
Dans quelques semaines, le visage de Mai, plus connu en Europe sous le nom d’Omai, constituera la pièce maîtresse d’une exposition organisée par le Getty Center. Un événement qui dépasse le rendez-vous culturel : en 2023, la National Portrait Gallery de Londres et le Getty Museum de Los Angeles ont déboursé 50 millions de livres sterling – soit près de 6,7 milliards de francs – pour acquérir le tableau de Joshua Reynolds. Il s’agit de l’acquisition la plus importante de l’histoire de la National Portrait Gallery.
Cette exposition replacera, le temps de quelques mois, un enfant du Pacifique au cœur de la scène culturelle internationale. Car au-delà de sa valeur artistique, cette œuvre raconte autant le destin de Mai que les premiers regards portés par l’Europe sur le Pacifique. Originaire de Raiatea, Mai rejoint l’Angleterre avec James Cook en 1774. Accueilli par le roi George III et introduit dans les cercles mondains londoniens, il devient l’une des figures les plus célèbres des premiers contacts entre l’Europe et le Pacifique. Deux ans plus tard, Joshua Reynolds réalise son portrait, aujourd’hui considéré comme l’une des œuvres majeures de la peinture britannique du XVIIIᵉ siècle.
Si le tableau est parfois salué pour la dignité avec laquelle Mai y est représenté, il porte également les marques du regard de son époque : le Polynésien apparaît vêtu d’un costume inspiré de l’orientalisme, révélateur des représentations que l’Europe projetait alors sur les peuples du Pacifique.
Le 15 septembre, le portrait de Mai gagnera Los Angeles, ville tournée vers le Pacifique, et future hôte des Jeux olympiques de 2028. Un rayonnement international que la Polynésie compte mettre à profit : réuni ce mercredi, le conseil des ministres a accordé près de 7 millions de francs à la société Arioi Experience, "pour financer sa participation à la cérémonie culturelle d’ouverture de l’exposition du portrait".
La délégation sera conduite par la plateforme de formation à la culture polynésienne de Hinatea Colombani, déjà présente à Cambridge en octobre dernier pour découvrir l’œuvre. Au-delà de sa présentation au public américain, le déplacement doit permettre de porter une lecture polynésienne de l’histoire de Mai : "Avoir la possibilité de parler pour nos ancêtres, pour honorer les mémoires, c’est quelque chose de grand", disait-elle sur sa page Facebook.
La subvention financera notamment la création d’outils pédagogiques sur l’histoire de Mai et les savoirs culturels polynésiens, destinés aux scolaires et aux familles, ainsi que le déplacement d’experts du tapa, du tātau, des ʻōrero et d’autres patrimoines vivants, afin de présenter ces savoir-faire au public américain et, plus largement, de donner une visibilité au patrimoine culturel polynésien aux États-Unis. Il s’agira ainsi de faire de cette exposition un espace de récit et de réappropriation : restituer à Mai son histoire, faire entendre la voix de ceux dont il est issu.