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Provinciales : "S’occuper des plus fragiles, c’est le rôle de la politique" pour Milakulo Tukumuli
Propos recueillis par Julien Mazzoni | Crée le 09.06.2026 à 05h00 | Mis à jour le 09.06.2026 à 05h00

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Milakulo Tukumuli, président de l’Éveil océanien et tête de liste du mouvement dans le Sud aux provinciales, affirme représenter un mouvement de gauche. Photo archives LNC (Julien Mazzoni)
Tête de liste de l’Éveil océanien dans le Sud pour les élections du 28 juin, Milakulo Tukumuli revendique une ligne centrée sur les questions économiques et sociales, et refuse de se laisser enfermer dans le clivage indépendantistes/non-indépendantistes. Le mouvement ne sera pas présent dans le Nord ni dans les Îles. Entretien.

On a le sentiment, depuis plusieurs mois, que l’Éveil océanien cherche un positionnement politique plus lisible. Quelle est aujourd’hui votre ligne ?

Notre positionnement est clair. Les gens ont une lecture biaisée, parce que notre pays n’est pas coupé en fonction du fait d’être de droite ou de gauche, mais indépendantiste ou non. Nous, nous sommes clairs. Sur les politiques publiques, nous faisons partie des formations qui cherchent à protéger les classes populaires. Nous sommes à gauche.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Je pars d’un principe simple : en Nouvelle-Calédonie, depuis toujours, les inégalités sont extrêmement fortes. Depuis le 13-Mai, c’est encore pire. Les gens me disent qu’ils ne voient pas le bout du tunnel. La question fondamentale, c’est qu’est-ce qu’on fait pour leur proposer une solution ?

Les politiques publiques sont là pour aider tous les Calédoniens. Les chefs d’entreprise, les gens qui ont réussi, tant mieux pour eux, ils ont travaillé durement pour en arriver là. Mais on doit s’occuper des plus faibles. C’est mon idéal. Et c’est là où nous ne sommes pas d’accord avec nos camarades dits de droite.

Vous avez mené campagne pour les municipales, maintenant pour les provinciales. Que vous disent les électeurs que vous rencontrez ?

C’est très simple. Ils veulent manger et pouvoir se soigner. Personne ne me parle de Bougival sur le terrain. Je sais que beaucoup d’autres candidats parlent de ça. Mais moi, quand je vais voir les gens, ils me disent "merci, parce que tu n’évoques pas ces sujets". Les gens veulent qu’on leur parle de leur quotidien. Ils veulent savoir comment ils vont remplir leur assiette et finir le mois. La politique, ce n’est pas l’affaire des élus, c’est l’affaire du peuple d’abord.

Si on continue à aller chercher sur les classes les plus faibles, on va arriver à un point de rupture et ce sera la révolte sociale dans notre pays.

Vous critiquez régulièrement certaines politiques menées par l’exécutif en place. Pourquoi ?

Parce que pour aider les gens, il faut trouver de l’argent. Et quand les finances vont mal, je constate que la province Sud a décidé de faire des économies sur les populations les plus fragiles. C’est là où on n’est pas d’accord. Faire des économies sur les pauvres, ce n’est pas possible. C’est inconcevable. Si on continue à aller chercher sur les classes les plus faibles, on va arriver à un point de rupture et ce sera la révolte sociale dans notre pays.

Il y a des gens qui pensent que s’occuper des plus fragiles, c’est de l’assistanat. Non, ce n’est pas de l’assistanat. S’occuper de ces gens, c’est justement le rôle de la politique. C’est le rôle des élus responsables dans un pays.

Vous avez récemment proposé un amendement lors de l’examen par le Congrès de la proposition de loi organique ouvrant le corps électoral aux natifs pour dénoncer le regroupement des bureaux de vote à Nouméa. Vous pensez que cela pénalise les électeurs des quartiers populaires ?

Je ne pense pas que ça pénalise les quartiers populaires, je le sais. Les habitants de ces quartiers sont en colère de cette décision. Assumer le regroupement des bureaux de vote, ça veut dire que les classes populaires n’ont qu’à se débrouiller. Je suis aussi en colère contre les indépendantistes, qui se sont abstenus lors du vote de cet amendement.

Au cours de la mandature qui s’achève, vous avez porté plusieurs réformes, dont celle du Ruamm, qui n’a pas abouti. Souhaitez-vous poursuivre ce travail ?

Oui, bien sûr. La réforme du Ruamm est nécessaire, fondamentale. Sans réforme ça va être compliqué. Le texte que je portais a été adopté à l’unanimité. Il a ensuite fait l’objet d’une demande de nouvelle lecture. Puis, il y a eu la fermeture de l’usine du Nord, et les événements du 13-Mai. Mais la réforme reste indispensable.

Je constate, à regret, que personne d’autre ne fait de proposition pour sauver le système. Beaucoup critiquent, mais en termes de propositions, c’est pauvre. J’ai également défendu une réforme des retraites de la Cafat. C’est aussi un sujet important que je continuerai de porter.

C’est plus simple de convaincre les gens en leur faisant peur que sur des réponses aux réelles problématiques du pays.

Malgré ces problématiques sociales et économiques, le débat politique reste largement dominé par les questions institutionnelles…

Le problème, c’est que tous les responsables politiques décident de nous emmener sur le terrain du "oui ou non". Parce que c’est plus simple d’aller convaincre les gens en leur faisant peur que de les convaincre sur des réponses aux réelles problématiques du pays.

Nous, on a eu le courage de dire "ça suffit la vie en noir et blanc". Aujourd’hui, plus que jamais, les Calédoniens ont besoin de réponses économiques, sociales et de mobilité.

Quelle est votre position sur l’avenir institutionnel ?

Nous sommes engagés dans ce que nos pères ont signé en 1988 et en 1998 avec les accords de Matignon et de Nouméa. Les Calédoniens ont refusé trois fois la souveraineté pleine et entière, et nous avions appelé à voter non. Mais je trouve que la question posée lors des référendums était trop binaire. C’était "dans la France" ou "sans la France".

Nous, nous disons qu’il existe peut-être une autre solution : "avec la France". Il faut des référendums de projet. Pas des référendums avec des questions fermées. Le positionnement qui consiste à dire que tout est noir ou blanc est dangereux, parce qu’il ne laisse pas beaucoup de place au milieu.

L’Éveil océanien est encore parfois présenté comme un parti communautaire.

Les gens nous ont collé cette étiquette parce qu’en 2019, j’ai assumé une liste composée uniquement de membres de notre communauté. Mais depuis les municipales de 2020, les législatives et les municipales de 2026, ce n’est plus le cas. Pourtant l’étiquette est toujours là. J’attends de voir l’ensemble des listes pour regarder qui fait réellement du communautarisme. Chez nous, il y a des gens de toutes les ethnies qui soutiennent le mouvement.

Kanaky ou pas Kanaky, ça n’amène pas du pain sur la table.

Pourquoi était-ce important pour vous de conduire la liste dans le Sud ?

Ce n’est pas important pour moi, c’est important pour le parti. Nous avons demandé à chaque structure locale de proposer des noms. Ensuite, le comité directeur a débattu et m’a désigné pour conduire la liste. Moi, j’obéis au mouvement et j’essaie d’apporter ma pierre à l’édifice.

Quel score considéreriez-vous comme une réussite le 28 juin ?

En 2019, nous avons obtenu environ 6 000 voix. Aujourd’hui, nous visons le double. Les Calédoniens veulent qu’on parle de leurs problèmes concrets, ils ont besoin de réponses économiques, sociales, sur la mobilité. La question sur l’avenir institutionnel est fondamentale, on reprendra le dialogue, mais en attendant, Kanaky ou pas Kanaky, ça n’amène pas du pain sur la table. Il faut traiter les urgences économiques et sociales de notre pays.

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