
Si les symptômes de l’infarctus chez l’homme sont bien identifiés, douleur brutale dans la poitrine irradiant parfois dans le bras gauche, ceux observés chez la femme restent mal connus. Résultat : retard de diagnostic, minimisation des signaux d’alerte et prise en charge parfois tardive. "Une maladie cardiovasculaire, c’est toute une atteinte du système circulatoire : le cœur, les artères, les vaisseaux périphériques ou encore le cerveau avec les AVC (accident vasculaire cérébral), ou les embolies pulmonaires. C’est très large", rappelle le Dr Souad Sediri. "Cela représente 200 décès féminins par jour en France, et 25 000 dans le monde."
En Nouvelle-Calédonie, les maladies de l’appareil circulatoire représentent 133 décès pour 100 000 habitants. Selon le Baromètre santé 2022, deux tiers des 18-64 ans présentent un risque cardiovasculaire faible, mais 7 % cumulent un risque élevé ou très élevé, sans différence notable entre hommes et femmes. Pourtant, les chiffres locaux sont probablement sous-estimés, estime la praticienne, au regard de la prévalence des facteurs de risque.
Chez les femmes jeunes, l’idée d’une "protection hormonale" entretient un faux sentiment de sécurité. "On associe souvent le risque cardiovasculaire à la ménopause, mais on observe des cas de plus en plus fréquents chez les femmes jeunes", souligne le Dr Sediri. Le terrain hormonal féminin vient s’ajouter aux facteurs classiques. Tabac, stress psychosocial, sédentarité : les évolutions de mode de vie ont accentué les risques.
"À âge égal, les facteurs de risque sont plus délétères chez la femme que chez l’homme. Trois cigarettes auront plus d’impact chez une femme." En Nouvelle-Calédonie, 42 % des femmes sont en situation d’obésité, 14 % sont diabétiques et 25 % souffrent d’hypertension artérielle. Pourtant, la perception reste décalée : seule une minorité se reconnaît en situation d’obésité. Par ailleurs, 54 % de la population déclare consommer quotidiennement des boissons sucrées.
Autre difficulté : les femmes consultent tardivement. "Elles minimisent les symptômes et ne pensent pas être concernées", observe le médecin. Si la douleur thoracique classique peut survenir, les signes sont parfois plus diffus : fatigue inhabituelle, essoufflement, palpitations, malaise persistant. "Une femme qui fume, stressée, qui ressent un épuisement anormal ou des palpitations doit consulter. Il ne faut pas hésiter au moindre doute."
Bonne nouvelle : une grande partie des maladies cardiovasculaires est évitable. Arrêt du tabac, limitation de l’alcool, alimentation riche en fruits et légumes, limitation des produits ultratransformés, activité physique régulière : la prévention reste l’arme la plus efficace.
En France, la professeure Claire Mounier-Véhier a créé l’association Agir pour le Cœur des Femmes afin de sensibiliser et dépister précocement. Un message qui résonne particulièrement en Nouvelle-Calédonie, où les enjeux de santé publique liés aux maladies métaboliques sont majeurs. Le Dr Souad Sediri est la représentante de cette association sur le Caillou.
Agir pour le cœur des femmes est une fondation dédiée à la sensibilisation, la prévention et le dépistage des maladies cardiovasculaires chez les femmes. Contrairement à une idée reçue trop répandue, ces maladies ne sont pas "seulement masculines" et peuvent toucher toutes les tranches d’âge, souvent avec des symptômes atypiques.
La fondation promeut des actions concrètes : consultations dédiées, campagnes d’éducation, dépistages ciblés et mobilisation des professionnels de santé. Elle encourage aussi des approches personnalisées pour comprendre les facteurs spécifiques aux femmes (hormonaux, liés à la grossesse ou à la ménopause).
La plupart des maladies cardio-vasculaires sont liées à des facteurs de mode de vie. Pour réduire significativement le risque, il est recommandé de :