
Ce n’est pas un simple coup de pêche, ce sont toutes les pêches qui sont racontées dans l’exposition "Des Récifs et des hommes, pêcher pour exister", accrochée jusqu’au 22 août au Musée maritime, à Nouméa. L’ensemble d’un écosystème culturel, mythologique, traditionnel, une précision de savoir-faire, un rituel qui tisse des liens.
La pêche coutumière est ainsi détaillée dans toute sa beauté, sa technicité et sa spécificité, dans cette exposition très documentée de Matthieu Juncker. "La pêche coutumière n’a pas pour finalité de rapporter du poisson, mais de montrer le rôle que l’on joue au sein d’un clan, d’une chefferie. Puis, il y a l’offrande de certains animaux", précise le biologiste marin, consultant pour des organismes publics dans les domaines de l’environnement, du climat et des ressources marines.
Si elle est aujourd’hui accrochée au Musée maritime, cette exposition a voyagé. Présentée une première fois en novembre 2017 au Centre culturel Tjibaou, "elle était vouée à être itinérante", assure Matthieu Juncker. Elle a visité le Centre culturel Pomemie, l’Alliance française de Fidji ou encore les locaux de l’Institut de recherche pour le développement. Car la pêche concerne tout le monde.

"La pêche est un patrimoine commun. En Nouvelle-Calédonie, tout le monde pêche. La pratique transcende les communautés, les âges, les lieux… C’est un élément qui rassemble. Si, dans cette exposition, il y a le prisme du milieu kanak, la mer reste un espace fantastique de mythes, de légendes, d’histoires." Un livre, paru en 2018 aux éditions Madrépores, Des récifs et des hommes. Histoires de pêcheurs de Nouvelle-Calédonie, est le résultat de ce travail collectif.
"Des récifs et des hommes, Pêcher pour exister" relate la pêche coutumière essentiellement à l’île des Pins. Elle parle des hommes, de leurs techniques, de leurs légendes, de leurs paroles, de leurs outils, des espèces qui sont prélevées. Comme le Mïkwaa, ou Poisson du ciel, "un poisson massif d’1,50 m, particulièrement peureux et très difficile à approcher. La manière de le pêcher est unique en Nouvelle-Calédonie."
Entre 2006 et 2009, Matthieu Juncker se rend à Kunié pour référencer les zones de frai (où ils se reproduisent, NDRL) des poissons. "J’ai alors découvert des savoirs écologiques qui m’ont beaucoup apporté par leur précision. J’ai noté plein de choses dans un carnet en me disant que j’allais en faire un livre."

Matthieu demande à son père, Bertrand, de réaliser des aquarelles de ces pêches coutumières, puis se rapproche du Centre Tjibaou pour en faire une exposition. "L’établissement met un point d’honneur à respecter les paroles", souligne le biologiste. Ainsi, Matthieu Juncker s’associe à Floriane Kombouaré pour l’exactitude de l’orthographe et de la toponymie, ainsi qu’à Catherine Sabinot, anthropologue, pour la collecte des paroles. Et à Thomas Douchy pour une vidéo exclusive à voir uniquement lors de l’exposition. L’installation est inaugurée en novembre 2017, puis un livre est édité en 2018. Mais l’exposition a vocation à voyager. Et la voilà aujourd’hui au Musée maritime.

Il s’agit d’un travail particulièrement complet, qui relate des coutumes et des traditions soumises à une évolution inéluctable. La fin de l’exposition présente ces modifications : le passage des filets en fibre de coco au coton, puis au nylon, l’arrivée des moteurs sur les pirogues et les changements de techniques de pêche que cela sous-tend… "Les pêches coutumières disparaissent. Certaines ont déjà disparu dans les années 1950, mais les histoires perdurent, cette culture perdure au travers du récit", estime Matthieu Juncker. La présentation a bientôt dix ans, mais le message qu’elle véhicule reste d’actualité. C’est "une photographie de ces pêches coutumières, qui documente scientifiquement un moment."
"Des récifs et des hommes, Pêcher pour exister" est à voir jusqu’au 22 août au Musée maritime, situé à Nouville.