
Sous le faré de la médiathèque de Dumbéa, les outils s’activent entre les mains de cinq jeunes. Ils mesurent, ils coupent, ajustent, soudent… Robert, 19 ans, Clovis, 18 ans, Kevin, 19 ans, et Daniel, 19 ans, sont là depuis deux semaines. Un cinquième jeune est en entretien, ce jeudi 9 juillet, lors de la visite du chantier. Tous participent à un chantier d’insertion porté par la mairie de Dumbéa et encadré par l’association Active.
Leur mission : aménager l’espace extérieur de la médiathèque, construire de nouveaux bancs, améliorer l’accessibilité et surtout réaliser une plateforme technique pour l’espace scénique. Depuis l’incendie du Studio 56, rappelle la maire, Cynthia Jan, cet espace semi-ouvert est devenu l’un des rares lieux d’expression culturelle de la commune. Quatre spectacles y sont programmés au second semestre, dont un rendez-vous hip-hop le 24 juillet. Les jeunes sont invités à venir voir, ce jour-là, l’équipement qu’ils auront contribué à construire.
Pour eux, le chantier est une première marche. "Oui, c’est difficile", répond l’un d’eux quand on lui demande s’il est compliqué de s’insérer dans le monde du travail. "On n’a pas les moyens." En quinze jours, ils disent avoir déjà touché à "la soudure, la maçonnerie", aux mesures, à "un peu de tout". L’objectif, à la sortie, est de "trouver un boulot ou une formation". L’un pense déjà au RSMA. Un autre aimerait poursuivre dans la soudure.
Ces jeunes ne sont pas là par hasard. Sébastien Crougneau, coordonnateur du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, explique qu’ils sont repérés par les partenaires sociaux : CCAS, assistance sociale, médiation sociale, familles déjà accompagnées pour des difficultés de logement, de précarité ou de décrochage. "On se concentre principalement sur les situations les plus éloignées de l’emploi", résume-t-il. Le dispositif, lancé début avril, suit aujourd’hui une trentaine de jeunes, avec un accompagnement avant, pendant et après les chantiers.
L’enjeu dépasse donc le seul apprentissage d’un geste professionnel. Il s’agit de raccrocher des jeunes sortis de l’école, d’une formation ou des circuits classiques, parfois après les émeutes, et de les orienter vers le RSMA, le service national, le CFA, ou une recherche d’emploi. Selon Sébastien Crougneau, une quinzaine de jeunes ont déjà "bien avancé" dans la définition de leur projet professionnel.
Sur le terrain, Michel Maituku, encadrant pour Active, avance avec patience. Polyvalent, il transmet les bases. "Ils n’ont jamais tenu un mètre ni un marteau", dit-il. Alors il faut montrer, répéter, reprendre le lendemain. "C’est comme à l’école." Les jeunes, assure-t-il, sont "à l’écoute" et "apprennent vite". Il y voit aussi une responsabilité : "C’est eux la future génération qui prendra la relève plus tard."
De son côté, la mairie insiste sur un "double bénéfice". Un équipement utile pour la commune et une expérience de travail pour des jeunes éloignés de l’emploi. Ils sont indemnisés à hauteur de 50 % du SMG. "On est contents de les voir construire quelque chose pour la ville", se réjouit Cynthia Jan. Le chantier doit s’achever le 17 juillet. Quelques jours plus tard, la plateforme servira déjà à faire vivre la scène de la médiathèque.