
Cette élection est d’abord politique. Donc la priorité pour nous, c’est déjà de créer les conditions d’un dialogue sincère pour assurer la sortie de l’accord de Nouméa dans une souveraineté à définir. Une fois qu’on a dit ça, il faut se concentrer sur les compétences propres de la province des Îles.
Oui. Parce qu’en raison de notre situation géographique, en tant que porte d’entrée sur la Mélanésie et le Pacifique, les îles doivent assumer un certain héritage culturel et politique. Nous devons nous appuyer sur les piliers que sont la coutume et la religion pour résister aux conséquences de la mondialisation, qui se font sentir partout, et s’engager sur la voie de l’indépendance.
Au sein de l’UC, nous avons réaffirmé la démarche unitaire nationaliste sur l’ensemble du territoire, afin justement de respecter les convictions et les différences de chacun. Il nous incombera, ensuite, de se regrouper pour obtenir la majorité au Congrès. On se retrouvera au lendemain du vote, dans le cas où plusieurs listes obtiennent des sièges, c’est ce qui est convenu.
Après trente ans d’accord, c’est dommage d’être encore confrontés à ce genre de difficultés. Pour en sortir, on doit d’abord faire en sorte que l’ensemble des acteurs, privés comme publics, puissent dialoguer. Aujourd’hui, on constate que le gouvernement fait la sourde oreille et n’assume pas sa compétence, car il faut le rappeler : l’axe Wé-Nouméa est bien une compétence du gouvernement, que ce soit en termes de transport aérien mais aussi maritime.
La situation s’est enlisée. Nous, on souhaiterait une consultation globale, qui inclurait également les pêcheurs des îles, qui s’organisent actuellement avec leurs bateaux pour pallier l’absence de la puissance publique. On est prêts à soumettre différentes propositions. Par exemple, d’autres opérateurs existent dans la région, ce sont des opportunités qui n’ont pas été explorées. Charge à nous d’aller les chercher pour relancer la machine.
C’est en tout cas un dialogue qu’il va falloir engager rapidement, car dès le mois de juillet le Betico sera en carénage, donc en attendant de trouver des solutions pérennes, on doit aussi traiter cette situation d’urgence.
L’exécutif provincial sortant a déjà rédigé des courriers au président du gouvernement en ce sens, et nous nous inscrivons dans la continuité de la mandature de M. Lalié et de M. Waneux. Il faut ramener de l’apaisement. D’autant qu’il n’y a pas le feu, surtout quand on voit les milliards dilapidés dans le Grand Nouméa pour des objectifs pas forcément liés au bien-être des populations.
Il y a un manque de volonté politique. Pourquoi aucun cadre législatif n’existe pour favoriser et stimuler l’activité des îles ? On a été capable, au Congrès, d’adopter un statut pour les animaux. C’est très bien, mais pourquoi nous ne disposons d’aucun statut pour les gens de la mer ? Ni pour les emplois verts ?
Nous allons nous y atteler dans les prochaines semaines, les prochains mois, pour regarder comment construire un écosystème viable, sur la base des acquis politiques qui nous ont été légués par nos anciens, notamment à travers des filières d’excellence comme la vanille, le miel ou le santal. Ça passera aussi par des accords régionaux et par un travail de fond lorsqu’on sera élus au Congrès afin d’agir sur les textes et redonner toute leur place aux îles dans la conduite de nos politiques publiques.
Ce n’est pas un sentiment, c’est une réalité. Si on analyse ce qui a été mis en place récemment, on le constate clairement. À qui s’adresse l’aide aux carburants ? Les différents dispositifs contre la vie chère ? Tout ça, c’est destiné au Grand Nouméa. Il n’y a même pas d’antenne du gouvernement aux îles Loyauté. C’est inimaginable d’en être encore-là en 2026.
Il ne faut pas se tromper de lecture politique : on a aujourd’hui des organismes de la puissance de tutelle qui donnent un avis sur une collectivité calédonienne. Mais comment peut-on empêcher la province des Îles de fonctionner en raison d’un déficit de 4 à 7 milliards de francs, quand le gouvernement affiche 90 milliards de dette et est toujours en capacité d’agir ?
C’est la preuve que nous sommes encore en situation coloniale, et qu’il faudra se battre, par le dialogue et la concertation, pour en sortir. C’est aussi ce message qu’on porte auprès de l’État. Les intérêts français dans le Pacifique ne sont pas ceux de la Nouvelle-Calédonie. Il faut que chaque partie se retrouve dans un futur statut du pays, inscrit une bonne fois pour toutes dans la pleine souveraineté.
Là aussi, c’est intéressant de regarder vers le Pacifique. On peut envisager de créer des banques de développement de proximité, il existe des dispositifs financiers en circuit court qui ont déjà fonctionné, afin de sortir de ce schéma classique dans lequel on est engagés. Il y a d’autres possibilités qui existent dans le Pacifique, avec une manière plus océanienne de voir les choses, sur lesquelles on va engager un travail rapidement.
C’est une de nos plus grandes richesses sur les îles. Les jeunes sont investis dans leur tribu, mais également dans les études, avec une partie d’entre eux qui vivent dans le Grand Nouméa. Il faut continuer à les accompagner dans leurs différentes vocations professionnelles.
Mais il faut aussi être lucides sur d’autres phénomènes. Il y a par exemple une partie des jeunes Loyaltiens qui composent les sans domicile fixe du Grand Nouméa ou vivent dans des squats. C’est une priorité de les sortir de cette situation. Ça n’aurait pas de sens de s’inscrire dans un objectif de pleine souveraineté en oubliant une partie de nos enfants en difficulté.
Dans l’immédiat, nous prévoyons de consolider l’existant. Il faut regarder les mesures d’urgence qui existent et qui sont proposées par le gouvernement, comme l’Ordre de Malte, et utiliser l’ensemble des moyens à disposition pour renforcer cette présence sur les trois îles. La province des Îles a été précurseure sur la télémédecine, imaginée il y a dix ans à Tiga, nous avons également développé un réseau avec la Roumanie, qui envoie des étudiants finir leur cursus aux Loyauté, il faut s’appuyer là-dessus.
En parallèle, on ne doit pas faire l’économie d’une réflexion globale sur la politique sanitaire de nos îles. Pourquoi les centres hospitaliers en sont-ils absents ? Ce n’est pas normal. Il y a aussi la question de l’acheminement de nos médicaments. Sur Maré, des personnels de santé se plaignent d’une pénurie actuellement. Encore une fois, on pourrait changer de prisme : est-ce que plutôt que tout importer d’Europe, on ne pourrait pas se tourner vers le Pacifique, avec des circuits moins chers et plus efficaces ? C’est aussi un sujet sur lequel nous allons travailler rapidement une fois élus.