
Ce jeudi 16 juillet, l’Université de la Nouvelle-Calédonie a emprunté les codes des campus américains. À l’appel de son nom, chaque étudiant monte sur la scène qui fait face au public, dans le grand gymnase de l’UNC, à Nouville. Il y reçoit son diplôme sous les applaudissements des centaines de personnes, familles, amis et personnalités venues assister à la cérémonie. Puis, chaque promotion prend la pose pour la photo souvenir, avec leurs précieux sésames en main, avant de faire voler leurs coiffes sous les cris de joie et les sifflets du public.
Au total, 266 titulaires d’un Deust, d’une licence ou d’un master ont été mis à l’honneur. Pour la première fois, l’UNC réunissait lors d’une même cérémonie les diplômés de ses trois départements : droit, économie et gestion ; lettres, langues et sciences humaines ; sciences, technique et santé.

Si la cérémonie de remise de diplôme n’est pas totalement nouvelle, puisque depuis cinq ans, chaque département organisait sa propre soirée, la nouveauté tient plutôt à l’ampleur du rendez-vous et au mélange des filières. Les doctorants et les étudiants de l’IUT, de l’Inspé et de l’IAE, qui suivent un autre calendrier, ne faisaient pas partie de cette promotion. Ils seront mis à l’honneur plus tard dans l’année.
Au milieu de la foule après avoir reçu son diplôme, Maeva Teriitehau arbore son étole orange et un large sourire. À 21 ans, la jeune femme vient de décrocher sa licence de lettres modernes avec une moyenne de 18,71, qui lui vaut la place de major de sa promotion. La suite est déjà tracée. Elle poursuivra en master à l’UNC, avec l’objectif de devenir professeure de lettres en Nouvelle-Calédonie. "Je souhaite travailler ici", insiste-t-elle.

La cérémonie donne une dimension particulière à sa réussite. "Je suis très fière de faire partie de la première promotion qui bénéficie de cette organisation. C’est vraiment bien d’avoir cette reconnaissance et cette ambiance particulière. J’espère que cela sera renouvelé", sourit la jeune diplômée.
Pour Antoine Mabru, la robe noire vient refermer un parcours plus long. À 26 ans, le jeune homme a mis six années à obtenir sa licence de droit. "Ça a été difficile, admet-il. J’ai fait ma licence pendant six longues années, mais je n’ai pas lâché", lâche-t-il avec fierté.

Son diplôme lui ouvre désormais plusieurs possibilités : un master, les concours de la fonction publique ou une autre orientation. Il préfère encore se laisser le temps de choisir. S’il n’exclut pas de partir loin du Caillou, ce serait une étape. "C’est chez moi ici. Si je pars, ce sera pour mieux revenir", affirme-t-il. Et puis, cette cérémonie devant ce nombreux public, donne à son diplôme une autre dimension. "Ça fait extrêmement chaud au cœur de voir autant de personnes, les proches, les amis…", confie le jeune homme.
Pour Catherine Ris, ce nouveau format est l’occasion de montrer une réalité parfois peu mise en avant. "On parle beaucoup des échecs et des difficultés à l’université, estime la présidente de l’UNC, mais beaucoup d’étudiants réussissent. C’est important de les récompenser pour leurs efforts et de les célébrer."

Si le nombre de diplômés reste comparable à celui des années précédentes, Catherine Ris souligne que cette promotion porte la marque d’une période particulière. Certains étudiants ont commencé leur formation en 2024, année des émeutes, où le fonctionnement de l’université a été profondément perturbé. "On peut saluer la persévérance dont ils ont fait preuve, malgré les contraintes et les circonstances bien particulières", met-elle en avant. À la tribune, elle rappelle "le travail et les efforts d’une jeunesse qui se construit et qui construit son pays".
Et d’ailleurs, où cette jeunesse envisage-t-elle d’exercer ses compétences ? Diplômée d’une licence d’économie et gestion, Yaëlle Hmuine quittera prochainement le Caillou pour poursuivre un master en Métropole. Son projet professionnel n’est pas encore tout à fait précis, mais son souhait ne laisse pas de doute à ce sujet : "J’espère revenir ici pour travailler."

Afin d’éviter au maximum la fuite des jeunes cerveaux, l’UNC explique adapter ses formations aux besoins et aux possibilités d’insertion sur l’archipel. Catherine Ris annonce notamment de nouveaux cursus autour de la transition énergétique, de la décarbonation de l’industrie, des études politiques ou encore de l’alimentation.
Mais pour l’instant, dans la liesse du gymnase, les questions d’emploi et de départ attendront encore. Les diplômés savourent leur réussite avec leur famille et leurs proches. "C’est à vous d’écrire la suite de votre histoire", leur lance la présidente de l’université.
