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Les enseignements des provinciales 2026
Anne-Claire Pophillat | Crée le 29.06.2026 à 17h28 | Mis à jour le 29.06.2026 à 17h28

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Les résultats du scrutin du 28 juin mettent en lumière la logique des deux blocs, indépendantistes et non-indépendantistes, symptomatique de la vie politique calédonienne. Photo Julien Mazzoni
Déferlante bleue dans le Sud, progression de l’UC-FLNKS, confirmation de l’Éveil océanien, disparition de Calédonie ensemble et de l’UNI en province Sud, échec des petites listes à fédérer… Voici ce qu’il faut retenir du scrutin du dimanche 28 juin.

La déferlante bleue dans le Sud

Certes, ils n’obtiennent pas la majorité au Congrès, avec 24 sièges (sur 54), mais Les Loyalistes et Le Rassemblement, réunis au sein d’une même liste dans le Sud et le Nord, y renforcent largement leur présence. Un résultat dû notamment à leur score en province Sud (car s’ils prennent plus de 1 000 voix dans le Nord, le nombre de représentants boulevard Vauban reste inchangé, à savoir 2), où Sonia Backès et ses 49 colistiers gagnent 12 492 voix supplémentaires par rapport au dernier scrutin, en 2019, passant de 28 802 à 41 294 voix, alors même que, si le nombre d’électeurs est plus élevé (192 854 contre 169 635 en 2019), l’abstention l’est aussi [1], avec un taux de participation le plus faible depuis les premières provinciales, en 1999, à 63,71 %, soit trois points de moins qu’il y a sept ans. Ainsi, la liste tirée par la présidente sortante obtient la majorité absolue de 28 sièges sur 40 à l’assemblée de province. Au Congrès et pour la composition du gouvernement, des alliances seront nécessaires. C’est tout l’enjeu des jours à venir.

L’UC-FLNKS progresse

Face à la large victoire bleue dans le Sud, "Kanaky pour tous", de l’UC-FLNKS, parvient malgré tout à recueillir davantage de voix qu’en 2019 (12 842 contre 11 262) et à conserver ses 7 sièges, et ce, sans l’UNI (présente sur la liste unitaire il y a sept ans). Dans le Nord, Pascal Sawa remporte 10 418 voix, soit plus de 1 000 qu’en 2019 (9 069). Mais rien n’est gagné, car les 10 sièges obtenus (sur 22) ne suffisent pas pour accéder à la présidence. Une coalition devra être trouvée. Or, malgré les oppositions entre l’UNI de Paul Néaoutyine et les loyalistes, notamment sur Bougival et la doctrine nickel, une union de ces derniers n’est pas exclue.

En revanche, dans les Îles, la dynamique est différente. L’UC-FLNKS Îles, tirée par Mickaël Forrest, ne parvient pas à établir le même score que lors du dernier scrutin, avec 3 946 voix contre 5 186. C’est sa sœur, Omayra Naisseline, leader de "Nation Autochtone", qui crée la surprise, passant de 1 536 voix en 2019 à 3 855 dimanche, grignotant ainsi les voix de l’UC, même si, au final, au Congrès, ils siégeront sous la même bannière, comme c’est le cas actuellement.

L’ancien président UC de la province, Jacques Lalié, malgré 9,73 % des voix, ne récupère aucun siège et rate son retour, son mandat ayant été marqué par des déboires judiciaires et sa gestion des finances publiques largement critiquée et épinglée par la Chambre territoriale des comptes.

L’Éveil océanien confirme

L’Éveil océanien, créé à l’occasion des provinciales 2019, confirme son implantation dans le paysage politique, sans pour autant toucher aux équilibres. Quatrième force politique en province Sud il y a sept ans, derrière Calédonie ensemble, le mouvement né pour représenter la communauté wallisienne et futunienne en est devenu, dimanche 28 juin, la troisième, et concentre 8 399 des suffrages exprimés contre 6 077 en 2019, sans toutefois parvenir à concrétiser l’ambition affichée par Milakulo Tukumuli dans une interview accordée aux Nouvelles calédoniennes le 9 juin [2], qui était d’atteindre "le double".

Le groupe conserve le rôle central et charnière qu’il incarne depuis sept ans, capable de faire et de défaire une majorité au Congrès. La principale question concerne désormais son positionnement. C’est lui qui avaient permis l’élection de Sonia Backès à la tête de la province Sud en 2019. Si un tel rapprochement paraît surprenant, vu les nombreux désaccords qui les opposent, il n’est pas impossible. L’EO devrait également discuter avec les indépendantistes. Réponse au Congrès le vendredi 10 juillet, jour de l’élection de la présidence.

À LIRE ÉGALEMENT :

[Infographie] Provinciales : à quoi va ressembler le futur Congrès ? [3]

Exit Calédonie ensemble

La chute de Calédonie ensemble s’était amorcée en 2019. La formation fondée par Philippe Gomès subissait déjà un fort recul, recueillant moitié moins de voix qu’en 2014, mais conservant tout de même 9 élus. Cette fois, le parti, marqué en avril par le départ d’un de ses principaux cadres, Philippe Dunoyer [4], ayant décidé de faire campagne seul, disparaît tout simplement de l’institution provinciale, la liste "Une province pour tous, un pays solidaire, un avenir partagé", de Walles Kotra n’étant pas parvenue à faire la différence, avec seulement 3 887 voix. Calédonie ensemble ne comptera donc également plus de représentant au Congrès.

L’UNI sorti de la province Sud

Autre victime du scrutin dominical dans le Sud, l’UNI-Palika. L’ancien président du 17e gouvernement ne siégera plus, ni à l’assemblée ni au boulevard Vauban. Avec "Unis pour le pays", Louis Mapou n’a pas su convaincre, recueillant 3 401 voix, n’atteignant pas le seuil fatidique de 5 % d’inscrits. Depuis son soutien sans faille à Bougival et son départ du FLNKS en novembre 2025, le Parti de libération kanak traverse une profonde crise, dont il n’est pas dit qu’il se relève dans les années à venir. S’il se maintient au Congrès, c’est par la présence de Wali Wahetra, qui a porté la liste dans les Îles avec un peu moins de succès qu’en 2019 (2 481 voix contre 2 970 il y a sept ans), et surtout par celle des élus du Nord, de la liste tirée par Paul Néaoutyine, qui résiste avec 10 sièges à la province. En tout, l’UNI occupera donc sept sièges boulevard Vauban, soit cinq de moins que lors de la mandature qui s’achève.


À Poindimié, la liste du maire et candidat, Paul Néaoutyine est sans surprise arrivée en tête, avec 1 435 voix. Photo Anthony Tejero

Les partis dits "du centre" ne décollent pas

Ils comptaient faire bouger les lignes et mettre à mal la logique des blocs. Ces nouveaux partis dit "du centre", même s’ils n’acceptent pas forcément cette étiquette, n’y sont pas parvenus. "Faire pays" de Robert Kakue dans le Sud et de Maurice Waka-Awa dans le Nord, "Nous, Réunis !" de Philippe Dunoyer (ex-Calédonie ensemble), "Une province pour tous, un pays solidaire, un avenir partagé" de Walles Kotra (soutenue par Calédonie ensemble et le sénateur Georges Naturel) promettaient de mettre au second plan l’institutionnel et de s’atteler à la crise économique et sociale. Leur discours n’a pas rassemblé. Pourtant, à eux trois, ils comptabilisent 12 000 voix, soit plus que l’Éveil océanien et autant que l’UC-FLNKS. Faute de convergences, aucune ne sera représentée. Philippe Dunoyer perd ainsi son fauteuil à la province Sud et au Congrès.

La débâcle des petites listes

Les résultats des quatre listes "Un espoir pour demain" de Pascal Lafleur (1 520 voix), "Pour une Calédonie française" d’Arnold Lèques (1 158), "Souveraineté Kanaky Nouvelle-Calédonie" de Dominique Chazal (1 003) et enfin "France-Calédonie : une patrie" d’Alain Descombels (727) sont insignifiants. Pascal Lafleur, secondé par Joël Kasarherou (Construire autrement), n’a pas su capitaliser sur son seul nom. Un nouvel échec, après celui des législatives en 2022. Malgré le soutien marqué du Rassemblement national, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont partagé des vidéos afin d’appeler à voter pour la liste portée par Alain Descombels, le chef d’entreprise n’arrive toujours pas à fédérer et est le candidat qui obtient le moins de suffrages sur les 11 qui se sont présentés.

Parmi les autres petites listes en course dans le Nord et les Îles, celles de l’UPK, les dissidents du Palika anti-Bougival, n’ont pas convaincu non plus, récoltant péniblement 124 voix aux Loyauté et 1 239 au Nord.

À noter également une participation en baisse chronique depuis le premier scrutin de 1999. Le taux d’abstention s’élève à plus de 36 %, marquant clairement un ras-le-bol des électeurs et une défiance grandissante vis-à-vis de leurs représentants et de leur incapacité à agir sur leur quotidien.

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