
Ça a été un mandat de crises compliqué, épuisant, j’ai en plus passé quinze mois à Paris [en tant que secrétaire d’État chargée à la citoyenneté de juillet 2022 à septembre 2023, NDLR]. Il y a eu des moments très durs.
Ce qui me motive, c’est que j’espère que le prochain mandat, auquel je souhaite participer, soit un mandat de construction de l’avenir, plutôt que de gestion de crises successives.
Depuis 2018, on a toujours été ensemble dans les moments où il y avait un risque institutionnel, on a été ensemble contre Deva, pour Bougival, aux référendums, aux législatives de 2024… Donc ce n’est pas une surprise, même si les municipales, qui sont un moment de respiration démocratique avec moins d’enjeux politiques et institutionnels, où chacun s’est présenté, a laissé des traces comme toute campagne électorale. Et la proximité avec les provinciales a rendu les choses plus compliquées, parce que ça demandait de passer très vite à autre chose. Or, quand on perd une élection, et ça m’est arrivé, ce n’est pas forcément simple de se réconcilier avec ceux qui nous ont battus.
Concernant mon nom, je me suis posée la question de savoir si je devais y aller ou pas. Je pense qu’il faut se demander qui est la ou le mieux placé pour tirer la liste. Au final, on en a conclu que c’était le plus légitime, parce que j’étais la présidente sortante, et que le bilan de la province n’est contesté ni par notre électorat, ni par ceux qui nous soutiennent.
Oui, je m’en suis expliquée déjà. En fait, il y a des choses que je n’aurais peut-être pas dû dire comme je les ai dites, mais elles ont quand même été caricaturées et sorties de leur contexte. Je me suis longuement expliquée sur l’huile et l’eau [une comparaison entre le monde occidentale et kanak faite lors d'une allocution en juillet 2024 NDLR]. Je n’ai pas dit que c’était ce que je voulais, j’ai dit que c’était le constat de la société dans laquelle on vit malheureusement, avec deux modèles qui sont très différents. Cela n’empêche pas les hommes et les femmes de vivre ensemble, mais ces deux modèles sont difficiles à rendre compatibles, c’est une réalité.
Ça doit être notre objectif, et je pense que le temps finira par faire son œuvre. Je crois que 20 % de la population calédonienne est métissée aujourd’hui, ça va dans le sens de dire qu’à un moment ou à un autre, ces sujets seront derrière nous, je le souhaite.
Mais malheureusement, c’est vrai que tous les 40 ans, on prend une nouvelle crise. Et ça fait reculer ce projet, parce qu’on se re-regarde pendant quelques années en chiens de faïence, on ne se refait plus confiance et on n’y croit plus, à nouveau. Je pense que le chemin, c'est de se dire qu’on est tous des Calédoniens et que personne ne va mettre l’autre dehors, et donc qu’on a vocation à vivre ensemble. Mais ça prend du temps, parce que nos modèles sont très différents. Et que malgré le métissage, malgré l’envie de vivre ensemble, ça se heurte. Parce que notre base fondamentale, c’est la démocratie, à nous, issus de la société européenne. Et ce n’est pas le modèle de la société coutumière kanak, où c’est le consensus, c’est le chef. Donc il faut réussir à rendre compatibles ces deux modèles. C’est ce qu’on avait réussi à faire dans Bougival. C’est possible, mais ça dépend de la bonne volonté des uns et des autres. Il faut que chacun joue le jeu de manière sincère.
D’abord, l’attachement de tous au maintien de la République. Il n’y a pas d’ambiguïté là-dessus.
Clairement, c’est ça qui nous unit. C’est ce qui fait qu’à la fin, on arrive toujours à s’unir sur les moments importants, parce qu’on partage les mêmes idées, à la fois sur l’avenir institutionnel et sur le modèle de société.
Je suis très fière de cette liste, parce qu’elle représente ce qu’on veut pour la Nouvelle-Calédonie. Elle est très diverse d’un point de vue des âges, des origines, de la communauté d’appartenance, elle représente toute la province Sud. On a réussi à projeter sur cette liste ce qu’on veut arriver à faire de la société calédonienne, c’est-à-dire montrer que oui, nos modèles de société sont différents, mais oui, les hommes sont capables de construire ensemble.
C’est un débat qu’on a à chaque élection, de savoir s’il faut qu’il y ait des maires ou pas. Certains, comme Antoine Romain, maire de Païta, membre de mon parti, qui n’a pas souhaité être en position éligible, et d'autres considèrent qu’ils défendront mieux leur commune en étant aussi à la province. Je le respecte. On a eu des mandats avec des maires du Mont-Dore, de Boulouparis, et ça fonctionnait bien, parce qu’il y a une synergie entre les communes et la province, on a des sujets qui sont partagés, donc ça permet d’aller dans le même sens. Ça fait moins de temps au Congrès, mais on a des élus qui ne font que ça, donc je considère que ça se défend et que c’est aussi dans l’intérêt des habitants de ces communes.
Bien sûr. J’ai vu le maire de Thio [Téva Puahio, 3e sur la liste de l’Éveil océanien, NDLR], et je lui ai dit qu’on l’accompagnerait. Ça s’est très mal passé avec le maire Bourail, parce qu’on lui a donné beaucoup d’argent au début du mandat pour des projets, et il n’en a rien fait. Mais cela ne m’empêchera pas de travailler avec lui s’il nous demande des choses et qu’il est capable de les faire. On a payé des caméras, des clims, des projets d’aménagement à toutes les communes qui nous l’ont demandé, y compris dans celles où on va sans doute faire assez peu de voix.
Il y en a plusieurs. La sécurité, d’abord, parce que ça pollue la vie des Calédoniens, les cambriolages, les vols de voitures, etc., je pense qu’on peut faire des choses, qui relèvent à la fois de la présence de policiers, de gendarmes, plus de caméras…, mais aussi des réponses de fond, comme Clic & Mouv', pour essayer d’occuper les jeunes.
Le deuxième sujet très important, c’est la relance économique et le pouvoir d’achat. Pour nous, la relance économique passe par la consommation, et donc avoir plus de pouvoir d’achat, et par l’investissement. C’était la volonté de l’État en mettant beaucoup d’argent sur la reconstruction et le plan de relance, mais pour l’instant, ça ne ruisselle pas du tout, parce que Bercy nous met des contraintes qui sont un enfer, donc on met la pression à l’État pour que ça s’accélère. Il y a quand même 20 milliards de francs de reconstruction et 24 milliards pour le plan de relance. Les appels d’offres sont en cours, ça va finir par arriver, mais il faut que nous, les collectivités, on soit le plus rapide possible, c’est ce qu’on fait à la province et qu’on continuera à faire si je suis élue.
Et il y a autre chose qui me tient à cœur, c’est qu’il n’y a plus assez de consommateurs en Nouvelle-Calédonie, il faut faire revenir du monde.
La réalité, c’est que les entreprises embaucheront quand iront mieux. On propose la suppression des charges sociales sur les CDI pour les deux premières années, ça fait partie des choses, comme Sud Jeunes, qui encouragent les entreprises à embaucher, mais quand elles n’ont pas de boulot, elles n’embauchent pas, donc il faut leur en donner en faisant travailler les sociétés de BTP par l’investissement, et par la consommation pour tout ce qui est commerce, etc. Mais pour cela, il faut qu’on ait une majorité au Congrès et au gouvernement qui permette de le faire.
La première des aides sociales, c’est d’avoir un emploi. On fait des choses, comme le petit-déjeuner dans les écoles primaires prioritaires, Sud Solidarité, une aide 6 000 francs pour les jeunes de la crèche jusqu’au lycée, on accompagne comme on peut les centres communaux d’action sociale, puisque ce sont eux qui ont la compétence sur les bons alimentaires, etc. Mais ce sont des réponses qui ne sont pas pérennes. La réalité, c’est qu’on a 12 000 personnes qui n’ont pas retrouvé d’emploi à la suite des émeutes, et il faut qu’on leur en fasse retrouver un, c’est tout. Il faut réussir à régler le problème de fond, et c’est la relance économique qui permet ça.
On verra. Cette élection est majeure, encore plus que d’habitude. Les listes du milieu ont dit qu’elles étaient là pour nous battre, elles veulent clairement prendre la province avec les indépendantistes, il n’y a pas d’ambiguïté sur le sujet. Ca signifie un basculement de la province, qui serait inquiétant pour ceux qui veulent que la Nouvelle-Calédonie reste française. Et depuis Paris, notre score, comme celui de nos concurrents, sera regardé à la loupe pour décider de ce qui va se passer à l’avenir. Mais je trouve toujours dommage de faire perdre des voix au camp non-indépendantiste, parce que ces listes qui ne passeront pas la barre, ce sont des voix perdues. Est-ce que ça nous favorisera, est-ce que ça nous pénalisera, on verra le 28.
C’est ce qu'a dit Nicolas Metzdorf, c’est ambitieux. Le "gap" est quand même important. Lenjeu, c’est surtout d’avoir la majorité absolue à la province, soit 21 sièges, puisqu’on sait que si ce n’est pas le cas, on aura une majorité contre nous. Néanmoins, c’est la première fois depuis 27 ans qu’on a une liste unique dans le Nord, on a une liste proche de nous dans les Îles, et on a fait l’union la plus large qu’on pouvait dans le Sud. Donc oui, s’il y a un moment dans lequel on se donne les moyens de faire le plus gros score possible au Congrès, c’est maintenant. La division des autres peut aussi aider.
Oui, on a toujours participé. Je ne vois pas bien comment on arriverait à trouver une solution avant les élections présidentielles et législatives de 2027, les conditions ne sont pas réunies, et si on regarde le paysage national, je ne suis pas certaine qu’on y arrive. Ça dépendra aussi de la configuration locale, en fonction du poids de chacun, les choses seront un peu différentes, même au sein du camp indépendantiste. Mais on se pliera à l’exercice.
On va continuer de défendre ce qu’on a toujours défendu, c’est-à-dire le respect de la démocratie, donc des trois "non" aux référendums. Il n’y aura pas de statut en dehors de la République française, et on tient à nos fondamentaux, c’est-à-dire l’ouverture du corps électoral et le rééquilibrage du Congrès. Le plus important mais aussi le plus compliqué, ce sera d'enlever cet épée de Damoclès que représente d'éventuels référendums.