadille (RDPI) a plaidé pour la tenue, tous les trois ans, d’un sommet Pacifique-France-UE au niveau des chefs d’État. "Sur le modèle du sommet France-Océanie, c’est l’occasion pour les autorités françaises de dire comment elles accompagnent ces territoires, afin d’améliorer la situation des populations et faire évoluer les relations à l’international." Autre recommandation : promouvoir la francophonie.
Le rapport encourage également à renforcer les moyens financiers, en doublant notamment la dotation annuelle du Fonds Pacifique, alors qu’elle a diminué, passant de 300 millions de francs (2,5 millions d’euros) en 2024, à 225,6 millions de francs (1,89 million d’euro) en 2025. Il est aussi question d’adapter les financements de l’Agence française de développement (AFD). "Nous souhaitons que cet instrument financier soit utilisé pour les territoires ultramarins", ajoute Solanges Nadille.
Ensuite, le sénateur de la Mayenne Guillaume Chevrollier (LR) a parlé du volet européen, déplorant un "manque de visibilité" de l’Union dans le bassin Pacifique, et formulant des préconisations visant, entre autres, à mieux répartir les fonds.
L’enjeu géopolitique a bien entendu était abordé. "On parle de l’importance de l’Indo-Pacifique, avec la Chine d’un côté, les États-Unis de l’autre. On a pu le ressentir au travers des échanges avec les pays voisins, il y a une attente d’Europe, d’une troisième voie, d’une voie d’équilibre. Cela doit se traduire par de l’influence politique. Mais l’influence politique, elle est réelle quand il y a de l’investissement."
D’où la demande d’une représentation systématique des PTOM (pays et territoire d’Outre-mer) dans les comités de pilotage des programmes européens, et de leur prise en compte dans le Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (programme de l’UE finançant des infrastructures transeuropéennes dans les secteurs du transport, de l’énergie et du numérique pour promouvoir la croissance, l’emploi et la compétitivité), dont l’enveloppe va être multipliée par deux.
En synthèse, l’appel à "poser les bases d’une future politique européenne de voisinage ultrapériphérique", un levier que Guillaume Chevrollier juge "important d’influence, de développement, de rayonnement de la France et de l’Europe dans cette partie du monde". Pour les rapporteurs, il s’agit de "changer le modèle". "Ça ne veut pas dire couper les ponts, mais imaginer un nouveau modèle", a insisté le sénateur du Val-de-Marne Christian Cambon (LR).