
Ils ont marqué la vie politique calédonienne, qu’ils s’apprêtent à quitter après parfois plusieurs décennies de mandat. Les divisions, la quête de renouvellement ou les décisions personnelles vont entraîner le départ de plusieurs personnalités politiques des assemblées de province, et par conséquent du Congrès et du gouvernement, au lendemain des élections provinciales du 28 juin.
C’est le cas de Roch Wamytan. L’ancien président du Congrès, figure de l’Union calédonienne et signataire de l’accord de Nouméa, a fait les frais de la volonté du FLNKS et de sa base militante de rajeunir les élus indépendantistes. Tête de liste en 2019, le ténor âgé de 75 ans a été rétrogradé à la 49e place de "Kanaky pour tous", candidate à une assemblée qui compte seulement 40 sièges.
À la 45e place de la même liste, on retrouve un autre visage bien connu du camp indépendantiste : Aloisio Sako. Le président du Rassemblement démocratique océanien (RDO), membre du FLNKS, siégeait à l’assemblée de province Sud ces cinq dernières années, mais pas au Congrès. Il tirera donc sa révérence le 28 juin. Les deux élus étaient présents à la présentation de la liste conduite par Johanito Wamytan [1], lundi 1er juin sur la place du Mwâ Kââ, et ont chargé la nouvelle génération de poursuivre le combat vers la pleine souveraineté.
Marie-Line Sakilia, élue en 2019 sur la liste UC-FLNKS en province Sud avant de s’en retirer à la suite de différends politiques, vit elle aussi ses derniers instants d’élue, tout comme Daniel Goa. L’ancien maire de Hienghène exprimait depuis un certain temps sa volonté de tourner la page de la vie politique. Il avait notamment laissé en 2024 les rênes de l’Union calédonienne à Emmanuel Tjibaou [2], qu’il présidait sans discontinuer depuis 2012.
Chez les indépendantistes, l’UC-FLNKS n’est pas la seule alliance à avoir écarté certains de ses grands noms. Au sein de l’Union pour l’indépendance (UNI), trois figures jusqu’ici incontournables vivent leurs derniers jours en tant qu’élus : Jean-Pierre Djaïwé, président du Palika, et Victor Tutugoro, président de l’Union progressiste en Mélanésie (UPM), ainsi qu’Adolphe Digoué. Outre leur âge avancé, les trois signataires de Bougival pourraient avoir fait les frais de leur engagement en faveur de cet accord. La candidature de Paul Néaoutyine en province Nord, très critique envers Bougival, confirme en tout cas cette tendance. Dans le Sud, c’est Louis Mapou, peu impliqué dans l’élaboration de ce texte, qui conduira la liste.
Le phénomène concerne également les non-indépendantistes. À commencer par l’actuel président du gouvernement. Le nom d’Alcide Ponga est bel et bien inscrit sur la liste d’union des Loyalistes et du Rassemblement dans le Nord, tirée par Vanessa Wacapo, mais seulement en 14e position. Difficile d’imaginer le chef de l’exécutif obtenir un siège à l’assemblée de province Nord, quand on sait que celle qu’il conduisait en 2019 en avait décroché seulement trois. Même en cas de progression, Alcide Ponga, qui a déjà perdu la mairie de Kouaoua aux élections municipales de mars, va très probablement disparaître du paysage politique calédonien.
Pour les mêmes raisons, Wilfrid Weiss, qui a lui aussi dû abandonner son poste de maire il y a trois mois après avoir perdu la ville de Koumac au profit de Yann Gastaldi, et qui est inscrit en 12e position sur la liste de Vanessa Wacapo, ne devrait, par conséquent, ne plus occuper de fonction politique à compter du 29 juin.
Même destin pour Yoann Lecourieux. Diminué par sa débâcle aux municipales, l’ancien maire de Dumbéa, en guerre ouverte contre les Loyalistes, n’a adhéré à aucune liste. Présidente du groupe Les Loyalistes au Congrès, François Suve va également renoncer à la vie publique. Discrète ces derniers mois, l’élue n’apparaît pas sur la liste Loyalistes-Rassemblement en province Sud, sans qu’on connaisse les raisons exactes de cette éviction. Elle participe néanmoins activement à la campagne.
Un autre visage important des non-indépendantistes pourrait connaître le même sort. Il s’agit de Philippe Blaise. L’actuel premier vice-président de la province Sud entretenait des différends depuis plusieurs années avec les autres cadres des Loyalistes. L’élu était agacé par sa mise à l’écart systématique des discussions sur l’avenir institutionnel. Le divorce a été définitivement consommé après la signature de l’accord de Bougival, sur lequel il s’est montré très critique, y voyant un premier pas vers l’indépendance du territoire. Philippe Blaise s’est longuement expliqué sur sa situation politique, dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux mardi 16 juin.
Il y annonce toutefois soutenir la liste d’union construite par sa famille politique. Il ne quittera pas complètement le débat public, puisqu’il sera toujours, au lendemain des provinciales, conseiller municipal à la ville de Nouméa.
Dans ce catalogue des fins de carrières politiques, on peut également citer Philippe Gomès et Philippe Michel. Les deux cadres de Calédonie ensemble ont dû ranger leurs ambitions personnelles au placard pour des raisons judiciaires. Condamnés dans une affaire d’emplois fictifs lorsqu’ils dirigeaient la province Sud entre 2014 et 2018 [3], ils sont soumis à une peine d’inéligibilité de cinq ans. Affaibli, le parti qu’ils ont fondé soutient toutefois officiellement "Une province pour tous", portée par Walles Kotra.
Dans la liste des élus condamnés et empêchés de se présenter, on retrouve également Jean Creugnet. Fin mars, l’ancien élu de la province Nord a été reconnu coupable d’agression à caractère sexuel sur une hôtesse de l’air, alors qu’il se rendait à Paris avec une délégation du FLNKS. Le membre de l’UPM a été condamné à six mois de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité.
Il serait évidemment possible de poursuivre la liste de ceux qui ne devraient plus avoir de mandat d’élu. On y retrouve, pêle-mêle : Mathias Waneux, actuel président de la province des Îles, qui n’est pas candidat à sa succession, Caroline Machoro-Reignier, signataire de l’accord de Matignon et actuelle 2e vice-présidente du Congrès, et Guy-Olivier Cuenot. Installé en Métropole, l’élu loyaliste ne siège plus dans l’hémicycle depuis plus de deux ans, bien qu’il prenne part à certaines commissions par visioconférence.
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[1] https://www.lnc.nc/google.com/search%3Fq%3Dkanaky%2Bpour%2Btous%2Blnc%26amp%3Bsca_esv%3Dec2bff8bd1e2ef21%26amp%3Brlz%3D1C1GCEA_enNC1067NC1067%26amp%3Bsxsrf%3DANbL-n5XRqfUIUID_En7UxpT4MYSz1d_5Q%253A1781583258125%26amp%3Bei%3Dms0watOVB92KosUP4v7V4Ac%26amp%3Bbiw%3D1920%26amp%3Bbih%3D919%26amp%3Boq%3Dkanaky%2Bp%26amp%3Bgs_lp%3DEgxnd3Mtd2l6LXNlcnAiCGthbmFreSBwKgIIADIEECMYJzIFEAAYgAQyBRAAGIAEMggQABiABBjLATIGEAAYFhgeMgYQABgWGB4yBhAAGBYYHjIGEAAYFhgeMgYQABgWGB4yBhAAGBYYHkjgFlDRCVicEHADeAGQAQCYAbECoAGREaoBBTItNy4xuAEDyAEA-AEBmAILoALUEsICChAAGEcY1gQYsAPCAgoQIxiABBiKBRgnwgIKEC4YgAQYigUYQ8ICCxAAGIAEGLEDGIMBwgIIEAAYgAQYsQPCAgsQLhiABBixAxiDAcICDhAuGIAEGLEDGMcBGNEDwgIKEAAYgAQYigUYQ8ICFhAuGIAEGIoFGEMYxwEYrwEYmAUYmQXCAggQLhiABBixA8ICCBAuGLEDGIAEwgIQEC4YgAQYigUYQxixAxiDAcICBRAuGIAEmAMAiAYBkAYIkgcHMy4wLjQuNKAHxo0BsgcFMi00LjS4B6ASwgcJMi00LjUuMS4xyAebAYAIAQ%26amp%3Bsclient%3Dgws-wiz-serp
[2] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/daniel-goa-veut-quitter-la-presidence-de-l-union-caledonienne
[3] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/justice/politique/emplois-fictifs-le-conseil-d-etat-valide-l-application-des-peines-d-ineligibilite-de-philippe-gomes-et-philippe-michel
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