
Une structure incontournable dans l’économie de la province Nord, mais fragilisée par les crises successives et tributaire d’un modèle inadapté. C’est le constat établi par la Chambre territoriale des comptes au sujet de Nord Avenir, dans un rapport publié le lundi 3 août et portant sur l’analyse des exercices comptables de 2020 à 2024 de la société d’économie mixte de la province Nord.
Fondée en 2014 pour diversifier et densifier le tissu économique du Nord – en dehors de l’activité minière et métallurgique, portée par la Sofinor – Nord Avenir détient aujourd’hui "près de 60 filiales" et intervient principalement dans les secteurs du tourisme, de l’agriculture, de l’aquaculture et de la pêche. Son actionnariat repose très majoritairement sur le secteur public et parapublic et "son conseil d’administration est entièrement contrôlé directement ou indirectement par la province Nord", présente la CTC dans sa publication.
Dès 2017, trois ans après sa création, la société a été confrontée à des difficultés financières qui n’ont fait que s’accroître au fil des crises (Covid, émeutes…) survenues en Nouvelle-Calédonie. En septembre 2019, Nord Avenir a ainsi sollicité auprès du tribunal de commerce de Nouméa la mise en place d’un plan de sauvegarde, finalement accordé en 2022.
Quatre ans plus tard, force est de constater que l’apurement du passif auquel il doit aboutir est loin d’avoir été atteint. La société affiche sept milliards de francs de dette, "alors que ses investissements sont insuffisamment rentables" pour assurer son remboursement, pointe la CTC. Plus inquiétant : la province Nord pourrait être appelée à combler ce passif, quand bien même rien n’a été provisionné par la collectivité pour faire face à un tel scénario. La trésorerie de Nord Avenir, qui s’élevait à 552 millions de francs en 2023, s’est par ailleurs effondrée à la suite des émeutes, passant sous la barre des 200 millions un an plus tard.
Validé pour une période de dix ans, le plan de sauvegarde doit permettre un apurement du passif à travers des "cessions d’actifs, un rééquilibrage de l’exploitation, mais aussi le remboursement d’une partie des comptes courants injectés dans les filiales et participations par Nord Avenir". À terme, l’objectif fixé par le tribunal est d’assurer la poursuite de l’activité de la société en procédant à un "recentrage stratégique". Autrement dit, la justice exige de Nord Avenir qu’elle abandonne sa fonction de "holding" d’entreprises pour se concentrer sur l’aide au démarrage d’activité et à l’amorçage de projets.
Or, aucune délibération de l’assemblée provinciale ou décision de son conseil d’administration ne prévoient une telle réorientation. "Dans cette perspective, la gouvernance institutionnelle et financière de Nord Avenir devra être réformée", exige la Chambre.
Ce recentrage est pourtant d’autant plus important que la CTC fait le constat, dans son rapport, d’un modèle économique "non viable". En effet, celui-ci, basé sur un apport d’actifs de la Sofinor d’un montant de 9,5 milliards de francs, ne permet pas à la société "de disposer d’une situation financière équilibrée et pérenne". À cela s’ajoute "un nombre important de sociétés" liées à Nord Avenir "concernées par une procédure collective" et disposant de "capitaux propres négatifs". Par conséquent, le groupe "n’a plus engagé d’opération majeure défiscalisée depuis 2019".
Une "réflexion sur la pertinence du fonctionnement" de l’outil devra donc être menée, et aboutir à l’encadrement de ses interventions, qui devront se limiter aux compétences de la province. D’autre part, "les investissements et cessions devront être encadrés par des objectifs et des règles déterminés par le conseil d’administration". Le rapport met en effet en lumière une absence d’évaluation des résultats obtenus depuis la création de Nord Avenir, qui représentait, en 2022, 18 % de l’emploi privé en province Nord. La Chambre territoriale des comptes recommande ainsi la mise en place d’un "dispositif d’évaluation périodique partagé de l’action de Nord Avenir".
Enfin, la CTC demande que la possibilité de rémunérer les élus membres du conseil d’administration de la société soit abrogée, estimant que "le processus décisionnel doit sécuriser la soutenabilité financière des interventions menées et prévenir tout risque de conflits d’intérêts".