
Depuis les premiers inventaires de la Société calédonienne d’ornithologie, il y a près de quarante ans, aucune présence de stourne calédonien n’avait été recensée dans la forêt sèche du Ouen Toro. "Pourtant, c’est l’une des trois seules forêts sèches du pays qui bénéficient d’un statut d’aire protégée, avec le Parc zoologique et forestier et l’îlot Lepredour", rappelle Hubert Géraux, expert en conservation et plaidoyer au WWF.
Le stourne calédonien, Aplonis striata, est un oiseau frugivore endémique du Caillou. Et l’antenne calédonienne du WWF a aperçu deux couples durant le long week-end du 14 juillet. Sa présence au Ouen Toro est "un merveilleux signal", estime Hubert Géraux, car "cette observation récompense les efforts hebdomadaires réalisés depuis 17 ans pour restaurer cette forêt. Les dizaines de milliers d’arbres plantés offrent maintenant à ces oiseaux frugivores une nourriture abondante."
Depuis janvier 2009, le WWF "réalise des chantiers de restauration basés sur l’engagement écocitoyen bénévole, pour œuvrer à la restauration d’une forêt extrêmement dégradée". Hubert Géraux liste ainsi les nombreuses actions délétères menées sur le site du Ouen Toro : décharge durant la Seconde Guerre mondiale, invasions biologiques, feux, coupes de bois ou encore extraction de silice… "Nous avons donc lancé toute une dynamique de lutte contre les espèces envahissantes et de réintroduction d’espèces endémiques et indigènes, afin de lui permettre de se relever de ces divers assauts. C’est une forêt miraculée qui mérite l’attention et le soin des humains."
Et le miracle est arrivé habillé d’un plumage noir, de deux yeux rouges et d’un "chant singulier". "Nous attendions le stourne calédonien de pied ferme. La restauration forestière n’est pas un sprint, c’est un marathon, soutient Hubert Géraux. Les arbres que l’on plante commencent à fructifier au bout de cinq à sept ans. Le stourne calédonien est un très bon jardinier, qui vole en milieu ouvert. Il permet la dispersion de graines entre les forêts sèches." Si l’oiseau bénéficie du "couvert", "nous allons maintenant lui fournir le gîte ", sourit l’expert en conservation du WWF. Les bénévoles vont lui construire des nichoirs, pour que cet oiseau cavernicole s’installe durablement au Ouen Toro.
Le WWF réalise près de 250 opérations par an dans cet espace préservé et a pu comptabiliser 33 espèces d’oiseaux, dont quatre revenues grâce au travail de restauration de la forêt sèche. Il est tout à fait possible de devenir bénévole au sein de l’organisme et ainsi participer à rendre au parc naturel sa richesse, soit au sein de la pépinière du WWF, soit en devenant "voltigeur", un bénévole œuvrant sur le Ouen Toro. Si les stournes calédoniens, corbeaux et autres notous sont des oiseaux courants dans les forêts calédoniennes, ils avaient jusque-là déserté le sud de Nouméa.