
Ce soir-là, le Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a fait 86 morts et plus de 400 blessés en fonçant sur près de 2 kilomètres au volant d’un camion de 19 tonnes dans la foule qui venait d’assister au feu d’artifice de la fête nationale française, avant d’être abattu par la police.
Après une marche blanche dimanche [1], près de 20 000 personnes ont assisté mardi soir au même endroit à un spectacle de 2016 drones qui a décliné les mots "liberté", "égalité" et "fraternité" – la devise de la République française -, au son de la chanson Les feux d’artifice de Calogero. Puis 86 faisceaux bleus ont été braqués vers le ciel, pendant qu’étaient égrenés les noms des victimes. La plus jeune avait 2 ans, la plus âgée 79 ans, une trentaine étaient musulmans, près de la moitié étrangers.
Leurs noms avaient déjà résonné en fin d’après-midi au début d’une cérémonie solennelle sur la place Masséna, pendant que 43 Niçois d’une dizaine d’années et 43 adultes intervenus le soir du drame – policiers, pompiers, secouristes, médecins, agents municipaux… – déposaient un rameau d’olivier sur 86 chaises bleues emblématiques de la Promenade des Anglais, chacune gravée du nom d’une victime.
"Nous n’avons oublié aucun nom, aucun visage, aucune histoire", a martelé Emmanuel Macron, tout en rendant hommage à tous ceux intervenus pour les aider. "Ils furent dans le chaos de la barbarie les dignes enfants de la fraternité française."
Au premier rang, le prince Albert II de Monaco, mais également, dans un carré séparé, Marine Le Pen et Jordan Bardella, leaders du Rassemblement national (extrême droite), que le Président n’est pas allé saluer.
Dans la matinée, la présence remarquée – et applaudie par le public – de Marine Le Pen, alliée du maire de Nice Éric Ciotti, à un défilé républicain avait provoqué la polémique.
Le discours du maire a d’ailleurs été très combatif : "Voilà ce que l’islamisme a jeté sur nous. Chez nous. Il y a dix ans, cette idéologie haïssant la liberté des Français et leur mode de vie avait fait preuve de l’unique puissance dont elle dispose, dont elle est capable. La mort. […] La mort pour ceux qui ne se soumettent pas."
Les représentants des victimes ont pour leur part évoqué la difficulté de se reconstruire, et les questions qui restent en suspens, en particulier sur les failles de la sécurité le soir du drame, qui font toujours l’objet d’une information judiciaire.
"Les procès de première instance, puis d’appel (des complices du terroriste, NDLR), ont commencé à établir les responsabilités et ce travail de vérité et de justice se poursuivra avec calme, méthode et exigence", a promis Emmanuel Macron.
Plus largement, le monde a aussi marqué ce souvenir mardi, avec un moment de recueillement avant le coup d’envoi de la demi-finale France-Espagne de la Coupe du monde de football à Arlington, près de Dallas. Dans le silence, les écrans géants du stade ont diffusé le logo emblématique d’un cœur dessiné avec les noms des victimes.
De quoi peut-être apaiser un peu l’amertume de nombreuses victimes qui traînent depuis 10 ans la désagréable impression que leurs souffrances émeuvent beaucoup moins que celles des victimes des attentats parisiens de 2015.