
Il est des paradoxes difficiles parfois à expliquer. La Nouvelle-Calédonie possède un gisement de bois compatible avec la construction de charpentes. "La ressource de pins des Caraïbes est arrivée à son apogée", assure Charles Lheureux, vice-président du Groupement des forestiers, réunissant les trois scieries calédoniennes. Pourtant, le pinus calédonien n’attire pas. Et les constructions en bois de manière générale, bien que solides, esthétiques, rentables et écologiques, restent à la marge.
Face à ce constat, la filière Bois et Forêt tente une nouvelle approche en montant le projet InterBois NC, qui réunit les professionnels du secteur de la coupe à la construction, pour "structurer la filière et en faire un levier clé de la reconstruction, de la transition écologique et de l’autonomie du territoire", introduit Emma Do Khac, coordinatrice du projet InterBois NC, lors de la réunion de lancement du projet, ce vendredi 19 juin, au sein de l’entreprise Sequoïa, à Païta.

Si l’interprofession Bois NC n’a pas encore de forme juridique, le projet est l’émanation de longues années de travail menées par différents acteurs pour valoriser cette filière. L’Agence rurale, le cluster Éco Construction et le Groupement des forestiers calédoniens œuvrent en effet chacun à leur niveau.
Les freins liés aux constructions en bois, et encore plus à l’usage du bois local, sont pour la plupart "des idées reçues", déplore Manuel Henry, président du cluster Éco Construction et gérant de Henry Manuel Charpente (HMC). Le premier ennemi du bois est le termite. Or, tous les bois sont évidemment traités, les bois importés, comme les locaux. "Et le pinus calédonien tolère bien mieux le traitement que certaines autres essences", constate Pascal Boisseau, gérant de Sequoïa et charpentier, formé chez les Compagnons du devoir. "De plus, il a grandi dans les forêts calédoniennes, il est adapté au climat local."
Autre crainte, les incendies. Or, pour les professionnels présents lors du lancement d’InterBois NC, "le bois résiste bien mieux aux flammes que le métal". Assertion difficile à entendre tant l’inverse est ancré dans les esprits. Pourtant, l’affirmation est documentée. "Si le bois est certes combustible, il offre une excellente tenue au feu par rapport aux autres matériaux de construction", assure la Fédération nationale du bois sur son site Internet.

Vient la peur du cyclone. "Après le passage d’un cyclone, sur la côte Est, les gens étaient venus vérifier si les maisons en bois que j’avais réalisées avaient résisté, un vrai ballet de voitures", se souvient l’architecte Claire Lallié, habituée à travailler avec du bois, surtout local. Pourtant, "s’il est bien dimensionné, le bois résiste très bien aux cyclones." Puis viennent le coût, l’entretien, la résistance à l’humidité, aux UV et autres points qui desservent ce matériau pourtant renouvelable et écologique. Autant d’axes de travail pour InterBois NC.
Ainsi, les missions sont nombreuses pour cette entité en devenir, qui ne possède pas encore de forme juridique. Le projet est né "dans le cadre de l’appel à projets France 2030" et va continuer à se structurer dans les mois à venir, pour mieux soutenir la filière Bois-Forêt, de la ressource vivante au marché.
Pour Emma Do Khac, coordinatrice du projet InterBois NC, la "ressource locale est assurée pour les 30 prochaines années. Et ce sont plus de 500 emplois qui pourraient être créés d’ici 2040 dans les secteurs de la sylviculture et de la transformation du bois, et plus encore dans les métiers du travail et de l’utilisation de ce matériau", le tout si la filière arrive à convaincre architectes, donneurs d’ordres et particuliers de faire confiance à cette matière première.
La présentation au grand public du projet InterBois NC s’est tenue chez Sequoïa, entreprise de bâtiment spécialisée dans le bois. Pascal Boisseau, le gérant, réalise avec ses équipes la toiture du dock de compostage de déchets carnés de l’Ocef. Une structure de très grande taille, avec de belles longueurs de pinus calédonien. Un exemple des possibilités de construction en bois local.
L’Ocef, établissement public, a lancé un appel d’offres pour ce chantier. "La variante bois a été choisie sur dix dossiers, car c’était l’offre la plus performante, raconte Adeline Cretin, directrice adjointe. Elle a en effet obtenu la meilleure note en termes de prix, de notice technique et de délais." Et l’usage du bois, d’autant plus local, pour un projet de compostage, était "en cohérence, d’autant plus que dans notre process, nous utilisons des copeaux qui sont mélangés avec les déchets carnés".
À ses côtés, Lionel Rouchon, gérant du bureau d’études Équilibre Bois, qui a également travaillé sur le projet, assure qu’il "permet de démontrer que nous sommes concurrentiels face à du métal. La solution bois était aussi plus performante pour des aspects environnementaux."