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[MAGAZINE] Jeruscha Waïa, la voix qui libère la parole
L Calédonie / Aurélia Dumté | Crée le 05.07.2026 à 14h00 | Mis à jour le 05.07.2026 à 14h00

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Jeruscha Waïa est présentatrice trimédia sur NC la 1ère. Son parcours atypique, aux expériences parfois douloureuses, explique en partie sa volonté de donner la parole. Photo Bruno Fortin
Présentatrice trimédia sur NC La 1ère, Jeruscha Waïa mène chaque semaine une dizaine d’émissions. Derrière cette voix incontournable, un itinéraire dense qui nourrit aujourd’hui sa volonté de libérer la parole. Un portrait de notre partenaire le magazine L Calédonie.

Avec dix émissions par semaine, Jeruscha Waïa est une voix incontournable sur NC La 1ère, d’autant que la jeune femme intervient à la télévision, à la radio et sur le web. "Je rencontre des centaines de personnes chaque année." Heureusement, la présentatrice trimédia "aime les gens". Et "les sujets sont inépuisables".

Jeruscha Waïa anime Ligne directe depuis 2023. Une émission de société articulée autour d’une grande question, avec des experts pour y répondre, et une interaction avec les auditeurs, qui peuvent intervenir. "Je fais tout : je définis les thématiques, je cherche les invités et j’assure l’animation. J’adore mon travail." Pour définir les thématiques, l’animatrice s’appuie sur ses expériences personnelles, l’actualité et les rencontres. Mais ce qui relie le tout, "c’est la libération de la parole. C’est parler de tout, tous les sujets sont bons, il n’y a pas de question bête, toutes les vies sont inspirantes. Je veux faire des émissions dans lesquelles les gens se reconnaissent".

Découvrir la neige

Grandir dans le quartier populaire des Tours de Saint-Quentin, puis dans le Val-d’Oise, en périphérie de Paris, passer son bac en regardant la mer, étudier à la Sorbonne, vivre un attentat, monter sur scène, passer derrière la caméra… La vie de Jeruscha Waïa est bien remplie, ce qui lui permet d’avoir une approche riche des sujets à aborder dans ses émissions. Et d’oser. Oser parler de certains sujets, car elle-même a traversé des moments de vie difficiles.

Se retrouver projetée des Tours de Saint-Quentin à la banlieue parisienne à 10 ans, et "découvrir la neige. Mon père a fait partie de l’opération 400 cadres. Il a repris ses études à 30 ans, c’est pour cela que nous sommes partis vivre à Paris." La famille rentre huit ans plus tard. "Je suis allée au lycée Lapérouse. Je devais retourner passer mon bac en France, mais quand j’ai vu que l’on voyait la mer depuis le lycée, j’ai dit à mes amis à Paris : je vais rester encore un peu."

Découvrir la peur

Bac ES en poche, Jeruscha repart en France pour ses études. Elle sort diplômée d’une licence de géographie à la Sorbonne. En visite à Nice, elle se retrouve au beau milieu de l’attentat du 14 juillet 2016, sur la promenade des Anglais. Ce jour-là, 86 personnes perdent la vie et 458 sont blessées. La violence est immense. Mais la famille de l’ex-compagnon de l’animatrice décide de cacher le traumatisme sous le tapis, "et de ne jamais en reparler". Sauf que le choc psychologique est beaucoup trop fort.

Parfois, on ne croit pas en soi, mais le fait que d’autres personnes croient en nous, cela nous prouve que la vie ne s’arrête pas.

"Je ne vais plus travailler, je ne sors plus de chez moi, j’ai des crises d’angoisse quand j’entends un enfant pleurer, je serre des dents…" Finalement, l’état de santé de la jeune femme se dégrade tant qu’elle revient en Nouvelle-Calédonie. Une rencontre lui permet de mettre un mot sur sa situation : "je suis en état de stress post-traumatique". Alors, enfin, sa parole peut se libérer et le processus de guérison s’enclencher. "C’est pour ça que j’aime parler de santé mentale dans mes émissions", sourit Jeruscha Waïa.

Les traumas sous le tapis, c’est fini

Lorsqu’elle évoque l’attentat, son syndrome de stress post-traumatique ou même le harcèlement sexuel dont elle a été victime, elle le fait avec vivacité, franchise et une pointe de fierté d’être, aujourd’hui, capable de libérer ses mots et d’affronter ces épreuves. Ce retour au pays, entourée de ses proches, accompagnée de son "binôme" actuel, cette guérison, "c’est une période charnière dans ma vie. J’avais les dents toutes cassées. Ça m’a appris l’humilité, ce que c’est que d’être jugée au premier regard. J’ai été en souffrance pendant des années, donc j’essaie de comprendre les gens autour de moi. On ne connaît pas leur histoire. Et parfois, on ne croit pas en soi, mais le fait que d’autres personnes croient en nous, cela nous prouve que la vie ne s’arrête pas."


Rencontrer des gens, un plaisir pour la présentatrice de l’émission Ligne directe. Photo Bruno Fortin

Et comme cela ne suffisait pas, la présentatrice se retrouve confrontée à du harcèlement sexuel durant la période Covid. Lorsqu’elle porte plainte, son dossier est classé sans suite, comme 94 % des affaires de viols et d’agressions sexuelles en France, selon l’Institut des politiques publiques. Mais l’agresseur, lui, la poursuit pour diffamation. Rien d’original. Heureusement, Jeruscha est relaxée. Là encore, la jeune femme décide de parler, de lever la voix, de dire non, de s’exprimer. Les traumas sous le tapis, c’est fini.

Alors oui, l’émission Ligne directe s’explique en grande partie par la trajectoire personnelle de sa présentatrice, et cette volonté profonde de donner la parole. "Je rencontre des gens passionnés et je vis un peu par procuration leurs passions. J’aime sourire aux gens dans la rue, j’aime leur dire quand ils sont beaux. Ça fait du bien de faire du bien." Comme un juste retour des choses, Jeruscha Waïa sourit aux autres, elle qui a eu besoin du sourire des autres pour guérir et retrouver cette lumière dont elle irradie aujourd’hui.

Note

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