
La société d’ornithologie Manu (SOP) a rendu public son bilan de l’année 2025 et, même si le réchauffement climatique suit son effrayante tendance, l’association reste optimiste et motivée. Et il y a de quoi, puisqu’elle affiche quelques belles réussites : le monarque de Tahiti et celui de Fatu Iva, en danger critique d’extinction, sont en voie d’être sauvés.
La récompense d’efforts et d’un travail de fond mené avec passion par des amoureux de la faune avicole bien particulière puisque le Fenua compte "30 espèces endémiques encore présentes", un chiffre qui fait du territoire "un espace unique", selon la vice-présidente de la SOP Manu, Jeanine Parau. "Cinquante ont déjà disparu" par le passé après l’arrivée des humains sur les îles. Et d’ailleurs, sur les 30 espèces endémiques, une vingtaine sont menacées de disparition et dix en "danger critique".
Pour les préserver, il faut lutter contre les espèces envahissantes, que ce soit la faune ou la flore. On pense aux miconias, aux tulipiers du Gabon, mais aussi aux rats noirs ou encore à la petite fourmi de feu. La SOP Manu organise des campagnes d’arrachage et plante des arbres endémiques pour régénérer les écosystèmes. Des programmes de dératisation et de lutte contre la petite fourmi de feu sont également régulièrement mis en place. Autant de stratégies qui ne sont pas sans rappeler celles en place en Nouvelle-Calédonie.
Cette méthode de régénération des habitats a porté ses fruits pour le monarque de Tahiti. De 12 individus en 1998, ils sont désormais 167 au dernier recensement. "Une réalisation considérée comme l’une des plus remarquables jamais enregistrée pour un passereau", explique l’association, mais aussi le résultat de 27 années de suivi de l’espèce et de travail contre les espèces envahissantes. "Nos efforts ne sont pas vains", explique Jeanine Parau.
La société d’ornithologie mène désormais un programme de restauration sur l’île inhabitée de Meetia afin de créer un refuge sécurisé pour le monarque de Tahiti. Des "translocations" qui ont déjà été menées pour d’autres espèces : le carpophage des Marquises et le héron strié de Tahiti, dont des populations de sauvegarde ont été créées, pour le premier à Nuku Hiva et pour le second à Huahine. Des succès qui montrent "la capacité unique de la SOP Manu à concevoir et mettre en œuvre des programmes de conservation d’urgence dans l’un des environnements les plus exigeants au monde sur le plan logistique".
Autre innovation, menée aux Marquises, pour sauver le monarque de Fatu Iva : le premier poussin né d’un œuf incubé en captivité et l’élevage de jeunes en captivité avant de les relâcher dans la nature. Des succès qui ont "fait plaisir" aux équipes puisqu’on ne compte aujourd’hui que 16 individus dans la nature. D’autres programmes sont menés aux Tuamotu, à Rapa et aux Australes. Un partenariat avec la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) est également en train de se monter. " Avoir un partenaire fort et expérimenté, qui existe depuis des années, c’est important. La LPO est associée à d’autres associations de défense de l’environnement du Pacifique. On est des petites associations. C’est important d’être ensemble pour être plus forts ", explique Jeanine Parau.