
Ils en ont vu. Mais impossible, pour le moment, de dire combien de dugongs vivent encore autour de la Grande Terre.
Pendant le mois de juin, le WWF a organisé une nouvelle campagne de survols destinée à actualiser les connaissances sur la population de ces mammifères marins, dont le dernier suivi aérien remontait à 2018. L’organisation environnementale a financé et coordonné l’opération, mobilisé les avions et les prestataires. L’Institut de recherche pour le développement (IRD) a, de son côté, participé à la définition du protocole scientifique et mobilisé des chercheurs comme observateurs à bord.
Les appareils ont survolé toute la côte Ouest, de l’île Ouen jusqu’à l’île Baaba, dans l’extrême Nord, ainsi que la côte nord-est jusqu’à Touho. Ils ont suivi des lignes de vol régulièrement espacées, de la côte jusqu’au-delà de la barrière de corail, afin de couvrir de façon régulière les différentes zones du lagon.
Si les mauvaises conditions météo ont parfois contraint à interrompre les opérations pendant plusieurs jours, l’IRD estime que les données recueillies sont de suffisamment bonne qualité pour être analysées.
Des dugongs ont bien été observés. Cependant, le nombre aperçu depuis les avions ne permet pas, à lui seul, de dire combien vivent dans le lagon.
Un animal peut se trouver sous l’eau au moment du passage de l’appareil. La visibilité varie aussi selon la transparence de l’eau, l’état de la mer, le vent, les nuages ou les reflets du soleil. Ces paramètres ont donc été relevés pendant les vols.

À partir de ces observations, les scientifiques utilisent ensuite des modèles statistiques pour estimer le nombre d’animaux présents sur une zone beaucoup plus vaste et corriger autant que possible ceux qui ont échappé aux regards.
L’analyse des données est désormais menée par l’IRD, en collaboration avec l’université James-Cook, en Australie. Il faudra attendre le quatrième trimestre 2026 pour savoir si la population a diminué, augmenté ou si elle est restée stable.
L’un des enjeux est de pouvoir comparer ces résultats avec ceux des précédentes campagnes.
En 2018, le suivi avait porté sur l’analyse de photographies aériennes haute définition. Il avait abouti à une estimation d’environ 370 à 380 dugongs selon le calcul retenu, mais avec une forte marge d’incertitude. Et surtout, les auteurs du rapport soulignaient que le changement de méthode ne permettait pas de comparer directement ce chiffre avec les campagnes d’observation aériennes plus anciennes.

Cette fois-ci, les deux approches ont été associées. Des scientifiques ont observé directement le lagon tandis que des images aériennes étaient enregistrées. "L’objectif était justement de garantir cette continuité", indique l’IRD.
Il ne s’agit pas simplement de publier un nouveau chiffre. Pour Julie Pezin, chargée des projets marins au WWF-France en Nouvelle-Calédonie, ce nouveau suivi doit permettre de vérifier si les actions engagées ces dernières années portent leurs fruits ou si elles doivent être adaptées. "Ces nouvelles données serviront de base scientifique pour orienter les décisions à venir", notamment en matière de protection, de surveillance et de sensibilisation.
Car même une éventuelle hausse de la population ne suffirait pas à considérer le dugong comme tiré d’affaire. Depuis 2022, la population calédonienne de dugongs est classée "en danger" sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Isolée des autres populations, elle présente également une très faible diversité génétique, ce qui la rend particulièrement vulnérable.
Le braconnage, les collisions avec les embarcations, les captures accidentelles et la dégradation des herbiers marins dont se nourrit le mammifère font partie des principales menaces qui pèsent sur l’espèce.
