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Provinciales : concernant l’avenir institutionnel, Arnold Lèques "veut tout reprendre à zéro"
Propos recueillis par Anne-Claire Pophillat | Crée le 24.06.2026 à 05h00 | Mis à jour le 24.06.2026 à 05h00

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Pour Arnold Lèques, qui tire la liste "Pour une Calédonie française", vu les résultats des trois référendums, "on ne devrait plus parler d’indépendance". Photo Anne-Claire Pophillat
Le récent mouvement Volonté calédonienne a décidé de se lancer dans la course des provinciales avec "Pour une Calédonie française", tirée par Arnold Lèques, ancien gérant de la Compagnie maritime des Îles. La liste, opposée à tout statut qui éloigne la Nouvelle-Calédonie de la France et contre Bougival, veut faire entendre sa voix. Ses priorités : l’avenir institutionnel et l’économie.

Qu’est-ce qui vous a incité à être candidat aux provinciales ?

C’est avant tout le non-respect des trois consultations, des trois fois "non".

Pourquoi dites-vous que cela n’a pas été respecté ?

Parce que l’accord de Nouméa dit qu’à la suite des trois "non", on se met autour de la table et on regarde la situation ainsi créée. L’ADN était une trajectoire vers l’indépendance, qui s’est arrêtée avec les résultats aux référendums. Or, on repart encore sur cette trajectoire, en passant par l’étape "souveraineté partagée", ou "indépendance-association". Normalement, on ne devrait plus parler d’indépendance.

Cela signifie que, selon vous, aucune autre liste ne porte cette voix du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France ?

Il y a peut-être le Rassemblement national, mais quand Marine Le Pen dit qu’elle veut nous faire un quatrième référendum dans 20, 30 ou 40 ans, ça ne veut rien dire.

Vous estimez que la question de l’indépendance ne doit plus se poser ?

C’est ce qui devrait être le cas. Après, s’il y a une majorité indépendantiste un jour, peut-être qu’on se la reposera et on fera un référendum local, mais il n’est pas question de faire des calendriers, ce n’est pas quelque chose qu’on doit planifier, d’autant plus dans la situation dans laquelle on se trouve. Il n’y a que la France qui peut nous sortir de là financièrement. Il n’y a plus de retraite, plus de santé, plus d’éducation… Il faut d’abord reconstruire le pays.

Dans une interview donnée aux Nouvelles en 2021 avec Richard Kaloï, vous proposiez la création d’un État du Pacifique associé à l’Union européenne [1], ce qui semble aller à l’encontre de votre position actuelle. Comment l’expliquez-vous ?

Un jour, Richard Kaloï est venu me voir et m’a dit : "Je suis inquiet, parce que j’ai l’impression qu’il y a deux blocs qui sont en train de se radicaliser. Qu’est-ce qu’on peut faire ?" On a donc proposé cette piste de réflexion. Pourquoi je suis parti là-dessus ? Parce que je me suis dit, "si on doit vraiment évoluer vers un statut de souveraineté partagée pour x raisons, on va se retrouver avec quoi ? Moi, je préfère être indépendant en étant rattaché à l’Europe, plutôt que d’être à la dérive dans le Pacifique à la merci de la Chine ou d’autres puissances." 

Les trois référendums ont dit "non", on reste dans la France. C’est pour ça que beaucoup de gens se sont sentis piégés avec Bougival.

Qu’en est-il de cette idée aujourd’hui ?

Si on prend Bougival et notre lettre envoyée à l’époque au Premier ministre Castex, c’est du copier-coller. Passeport, nationalité, accord avec l’Europe pour le nickel, tout était dedans. Cela confirme ce que Jean-François Carenco (alors ministre des Outre-mer NDLR) a dit à Richard Kaloï, "c’est exactement ce qu’il faut faire, mais pas avec l’Europe, avec la France".

Pourtant, vous dites que Bougival ne convient pas…

C’était une réflexion, dans l’idée qu’on aille vers l’indépendance. Mais les trois référendums ont dit "non", on reste dans la France. C’est pour ça que beaucoup de gens se sont sentis piégés avec Bougival. C’est aussi une des raisons de notre candidature, pour dire non. 

L’idéal, c’est un partenariat avec les kanak. Il y aura toujours des indépendantistes. Mais il y a aussi des Mélanésiens qui ne veulent pas de l’indépendance, et eux, on les oublie souvent.

La formule c’est : l’accord de Nouméa est le plancher des discussions. Non, nous, on veut tout reprendre à zéro.

Vous évoquiez le Rassemblement national (dont celle qui en a été la représentante locale pendant de nombreuses années, Bianca Hénin, est 2e sur votre liste [2]). Vous partagez certaines idées, pourquoi un accord n’a-t-il pas été possible avec son représentant et candidat, Alain Descombels ?

Nous avons rencontré ceux qui étaient à droite – on considère que Les Loyalistes sont macronistes -, parce que nous voulions une union des droites. On a pris des contacts, au niveau national, avec Sarah Knafo (parti d’extrême droite Reconquête NDLR), Philippe De Villiers, avec tous ceux qui pourraient nous épauler. Mais on n’est pas encore représentatifs, on a compris qu’il fallait avoir des élus.

Concernant le RN, on a rencontré Alain Descombels, et ça a été une déception. Son seul objectif était celui d’une hégémonie à droite. On est allés jusqu’à élaborer un programme ensemble, mais il ne voulait pas de Bianca ni de moi. On a compris que ça ne pourrait pas se faire.

Quelles sont vos priorités ?

La relance économique et l’avenir institutionnel. La formule veut que l’accord de Nouméa soit le plancher des discussions. Non, nous, on veut tout reprendre à zéro.

Comment relancer l’économie ?

Par la sécurité, d’abord. C’est une compétence de l’État. 

Et puis au niveau économique, il y a beaucoup de choses à revoir. Aujourd’hui, on est sur un tas de ruines, il y a encore des entreprises qui vont fermer à Ducos, ce n’est pas fini. Au lendemain des émeutes, la France aurait dû mettre en place un plan Marshall. Cela aurait redonné confiance aux gens, beaucoup ne seraient pas partis, et surtout, psychologiquement, les indépendantistes auraient pris un coup en disant, "ça fume encore et ils reconstruisent". L’État n’a pas joué son rôle.

Le nickel est une urgence, selon vous ?

On a le meilleur nickel au monde et on a la main tendue en permanence. Il faut revoir le coût de l’énergie. La Nouvelle-Calédonie pourrait bénéficier du système de péréquation tarifaire de l’électricité en Outre-mer, qui garantit aux consommateurs le même tarif qu’en Métropole, comme à Wallis-et-Futuna, le temps au moins de restructurer la filière. Car un des principaux freins pour les usines, c’est le coût de l’énergie. Nous, ce qu’on veut, c’est que le nickel soit transformé ici et que les plus-values restent en Calédonie. Emmanuel Macron, quand il est venu, il a parlé d’une petite centrale nucléaire, 500 millions d’euros (60 milliards de francs). Elle est où ? Il y a aussi les turbines marémotrices que l’on met dans les passes.

En plus, le nickel fait partie des minerais stratégiques. Les réserves de l’Europe et de la France, c’est la Nouvelle-Calédonie. Maintenant, les réserves de l’Amérique, ça va même devenir la Nouvelle-Calédonie. Si les Américains rentrent dans le capital d’Eramet (et rachètent les parts de la famille Duval, NDLR), c’est qu’il y a une raison.

D’autres filières sont-elles également à développer ?

Il faut tout reprendre au niveau agriculture. Combien de milliers d’hectares sont gelés ? Il faut les donner aux jeunes qui veulent démarrer avec un programme de développement, un accompagnement technique et financier. On parle toujours de l’autonomie alimentaire, mais tant qu’on ne remet pas cette terre en valeur, il n’y en aura pas.

Il y a le tourisme aussi. Il faut arrêter les hôtels 5 étoiles, il y en a assez. Il faut plutôt développer l’écotourisme, qui respecte l’environnement et coûte beaucoup moins cher en investissements. On a une flore qui est extraordinaire, il y a des choses à faire.

On est là pour remettre de l’ordre dans la boutique et arrêter les clivages éternels. Et ça passe aussi par une réconciliation avec les indépendantistes. La Nouvelle-Calédonie de demain, c’est les Kanak et c’est nous.

Pourquoi votre liste pourrait mieux agir que les autres ?

Déjà, nous, les premiers de liste, on n’a pas besoin de salaire. On est des retraités. On n’est pas là pour un poste. Moi, j’ai toujours dit qu’on était là pour remettre de l’ordre dans la boutique, pour un mandat, pour former les jeunes et les faire monter, et arrêter les clivages éternels. Et ça passe aussi par une réconciliation avec les indépendantistes. La Nouvelle-Calédonie de demain, c’est les Kanak et c’est nous. Les discussions pour Bougival ont été des discussions entre adversaires, nous, on veut que ce soit des discussions entre partenaires. Aujourd’hui, il y a trois partenaires dans le dossier calédonien. L’État, les indépendantistes et nous. L’État ne changera pas, il est là uniquement pour les ressources naturelles et sa position centrale dans l’axe Indopacifique.

Comment faire des indépendantistes des partenaires sans accepter leur droit à l’indépendance, puisque vous voulez une Calédonie dans la France ?

Cela a été réglé par les trois référendums. On ne parle plus d’indépendance, et on propose de tout revoir à zéro, ce n’est pas de donner une suite à quelque chose qui n’a pas marché, à savoir l’accord de Nouméa. L’indépendance a été rejetée par trois fois par la population. C’est pour ça qu’on s’est réunis pour dire non, il faut revenir à la base. Les indépendantistes vont toujours l’être, et nous, on ne changera pas non plus, on veut rester Français, donc on va travailler ensemble.

À quels électeurs vous adressez-vous ?

Surtout aux 65 000 qui n’ont pas voté pendant les élections municipales. S’ils n’ont pas voté, c’est qu’ils ne se sont retrouvés dans aucun des programmes proposés. Et puis les déçus.

Si vous obtenez des élus, feriez-vous une alliance ?

Nous, on sera toujours contre ce qui ne va pas dans l’intérêt des Calédoniens. Il n’y aura pas d’alignement systématique, on votera en fonction des textes, qu’ils émanent des indépendantistes ou des loyalistes. Il n’y aura pas de compromission.

Les 50 candidats de "Pour une Calédonie française"

1. Arnold Lèques

2. Bianca Hénin

3. Jean-Charles Moglia

4. Jennifer Prevel

5. Philippe Lemaître

6. Patricia Brossard

7. Christopher Bourgine

8. Floriane Creugnet

9. Karl Laigle

10. Suzanne Maiau

11. Laurent Edo

12. Charline Kassiran

13. Mehndy Chabrand

14. Sonia Devaud

15. Rodrigue Brousse de Laborde

16. Christelle Kerfourn

17. William Paladini

18. Catherine Carnicelli

19. Alain Destours

20. Priscillia Persanti

21. Hugues Brossard

22. Corinne Citerne

23. Christian Simon

24. Christelle Devaud

25. Christophe Brunet

26. Sylvie Hautcoeur

27. Ludovic Driss

28. Apryl Paladini

29. Pierre Demene

30. Aude Legras

31. Erick Appavou

32. Rhiannon Manaute

33. Marc-Victor Moglia

34. Fabienne Bodin

35. Philippe Durand

36. Denise Weillant

37. Eric Devaud

38. Murielle Garcia

39. Yves Bourgine

40. Marie-Louise Troalen

41. Henri Hénin

42. Lauriane Lombard

43. Nicolas Nageleisein

44. Françoise Donneau

45. Serge Gastaldi

46. Yvana Tournier

47. Bernard Laigle

48. Stella De Bacour

49. Gilles Eryn

50. Valérie Herbert

Retrouvez l’ensemble des 23 listes candidates aux provinciales

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