
La presqu’île de Nouville n’a pas fini de révéler ses vestiges patrimoniaux liés au bagne. Si l’Association témoignage d’un passé (Atup) possède une photographie assez précise de la disposition des lieux à l’époque de l’administration pénitentiaire, tous les bâtiments n’ont pas survécu au passage du temps. Lundi 27 juillet, un chantier de nettoyage de la première briqueterie du bagne a débuté, en vue du Mois du patrimoine, en septembre.

"C’est la première fois depuis au moins trente ans que ce site est nettoyé, donc c’est très important pour nous. Nous cherchons toujours à valoriser le patrimoine calédonien. Ce sont de vieilles pierres, mais il y a des gens qui ont souffert ici, qui sont certainement morts en travaillant dans cette briqueterie. C’est un peu l’hommage que nous rendons à tous ces anciens", introduit Yves Mermoud, président de l’Atup, Association Témoignage d’un passé, à l’initiative du projet. Il a ensuite conté l’histoire du lieu, ou tout du moins celle que permettent de retracer les rares documents existants, au petit groupe présent pour l’opération de nettoyage.

"Les premiers transportés sont arrivés ici en 1864. Il n’y avait rien, aucun édifice sur l’île. Deux ou trois petits bâtiments appartenant à James Paddon, mais c’est tout, poursuit Yves Mermoud. Il a fallu tout construire. L’administration pénitentiaire a donc fait venir des bagnards de France en fonction de leurs compétences : maçons, terrassiers, forgerons, tailleurs de pierre, briquetiers… Pour construire ces bâtiments, il fallait des pierres. Ils ont ouvert des carrières, d’où ils extrayaient notamment de la silice, cette pierre mauve, typique de Nouville", narre le spécialiste.

"Mais pour améliorer les constructions, il fallait des briques. Dans un premier temps, des milliers de briques et de tuiles ont été importées de France. Au bout d’un certain temps, ils se sont dit que ce serait peut-être bien de les fabriquer ici, pour éviter d’avoir à faire venir tous ces matériaux." La briqueterie a été bâtie vers 1878. "La terre était prise à proximité, puis les briques étaient cuites pendant trois jours avant d’être mises à sécher juste à côté." C’était probablement la plus importante de l’époque, "mais il y en avait partout, comme à Koé, à Dumbéa".

Ce chantier de nettoyage et de mise au jour de ces vestiges est mené avec l’accord du gouvernement, propriétaire du terrain, de la province Sud, qui a mis à disposition le matériel et la main-d’œuvre, et de l’association du quartier, Les Alizés, dont certains membres étaient présents pour participer au nettoyage. "Je savais qu’il y avait quelque chose ici, mais je ne m’y étais jamais vraiment intéressé, commence Kabon Naxue, président de l’association Les Alizés, installé dans le quartier depuis 1973.

"Nous nous sommes rapprochés d’Yves Mermoud, car cela permet de proposer aux jeunes une activité rémunérée, avec une occupation qui a du sens, qui permet de mieux comprendre l’histoire de leur quartier, le tout dans une dynamique d’appropriation des lieux et de leur histoire", détaille Kabon Naxue.
Ce chantier est organisé afin de préparer le Mois du patrimoine, organisé en septembre. Il fait partie d’une série de trois projets portés par l’Association témoignage d’un passé et la province Sud dans cette zone. "Le projet est encore en instruction, mais il est prévu de tracer un sentier jusqu’au sommet du mont voisin. Des pistes existent déjà, datant du bagne, puis de la période américaine. Il faut simplement les nettoyer", souligne Yves Mermoud, qui se projette déjà un peu plus loin, en rêvant de nettoyer la maison du gardien des Jardins, située en face de la briqueterie.

Les deux premiers chantiers, eux, devraient être terminés pour le 5 septembre, date à laquelle une randonnée à vélo le matin, puis une randonnée pédestre l’après-midi seront organisées afin de découvrir ces vestiges désormais accessibles tout en offrant une vue générale de la presqu’île de Nouville et de son patrimoine.