
Elles sont chargées du développement économique, du tourisme, mais aussi en partie des transports, de la santé, de l’enseignement ou encore de l’environnement. Fondées en 1988 par les accords de Matignon-Oudinot, les provinces sont omniprésentes dans les politiques publiques de Nouvelle-Calédonie et, par conséquent, dans le quotidien de ses habitants. Ce dimanche 28 juin, les quelque 192 000 électeurs appelés aux urnes vont renouveler, après un mandat exceptionnel de sept ans, les 76 conseillers qui composent les trois assemblées de province.
Près de quarante ans après leur création, la place à accorder à ces collectivités, uniques en France, dans le futur statut de la Nouvelle-Calédonie, continue d’alimenter le débat politique.
"Elles sont indispensables", affirme d’emblée Catherine. L’habitante du lotissement Bernard s’est déplacée à l’Arène du Sud, ce dimanche matin, pour déposer son bulletin dans l’urne, un geste important pour elle. Elle n’imagine pas une Nouvelle-Calédonie fonctionner un jour sans ses trois provinces, traduction administrative de la diversité des régions du Caillou. "C’est important que chacune ait ses propres dirigeants et sa façon de faire."

Un avis que partage Claude. "Les provinces correspondent bien à leurs populations", juge le retraité, en référence au découpage du pays imaginé en 1988. Trois institutions qui disposent, également, "d’un bon niveau de décisions pour s’organiser et essayer de garantir la prospérité". À ses côtés, Catherine, sa femme, se montre plus sceptique. Sans critiquer le modèle institutionnel, qu’elle estime efficace, l’habitante de Païta déplore "une mauvaise répartition des ressources". "Par rapport au nombre de votants, la province Sud devrait être mieux lotie", juge Catherine, relançant le débat sur la clé de répartition, qui favorise les provinces Nord et Îles dans un objectif de rééquilibrage, au sein d’un territoire où les richesses sont toujours concentrées dans le Sud.
À la sortie d’un des cinq bureaux de vote du Dock socioculturel, Lauriane attend son mari, encore dans l’isoloir. Les provinces, en tant que telles, "ce n’est pas le problème, il faut que ça continue à fonctionner". En revanche, "il y a un souci dans l’utilisation de l’argent", pointe la Calédonienne, issue d’une "vieille famille caldoche". "C’est parfois mal employé et on annonce des choses qui ne se font jamais", s’agace-t-elle.
Christophe, lui, considère "qu’on n’a pas les moyens d’assumer toutes ces compétences". Il faudrait, estime-t-il, laisser l’État en récupérer une partie le temps que le pays retrouve un équilibre économique.
Pour Claude, les difficultés de gestion des exécutifs provinciaux traduisent "des lacunes des élus", parfois pas les mieux placés "pour prendre les bonnes décisions". Un constat qui lui fait regretter le fonctionnement des élections en Nouvelle-Calédonie. "Je trouve ça incroyable qu’en nommant les représentants de trois assemblées de province, cela entraîne la désignation de ceux du Congrès et du gouvernement. C’est choquant d’un point de vue démocratique."

En attendant que de nouvelles discussions sur l’avenir institutionnel scellent le futur modèle provincial, "on joue le jeu et on vote", soutient Lauriane. "Maintenant, on croise les doigts pour que ceux qui dirigeront demain fassent quelque chose de bien, et surtout tiennent leurs promesses."