
C’est désormais une certitude : le Pacifique va connaître un nouvel épisode El Niño en 2026-2027. Les prévisions de Météo France le confirment et s’accordent avec l’ensemble des modèles internationaux. "Tous les scénarios vont dans le même sens, il n’y a pas de dispersion", souligne Thomas Abinun, climatologue chez Météo-France NC.
Le phénomène, qui se caractérise par des eaux plus froides dans l’ouest du Pacifique, devrait s’installer officiellement "fin juillet". Les conséquences, dans notre région, de cette variation naturelle du climat sont connues : une chute "de 20 % en moyenne" des précipitations, concentrée sur la saison chaude de septembre à avril, associée à une baisse des températures et à un renforcement des alizés.

Une projection d’ensemble tirée de précédents épisodes El Niño, "mais chaque année est différente", tient à préciser Thomas Abinun. Les modèles de prévision des prochains mois offrent néanmoins une idée de ce qui attend la planète en général, et les Calédoniens en particulier, jusqu’en 2027.
Déjà, l’épisode, qui va s’installer de "manière imminente", risque d’être "d’une forte intensité", pointe le climatologue. Il existe 65 % de chance que le phénomène atteigne au moins le stade de forte intensité au cours du dernier trimestre 2026. L’ONU a averti, mardi 2 juin, de l’arrivée d’un "super El Niño", le plus fort jamais observé. Additionné aux effets du changement climatique, il devrait s’accompagner de nouveaux records de température à l’échelle planétaire.
Ce sera toutefois très différent sur le Caillou. Une "anomalie froide", propre à El Niño, va s’installer dans la région. Dans un contexte de réchauffement climatique, elle occasionnera "des températures pas forcément plus basses que la normale, mais conformes ou légèrement supérieures".

Une "petite bulle", illustre Thomas Abinun, qui va préserver l’ouest du Pacifique des vagues de chaleur sans précédent que va très certainement connaître le reste de la planète. Mais ce refroidissement localisé provoquera également "un déficit de précipitation", au moins de juin jusqu’à octobre et probablement "jusqu’à la fin de l’année. "Cette situation devrait placer la Nouvelle-Calédonie dans des conditions propices à une sécheresse significative, donc une difficulté d’accès à la ressource en eau et potentiellement des risques de propagation des incendies."
C’est d’autant plus inquiétant que le territoire sort d’un épisode La Niña, ayant entraîné d’importants cumuls de précipitation en début d’année (+ 60 % en février et + 30 % en mars), ce qui a favorisé "la croissance du couvert végétal". "Ça signifie que, cette année, il y a beaucoup de combustible potentiel qui pourrait alimenter les feux à l’arrivée de la saison sèche", prévient le climatologue.

À cela s’ajoute un déficit de pluies qui a débuté avant même l’arrivée d’El Niño. Sur les mois d’avril et de mai, une baisse de 30 % des précipitations par rapport aux normales des trente dernières années a été observée en Nouvelle-Calédonie. Un déficit hydrique très inégal. Car si l’extrême Sud et Maré ont connu une hausse des épisodes pluvio-orageux ces deux derniers mois, le reste de la Grande Terre et des îles affichent une forte baisse sur la même période (entre – 20 % et – 40 %).
Concernant les vents, si les alizés se renforcent habituellement sous l’influence d’El Niño, elles devraient "correspondre aux moyennes de saisons" selon les prévisions de cette année.
Le dernier épisode d’El Niño remonte à la saison 2023-2024, mais s’est caractérisé par des effets très limités. "Il avait très atypique, confirme Thombas Abinun. L’océan avait tellement chauffé qu’une bande d’eaux chaudes avait traversé tout le Pacifique et s’était étendue jusqu’en Nouvelle-Calédonie." Résultat : les pluies ont été proches des normales de saison et le Caillou n’a pas connu l’assèchement prévu pour cette saison 2026-2027.
Ce cas de figure prouve qu’il "n’existe pas de corrélation directe entre l’intensité du phénomène et les répercussions locales", puisque l’épisode de 2023 avait été classé en "intensité forte". Sur 22 El Niño observés, "il y en a trois d’intensité modérée, durant lesquels on a même observé des pluies excédentaires."