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"Redresser le pays" : la mission du 19e gouvernement, selon son président Milakulo Tukumuli
Anne-Claire Pophillat | Crée le 31.07.2026 à 18h32 | Mis à jour le 31.07.2026 à 19h15

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La photo officielle du 19e gouvernement, élu ce vendredi 31 juillet au Congrès. Photo Gouvernement NC
Dans la foulée de l’élection du 19e gouvernement ce vendredi 31 juillet au Congrès, ses membres ont désigné Milakulo Tukumuli (Éveil océanien) à la présidence et Christopher Gygès (Les Loyalistes) à la vice-présidence. L’urgence, selon le nouveau chef de l’exécutif : la situation budgétaire et financière de la Nouvelle-Calédonie.

La page du renouvellement des institutions, amorcée avec le scrutin des provinciales le 28 juin, est achevée, affirme Milakulo Tukumuli, élu à la tête du 19e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ce vendredi 31 juillet [1]. Si les portefeuilles n’ont pas encore été attribués – ils doivent l’être la semaine prochaine -, le leader de l’Éveil océanien considère désormais que les "institutions sont définitivement installées", suite aux deux séquences qui se sont tenues ce matin.

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Les onze membres du 19e gouvernement ont été élus au Congrès [2]

L’urgence, dorénavant, est de se "mettre au travail", insiste-t-il. "On n’a pas une minute à perdre, parce que la situation est grave." Parmi les priorités, le dossier Aircal. Milakulo Tukumuli assure avoir pris rendez-vous et se rendre, dès le jeudi 6 août, à la province des Îles à Lifou, à la rencontre du président, Mickaël Forrest, des maires et, "je l’espère", des différents collectifs, "pour pouvoir désamorcer ce qui est en train de se passer".

Autre dossier en haut de la pile, sans surprise, la situation budgétaire et financière de la Nouvelle-Calédonie. "Cela fait quelques années qu’on doit réformer notre système économique, social, et c’est ce que nous allons faire", déclare le chef de l’exécutif d’un ton décidé, à la suite de son élection. "La mission, c’est de redresser notre pays, réformer, il n’y en a pas d’autre."


Christopher Gygès, vice-président du 19e gouvernement. Photo Anne-Claire Pophillat

Christopher Gygès, qui a obtenu la vice-présidence, compte bien y participer, évoquant "la responsabilité" qui pèse sur ce nouveau gouvernement : "on doit relever la Nouvelle-Calédonie, à la fois ses comptes publics et son économie, la tâche est lourde". Une mission transpartisane doit d’ailleurs s’envoler pour Paris fin août, afin de discuter de ces sujets avec le gouvernement central. Il sera notamment question des milliards qu’il manque sur la partie comptes sociaux, mais aussi de la concrétisation de la transformation de prêts en subventions.

Une vice-présidence qui échappe à l’opposition

Ce qui a été remarqué, ce midi, à la sortie de la séance ayant porté Milakulo Tukumuli à la présidence et Christopher Gygès à la vice-présidence, c’est bien l’appartenance politique des deux élus, à savoir l’Éveil océanien et Les Loyalistes, qui ont conclu un pacte de gouvernance début juillet.

Or, les deux postes stratégiques de l’exécutif sont traditionnellement – cela n’est certes pas une obligation légale, mais un accord tacite issu de la collégialité instaurée par les accords de Nouméa – occupés par des personnalités issues de partis non-indépendantiste et indépendantiste. La règle a prévalu dans quasiment tous les gouvernements depuis le premier, installé en 1999, à l’exception du 6e, sous Harold Martin, secondé par Annie Beustes, tous deux non-indépendantistes. À deux reprises également, la vice-présidence est restée vacante. Cela a notamment été le cas dans le précédent gouvernement, présidé par Alcide Ponga.

Rien de bien choquant, réagit Christopher Gygès, qui considère que la donne politique est différente aujourd’hui. "On a un président du gouvernement qui n’est ni du FLNKS, ni des loyalistes, donc la vice-présidence a été attribuée aux Loyalistes, ce qui ne nous empêche pas de travailler tous ensemble."


Johanito Wamytan, un des quatre membres de l’exécutif de Kanaky NC, avec Gilbert Tyuienon, Meryl Marlier et Ernest Déméné. Photo Anne-Claire Pophillat

Johanito Wamytan, un des quatre membres de Kanaky NC de l’exécutif, en a une lecture différente. "L’esprit de l’accord de Nouméa qui prévalait, à savoir la présidence pour la majorité et la vice-présidence pour l'opposition, n’est pas au rendez-vous", estime le représentant, insistant cependant sur l’importance que "la collégialité prime. Il faut trouver les voies et les moyens ensemble pour résoudre les problématiques du quotidien du peuple de ce pays. C’est ça qui est primordial."

Les secteurs à attribuer

Reste maintenant la dernière étape, à savoir la répartition des portefeuilles. Si le gouvernement dispose d’un délai de dix jours pour se mettre d’accord, il semblerait que l’exécutif souhaite aller vite sur ce sujet. Des pistes se dessinent : Philippe Blaise au budget, Christopher Gygès à l’économie, Nina Julié à la jeunesse ou encore Meryl Marlier à l’agriculture. "Il faudra trouver les équilibres, malgré le contrat de gouvernance qui existe avec la majorité, dans un état d’esprit de continuité", avance Johanito Wamytan, en référence aux secteurs gérés par les indépendantistes lors du précédent gouvernement, comme le transport et la culture.

"Les discussions sont en cours", assurait Naïa Wateou, présidente des Loyalistes au Congrès, deux heures plus tôt, ajoutant que "les grands équilibres sont plus ou moins trouvés. Ce sont les petits ajustements maintenant qu’il faut faire, surtout avec les collègues de l’opposition." Certains portefeuilles seraient en effet disputés entre plusieurs membres, à l’image de l’agriculture. Naïa Wateou balaye ces dissensions. "Ça va aller très vite. De toute façon, il n’y a pas le choix. Le mot d’ordre, maintenant, c’est le travail."

Philippe Blaise : "La priorité, c’est le quotidien des Calédoniens"


Philippe Blaise, ancien premier vice-président de la province Sud, désormais membre du 19e gouvernement, depuis son élection ce vendredi 31 juillet. Photo Anne-Claire Pophillat

C’est Nicolas Metzdorf qui aurait appelé Philippe Blaise pour lui demander si le portefeuille du budget l’intéressait. "Un sujet très délicat", note l’ancien premier vice-président de la province Sud. "Une responsabilité très lourde, la situation est très difficile", juge celui qui n’a pas voulu faire campagne aux provinciales avec Les Loyalistes en raison de divergence notamment sur l’avenir institutionnel et l’accord de Bougival, tout en appelant à voter pour eux.

Après un temps de réflexion, Philippe Blaise, fondateur du MRC, Mouvement républicain calédonien, a donc considéré qu’il était "de son devoir de participer à l’effort collectif pour sauver notre pays, redresser ses finances". "On ne peut pas se désintéresser de la situation de la Nouvelle-Calédonie, des souffrances des Calédoniens et des difficultés dans lesquelles ils sont. Donc pour moi, ça a du sens de venir contribuer."

"Un état d’esprit d’équipe"

Philippe Blaise indique qu’il travaillera "dans un état d’esprit d’équipe, d’intérêt général, qui n’est pas d’écarter ceux qui sont dans la minorité indépendantiste". Un fonctionnement qu’il pense nécessaire au vu de la situation. "La priorité, aujourd’hui, ce n’est plus de se battre sur les questions institutionnelles, idéologiques. Il faut maintenant se centrer sur l’essentiel. C’est le quotidien des Calédoniens, la dignité des familles, donner du travail aux gens, de la perspective", ajoutant que l’idée n’est pas au "dogmatisme". Philippe Blaise ne voit ainsi rien à redire à la vice-présidence donnée aux Loyalistes. Au contraire. "Il s’agit de la représentation du président quand il n’est pas là. Cela correspond à l’équilibre qui a été trouvé pour faire fonctionner ce gouvernement sur long terme."

Nina Julié : "Je vais assumer les deux fonctions"


Nina Julié, maire du Mont-Dore et membre du gouvernement pressenti à la jeunesse. Photo Anne-Claire Pophillat

La nouvelle maire du Mont-Dore, élue aux municipales de mars, demeurera bien à la tête de la commune, a-t-elle confirmé ce vendredi matin. "Je vais assumer les deux fonctions. Je reste pleinement la maire du Mont-Dore." Il n’y a, selon la désormais membre du gouvernement, aucune opposition entre les deux fonctions, au contraire, cela lui permettant de porter la voix de la municipalité dans les plus hautes institutions. "Les Loyalistes m’ont demandé d’y participer de par mon parcours professionnel, mais également de par les ambitions que je porte et qui ont été validées lors des deux dernières élections. C’est aussi l’opportunité de voir le Mont-Dore siéger au sein de ce gouvernement, l’occasion pour les Mondoriens d’avoir quelqu’un de l’intérieur qui porte aussi les dossiers de la ville au plus haut niveau."

Deux femmes sur onze membres

Nina Julié, figure de Générations NC, qu’elle a fondé avec Nicolas Metzdorf en 2019, après leur départ de Calédonie ensemble, fait partie des deux femmes du 19e gouvernement, pour neuf hommes. Un constat que Nina Julié ne déplore pas, considérant que les femmes sont désormais "largement représentées en politique". "Je suis moi-même maire du Mont-Dore, la présidente de la province Sud est une femme, deux autres maires de l’agglomération sont des femmes. Donc nous sommes deux au gouvernement, mais je pense que nous saurons, comme nous l’avons fait jusqu’ici, faire entendre notre voix, en tout cas c’est mon cas."

C’est le secteur de la jeunesse, "que j’affectionne particulièrement", que devrait porter Nina Julié, annonce celle qui souhaite donner "une nouvelle trajectoire" après les émeutes de 2024. "Il y a un cadre à remettre en place pour notre jeunesse, des règles à faire respecter, le goût de l’effort aussi, le travail, le mérite."

Meryl Marlier : "Je comprends le monde agricole"


Meryl Marlier, agricultrice à Pouembout depuis 42 ans, souhaite obtenir le portefeuille de l’agriculture. Photo Anne-Claire Pophillat

Issue de la société civile, agricultrice à Pouembout, ancienne élue à la Chambre d'agriculture et de la pêche, Meryl Marlier, une des quatre membres Kanaky NC du gouvernement, ambitionne de porter le secteur de l’agriculture. "Je comprends le monde agricole et les difficultés des exploitants. J’ai 42 ans d’expérience, pourquoi pas les mettre à profit."

Se mettre au service de cette filière serait la suite logique de son engagement, estime la représentante. "J’ai été engagée pendant 15 ans dans les organisations professionnelles, donc je connais les rouages de l’administration, je travaille avec les institutions, et je remarque qu’il y a vraiment un décalage entre les réalités de terrain et les politiques publiques. Et je souhaite améliorer ça."

Parmi les objectifs qu’elle développe, alors que l’agriculture fait partie des portefeuilles qui sont encore en discussion, "que le monde agricole puisse avoir des revenus, que les jeunes puissent s’installer, et développer l’autosuffisance alimentaire".

Laurent Bonnefond : "La commande publique, levier indispensable pour redresser l’économie"


Laurent Bonnefond, proche du MPC, parti de Gil Brial, entrepreneur, souhaite notamment s’occuper de la reconstruction et de la commande publique. Photo Anne-Claire Pophillat

Lui aussi est issu de la société civile, même s’il a fait, pendant deux mandats, un passage à la mairie de Nouméa en tant qu’adjoint, Laurent Bonnefond est un chef d’entreprise qui représente au sein du 19e gouvernement le MPC, Mouvement populaire calédonien, fondé par Gil Brial en 2011.

Et c’est dans ce domaine qu’il souhaite agir. "Venant de la société civile et de l’entreprenariat, on a une vision peut-être un peu différente des choses et aujourd’hui, si on m’a choisi, c’est un grand honneur, c’est pour travailler pour la Nouvelle-Calédonie. Ce que je souhaite faire, c’est d’essayer de faire en sorte qu’elle se relève."

Dans ce qu’il juge être une situation économique et budgétaire "absolument catastrophique, il ne faut pas se voiler la face", Laurent Bonnefond veut se mobiliser pour le monde privé et "que dans le cadre de la reconstruction et de la commande publique, on puisse permettre à un maximum de petites entreprises de travailler, aux gens de retrouver un emploi, une activité qu’ils n’ont plus, pour passer cette période difficile".

Il s’agit d’un "levier indispensable pour remonter l’économie et redonner confiance aux Calédoniens. Il y a une vraie urgence et je mettrai toute ma détermination pour obtenir des résultats."

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