
Le premier chiffre cité par la délégation sénatoriale aux Outre-mer dans son rapport consacré à l’économie ultramarine, et qui a fait l’objet d’une conférence de presse mardi 7 juillet, en dit long. "Si les Outre-mer représentent 4,18 % de la population française, leur PIB total ne constitue que 2,45 % du national." L’Agence française de développement (AFD) estimait même, en 2021, que leur croissance à l’horizon 2050 sera "molle, déséquilibrée et insuffisante", le PIB par habitant "devant rester quasiment stationnaire dans les Outre-mer".
Une des principales raisons de cette situation, selon le rapport, serait que les filières historiques de chaque territoire sont en perte de vitesse ou arrivées à maturité et ne soutiennent donc plus la croissance (pêche, banane, canne à sucre, nickel…). L’urgence est ainsi de trouver de "nouveaux relais de croissance, soit en réinventant les filières historiques, soit en en faisant émerger de nouvelles", alors même que la délégation sénatoriale, qui a rencontré des dizaines d’acteurs économiques, institutionnels, etc., a constaté que les "territoires regorgent d’initiatives, de jeunes entreprises et de projets innovants". L’enjeu est dorénavant de consolider ces secteurs naissants.
Le rapport souligne notamment les "nombreuses filières d’avenir" en Outre-mer : la cosmétique, qui "permet de valoriser la biodiversité exceptionnelle des Outre-mer" ; la pharmacopée ; l’agroforesterie ; la vanille ; l’agriculture biologique ; le tourisme ; l’artisanat et les savoir-faire traditionnels, ou encore les industries culturelles et créatives. "Ces filières peuvent devenir très attractives, notamment pour les jeunes", assure Vivette Lopez, qui souhaite le "développement d’un réseau d’écoles supérieures d’ingénieurs ultramarines en créant de nouvelles formations spécialisées dans les domaines correspondant aux atouts et filières d’avenir de chaque territoire".
Le rapport, porté par les sénatrices Annick Girardin (Saint-Pierre-et-Miquelon), Vivette Lopez (Gard) et Marie-Laure Phinera-Horth (Guyane), formule 20 recommandations et appelle à "une véritable politique de l’État en faveur des territoires d’Outre-mer et de leurs populations, afin d’irriguer le terreau favorable à la croissance de ces filières économiques, prometteuses et essentielles".
Parmi les propositions : reconnaître les ports et aéroports ultramarins comme des infrastructures de souveraineté économique et établir dans chaque bassin une programmation pluriannuelle d’investissements associant l’État, les collectivités et les acteurs économiques ; étudier la création d’un établissement financier public dédié au financement des entreprises Outre-mer, qui regrouperait notamment les activités du groupe Caisse des dépôts, de l’AFD, d’autres agences de l’État et les financements de France 2030 ; intégrer des produits locaux dans le Bouclier Qualité Prix (BQP), afin de promouvoir les circuits courts ; réorienter et bonifier les instruments d’aide fiscale à l’investissement vers les filières d’avenir de chaque territoire ; créer un fonds d’investissement pan-ultramarin pour les entreprises innovantes en phase d’amorçage et d’accélération ; inscrire la pharmacopée des plantes endémiques terrestres et marines des Outre-mer et protéger les savoir-faire traditionnels de la contrefaçon, etc.
"La connaissance quantitative des ressources ultramarines fait aujourd’hui encore défaut, a estimé Annick Girardin. On le voit dans la plupart de nos relations économiques dans les bassins, on est aveugle sur nos connaissances et nos ressources et ce qu’il faut défendre."
Pour les trois sénatrices, "l’action régalienne est cruciale et permet de sécuriser le marché économique", notamment pour la protection des ZEE (zone économique exclusive) ou la lutte contre l’orpaillage illégal, considérés comme des freins au développement économique des Outre-mer. "L’action de l’État permettrait un développement des infrastructures essentielles, ou encore la connectivité qui est un enjeu de géopolitique et de souveraineté française et européenne", a insisté Annick Girardin, citant également la connexion avec les câbles sous-marins numériques internationaux.
Pour Marie-Laure Phinéra-Horth, "ce rapport tombe à pic", en particulier pour la Guyane qui se cherche un chemin institutionnel vers plus d’autonomie, soulignant, "on a envie de devenir autonome, d’utiliser nos propres richesses".
L’essentiel du rapport de la délégation sénatoriale aux Outre-mer est à retrouver sur le site Internet www.senat.fr [1].