
"Si les candidats pensent que l’école est un sujet à part, ils se trompent, car c’est justement là où on forme les citoyens", estime Florenda Nirikani, animatrice à l’UGPE. Les responsables de l’Union des groupements des parents d’élèves ont réuni la presse, ce mercredi 10 juin, dans leurs locaux de la Vallée-du-Tir, pour faire connaître leur démarche réalisée auprès des 24 listes candidates aux élections provinciales du 28 juin. L’objectif : replacer la question du système éducatif calédonien au cœur du débat. "Actuellement, on trouve qu’il en est absent", observe Jean-France Toutikian, secrétaire de l’UGPE.
Or, le malaise de la jeunesse n’a jamais été si palpable. "De notre point de vue, si tant de jeunes s’en sont pris, en 2024, à des outils d’éducation, de formation et d’accompagnement de la jeunesse, c’est qu’ils avaient un message à faire passer", considère la fédération dans sa missive adressée aux candidats. L’UGPE, qui se considère comme la principale organisation représentative des parents d’élèves en Nouvelle-Calédonie, a ainsi rédigé un questionnaire composé de 17 interrogations, qui sont autant de sujets portés "depuis longtemps" par les parents d’élèves, "et qui malheureusement n’ont pas trouvé de réponse concrète suffisante".
En premier lieu, les candidats sont invités à se positionner sur "la place de l’école dans la décolonisation", expose Florenda Nirikani. "Depuis 35 ans d’existence, l’UGPE porte la revendication d’une reconnaissance de l’identité kanak et d’un processus de décolonisation. Il faut qu’on sache si les candidats y souscrivent." La fédération sollicite, d’autre part, l’avis des listes engagées sur la présence souhaitée, au-dessus de tous les établissements scolaires, des deux drapeaux français et indépendantiste.
Quid, également, "du projet éducatif du pays" ? "On a le sentiment qu’il a été un peu mis en sommeil ces dernières années, on voudrait qu’il soit relancé et qu’on nous présente les réformes envisagées", poursuit l’animatrice. La difficulté à mettre en place les "conseils d’école", rendus pourtant obligatoires par une délibération adoptée en 2021, illustre cet immobilisme du système éducatif, aux yeux de l’UGPE.
"Voter des cadres juridiques, c’est très bien, mais s’ils ne sont pas mis en œuvre, ça ne sert à rien", reproche Jean-Michel Boinhaleu, président de la section UGPE du groupe scolaire de Boulari. Un blocage qu’il pense délibéré. "Certains ne veulent pas qu’on s’immisce dans l’école."
L’UGPE entend également inciter les candidats à aborder la question du transfert de la compétence de l’enseignement du second degré, "jamais finalisée". "Le vice-recteur est quelqu’un qui est nommé en conseil des ministres, donc on nous parle d’un transfert de compétence, mais les décisions sont prises à Paris", dénonce Jean-France Toutikian. Et d’interroger : "À quand un vice-recteur local ?"
Une thématique en lien avec un autre combat de longue date porté par l’UGPE : l’emploi local dans l’enseignement. "On a de nombreux diplômés capables d’enseigner qui sont retournés en tribus, et pourtant on fait venir des professeurs de l’extérieur", regrette Alphonse Caena, président de l’union, sans parvenir à présenter de chiffres. "On a énormément de mal à avoir des données fiables, pour mesurer par exemple la réussite scolaire, mais également le décrochage, il n’y a aucune transparence", s’insurge Jean-France Toutikian.
Autre "gros souci" du système éducatif calédonien : l’absence de réponse à la violence "entre élèves, mais également de membres du personnel envers les élèves", accuse Florenda Nirikani, évoquant plusieurs cas de harcèlement commis par des adultes. "Le vice-rectorat et les provinces ferment les yeux là-dessus, il y a une sorte d’omerta concernant la violence institutionnelle dans notre pays."
L’UGPE a donné jusqu’à samedi 20 juin aux candidats pour répondre aux 17 questions. Une restitution sera faite dans les jours qui suivent, et donnera lieu "probablement" à un "positionnement de notre fédération".