Les Nouvelles Calédoniennes
Published on Les Nouvelles Calédoniennes (https://www.lnc.nc)

Accueil > Provinciales > Interview > Provinciales : avec l’UNI, Louis Mapou veut remettre la province Sud “au service du pays” > Provinciales : avec l’UNI, Louis Mapou veut remettre la province Sud “au service du pays”

Provinciales : avec l’UNI, Louis Mapou veut remettre la province Sud “au service du pays”
Propos recueillis par Julien Mazzoni | Crée le 26.06.2026 à 07h00 | Mis à jour le 26.06.2026 à 07h11

e703a0c97c3a6bb038f03av_00138055.jpg

Louis Mapou conduit la liste UNI “Unis pour le Pays” en province Sud. Photo Julien Mazzoni
Tête de liste UNI dans le Sud, l’ancien président du 17e gouvernement, Louis Mapou, défend une mandature "de transition", une façon de gérer les institutions plus collégiale et la reprise rapide des discussions sur l’avenir institutionnel. Entretien.

Pourquoi conduire une liste UNI dans la province Sud, où le rapport de force reste difficile pour les indépendantistes ?

Le Sud, c’est un peu le poumon du pays. C’est la province qui pèse le plus sur le plan démographique, avec un rôle prédominant sur le plan économique. C’est aussi là que se jouent beaucoup de discussions et de décisions, dans la gestion courante des affaires du pays comme sur les questions liées à l’avenir. Compte tenu du contexte difficile dans lequel nous sommes entrés depuis 2021, après le dernier référendum, il nous a paru très important que la voie que nous portons, celle du dialogue et de la discussion permanente, soit présente. Nous voulons aussi profiter de cette élection pour apporter un débat de clarification.

Quel objectif vous fixez-vous ?

Passer la barre des 6 300 voix. Ce n’est pas rien. Si nous y arrivons, cela veut dire que nous aurons au moins quatre élus à la province. Et au-delà, cela nous permettra de continuer à peser sur les décisions concernant l’avenir, mais aussi sur celles qu’il faut prendre aujourd’hui pour sortir de la crise. Cela passe par une gouvernance forte au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, au gouvernement, et par une grande coopération avec les collectivités.

Votre liste s’appelle "Unis pour le Pays". Qui cherchez-vous à unir ?

Il faut sortir du débat binaire. Le oui et le non sont quasiment à égalité, comme l’ont montré les référendums et les législatives. Pour nous, le vrai débat, c’est celui de la construction du pays. "Unis pour le Pays", c’est unir les gens autour d’un objectif : construire une souveraineté, construire un projet. Ce que nous proposons, c’est la souveraineté en partenariat. La France a aussi un rôle important. Il faut sortir des concurrences qui ont pu être nécessaires dans les périodes précédentes, mais qui doivent aujourd’hui laisser place à davantage de coopération.

Le combat pour l'indépendance est arrivé à une nouvelle étape. 

Quelle serait votre première initiative si vous êtes élus ?

Réunir la province Sud, les treize maires de la province, les trois aires coutumières et les groupes politiques représentés à l’assemblée de province, pour discuter de la crise et de la façon d’avancer. Nous n’avons pas réussi à trouver un accord avant cette élection. Nous pensions que c’était le plus important. À défaut, il faut trouver un équivalent. Entre juillet et septembre, nous devons essayer de trouver quelque chose, parce qu’on ne peut pas rester dans ce statu quo.

En 2019, les indépendantistes étaient rassemblés dans le Sud. Cette fois, l’UNI part séparément de la liste UC-FLNKS menée par Johanito Wamytan. Que doivent comprendre les électeurs ? Le divorce avec l’UC est-il consommé ?

Nous ne le posons pas comme un divorce. Le combat pour l’indépendance est arrivé à une nouvelle étape. Les négociations que nous avons menées au nom de l’UNI ont abouti à une chose importante : un accord de l’État, et même des non-indépendantistes, sur le principe de transferts de compétences régaliennes. C’est le signe que nous sommes entrés dans une nouvelle étape de notre histoire. On peut discuter des modalités, bien sûr. Mais à cette étape, il faut aider la population à bien saisir les enjeux. Pour nous, cela passe par le dialogue, la négociation, la discussion. C’est là qu’il y a une nuance avec ce qui est porté aujourd’hui par le Front.

Vous présentez cette mandature comme une mandature "transitoire". Qu’est-ce que cela veut dire ?

Nous entrons dans une mandature de cinq ans, c’est classique. Mais elle est transitoire parce que nous sommes face à une bascule. Une bascule générationnelle, économique, sociale et politique. On a beaucoup développé notre pays, mais on ne l’a pas réformé en même temps. Aujourd’hui, cette impasse nous revient dans la figure avec les événements. Et nous considérons que nous sommes entrés dans le processus d’accès à la pleine souveraineté en partenariat.

On ne peut pas gouverner dans le rapport de force permanent. 

Cette ligne de la souveraineté en partenariat reste donc la vôtre ?

Oui. La souveraineté en partenariat permet à la Nouvelle-Calédonie d’assumer de nouvelles responsabilités, notamment au niveau international. Mais elle permet aussi de prendre en compte ceux qui ont un lien ombilical avec la France, toutes les communautés arrivées ici par l’histoire de la colonisation. Nous, les Kanak, nous demandons la rupture du lien. Mais cette rupture pose aussi une question aux autres. Le partenariat avec la France permet de continuer à faire vivre l’héritage commun de cette histoire. On a besoin de tout le monde.

Le projet présenté à Déva était-il finalement celui qui tendait le plus vers cette direction ?

C’est le projet qui permettait d’aller dans ce sens. Nous sommes le seul mouvement qui, après Déva, a dit qu’il fallait en tenir compte, que Déva devait être une étape. Entre Déva et Bougival, les modalités sont différentes, mais il y a une chose commune : une période de transition. Tous ces projets d’accord brassés depuis trois ou quatre ans portent les germes de quelque chose qui peut aboutir. Mais aujourd’hui, la question est simple : y a-t-il des hommes et des femmes pour porter cela avec courage ? C’est ce qui manque.

Quelles sont vos priorités pour la province Sud ?

La première, c’est de gouverner autrement. On ne peut pas gouverner dans le rapport de force permanent. La deuxième, c’est de poursuivre le soutien à l’activité économique et la relance. Mais on ne peut pas se contenter du soutien à l’activité. Les entreprises et les ménages sont arrivés à un niveau de difficulté très important. Il faut revoir le budget de la province Sud pour prendre des mesures exceptionnelles sur les deux années qui viennent. La troisième priorité, c’est de stabiliser le pays, notamment la partie kanak, avec une autre façon de gouverner. Chaque quartier, chaque squat, chaque tribu doit faire l’objet d’un travail spécifique pour construire avec les gens leur avenir.

Le Gallieni de la santé a posé des bases. Il faut persévérer.

Sur les fractures sociales, les squats, la jeunesse déscolarisée, que peut faire la province ?

Il faut mailler davantage. Il faut une présence effective de la collectivité sur le terrain, avec des personnes formées à ces métiers, au plus près des situations vécues par les gens. Les dispositifs existent, comme les CLSPD [comités locaux de sécurité et de prévention de la délinquance, NDLR], mais ils n’arrivent pas toujours à avoir un impact réel. Il faut resserrer les mailles entre les communes, la province, les associations, les autorités coutumières. Les associations font un travail extraordinaire, mais est-ce qu’on les aide vraiment à assumer ce rôle ? Je n’en suis pas sûr.

Sur les squats, votre ligne est plutôt de régulariser, de reloger ou de construire ?

Il faut d’abord faire un bilan. L’expérience de la Presqu’île océanienne a permis de stabiliser des familles, sans nouvelles installations. Il y a aussi eu des constructions de logements pour reloger des personnes vivant en squat. A-t-on vraiment tiré les enseignements de ces expériences ? Je n’en suis pas sûr. Il faut regarder la situation réelle des squats. Qui sont les personnes qui y vivent ? Certaines ont des moyens, d’autres non. Certaines cherchent autre chose. On entend parfois que les gens aiment vivre dans les squats. Je n’en suis pas sûr. Il y a la question de l’eau, de l’électricité, des enfants. Et je ne suis pas sûr qu’il soit réaliste de dire qu’on ne doit plus faire d’habitat social.

Votre liste met aussi en avant la santé avec notamment Claude Gambey, le membre du gouvernement en charge du secteur en troisième position. Que peut faire la province Sud, même si elle n’en a pas toutes les compétences ?

Nous avons de bonnes infrastructures, des CMS qui fonctionnent. Mais l’accès aux soins suppose d’abord une sécurisation de l’action publique. Je ne parle pas de sécurité au sens sécuritaire, mais de responsabilité partagée : personnel soignant, autorités, communes, province. Ensuite, il y a la disponibilité du personnel médical. Le gouvernement a pris une mesure permettant à des médecins étrangers de venir, c’est très bien. Mais la province doit mieux se positionner. Dans des secteurs comme Tindu ou Kaméré, tout un environnement médical a disparu : les pharmacies, les médecins que les gens avaient l’habitude de voir. Il faut le reconstruire. Le Gallieni de la santé a posé des bases. Il faut persévérer.

Il faut sortir de la radicalité.

Sur le nickel et l’usine du Sud, quelle est aujourd’hui votre position ?

Il faut protéger l’outil industriel, bien entendu, parce que c’est un enjeu majeur. Il faut aussi poursuivre le travail engagé sur la transformation des résidus. Mais ce que je trouve dommage, c’est qu’alors qu’on n’a pas rassuré le pays et la province sur la qualité du repreneur et sur son projet, la première chose faite a été de lui donner la possibilité d’exporter. Je ne trouve pas cela correct. On demande un effort à la Nouvelle-Calédonie sans savoir où l’on va avec le repreneur. Il faut aussi réfléchir à la nouvelle étape de l’exploitation du nickel à Thio, avec la population, l’après-nickel, et ce que cela représente dans la construction de l’indépendance.

Adolphe Digoué, Jean-Pierre Djaïwé et Victor Tutugoro, figures de l’UNI associées à Bougival, ne sont plus au premier plan électoral. Est-ce un renouvellement ou une conséquence politique de cette séquence ?

Il y a eu des discussions internes. Dans le Sud, c’est un choix délibéré qu’Adolphe Digoué n’y soit plus. Moi-même, je me suis posé la question de continuer. Au Nord, Jean-Pierre Djaïwé et Victor Tutugoro ont fait le choix de ne pas y être. Est-ce que Bougival est enterré pour autant ? Non. Le débat reste entier. Entre Déva et l’accord de Kanaky, il y a Bougival. À mon sens, Bougival garde un certain nombre de principes qui répondent à la question essentielle sur laquelle nous travaillons depuis longtemps : l’accès à la pleine souveraineté. L’accord de Matignon n’a pas fait l’unanimité. Celui de Nouméa non plus. Bougival a frayé un chemin qu’il faudra continuer à débroussailler. Je ne crois pas qu’il y ait une autre voie.

Que voulez-vous dire aux électeurs à quelques jours du scrutin ?

Il faut faire attention à la Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui. Ce n’est plus celle d’avant. Il y a une mutation profonde. Si on ne prend pas la mesure de ce qui est en train de se passer, on risque de continuer à entretenir des réflexes de ceux qui vivent sur le passé, alors que la situation demande autre chose. L’UNI a joué un rôle dans la discussion et dans la négociation entre 2021 et aujourd’hui. Nous voulons continuer à jouer ce rôle. Il faut sortir de la radicalité. Il faut traiter les zones de vulnérabilité, comme les squats. Il ne faut pas grand-chose : de la bonne volonté, de la bienveillance, de l’engagement et de la conviction.

La liste Unis pour le Pays

1. Louis Mapou

2. Inès Kouathé

3. Claude Gambey

4. Virginie Paillard

5. Franck-Gérard Bonnard

6. Bella Marjorie Poigoune

7. Sagato Maperi

8. Julia Danielle Guaenere

9. Mario Alain Bouearan

10. Mégane Odette D'Anglebermes

11. Rudy Roger Fichter

12. Sarah Oflaville

13. Pierre Monefara

14. Marguerite Cuké Wanakahme

15. Lary Atti

16. Cheyenne Boere

17. Pierre Vetea Wong Kong Tao

18. Jade Honakoko

19. Pelenato Vaoheilala

20. Sandrine Aourigna épouse Atinoua

21. Joseph Claude Hanquez

22. Milca Kapissiri

23. Ignace Oscar Monawa

24. Emilie Aurore Mathilde Pebou-Polae

25. Philippe Deseigne

26. Sonia Siro

27. Pothin André Selefen

28. Ithupane Tieoue

29. Christian Kaateu

30. Karine Saratinsky épouse Ezzine

31. Patrick Nicar

32. Prisca Raiza Tonhoueri

33. Michel Kai Agourere

34. Seyrane Belliot

35. Jean-Rock Gaia

36. Laura Uregel épouse Tain

37. Cédric Mediara

38. Kenza Poiwi

39. Benjamin Koutchaoua

40. Dorothée Fouye

41. Jean Gohe

42. Marie-Christine Newedou

43. Pierre-Chanel Nonmoira

44. Marie-Joelle Vendegou

45. Etienne Gowehou

46. Murielle Wema-Mohamed

47. Clément Mickael Paouro

48. Celesta Vakié épouse Hnageje

49. Yvannick Vakié

50. Justine Eva Digoué 

MERCI DE VOUS IDENTIFIER
X

Vous devez avoir un compte en ligne sur le site des Nouvelles Calédoniennes pour pouvoir acheter du contenu. Veuillez vous connecter.

J'AI DÉJA UN COMPTE
Saisissez votre nom d'utilisateur pour LNC.nc | Les Nouvelles Calédoniennes
Saisissez le mot de passe correspondant à votre nom d'utilisateur.
Mot de passe oublié ? [1]
JE N'AI PAS DE COMPTE
  • Vous n'avez pas encore de compte ?
  • Créer un nouveau compte [2]

Vous avez besoin d'aide ? Vous souhaitez vous abonner, mais vous n'avez pas de carte bancaire ?
Prenez contact directement avec le service abonnement au (+687) 27 09 65 ou en envoyant un e-mail au service abonnement [3].

Source URL:https://www.lnc.nc/article/provinciales-avec-l-uni-louis-mapou-veut-remettre-la-province-sud-au-service-du-pays asdasdasdad

Links
[1] https://www.lnc.nc/user/password [2] https://www.lnc.nc/user/register [3] https://www.lnc.nc/formulaire/contact?destinataire=abonnements