
Cent millions de francs, douze épaves à évacuer et un objectif : tourner la page de plusieurs décennies d’abandons de navires dans les lagons polynésiens. Le chantier, lancé à la mi-juillet à Raiatea et appelé à s’achever en novembre à Ua Pou, concernera neuf îles réparties entre les archipels de la Société, des Tuamotu et des Marquises. Au-delà de cette vaste opération de dépollution, l’exécutif entend surtout s’attaquer aux causes du problème en préparant une évolution de la réglementation pour que le coût des futurs renflouements ne repose plus sur la collectivité.
En droit, le principe est pourtant clair : lorsqu’un navire est abandonné ou fait naufrage, son propriétaire demeure responsable de son renflouement, de son retrait et de sa dépollution. Dans les faits, la réalité est plus complexe. C’est du moins ce qu’explique Catherine Rocheteau, directrice des Affaires maritimes. " Propriétaires introuvables, insolvables ou dépourvus d’assurance " : faute de pouvoir obtenir une intervention rapide, le pays est régulièrement contraint d’avancer les frais afin de sécuriser la navigation et de préserver les écosystèmes lagonaires, avant d’engager de longues procédures pour tenter d’en obtenir le remboursement.
Ces démarches n’aboutissent pas systématiquement. Sur les douze épaves en cours de retrait, l’administration estime ainsi qu’environ 30 % des sommes engagées pourraient ne jamais être recouvrées, laissant une partie de la facture à la charge de la collectivité.
Pour rompre avec ce modèle, le gouvernement prépare une évolution de la réglementation. Son objectif : rendre obligatoire une assurance couvrant les frais de renflouement et de retrait des navires en cas de sinistre ou d’abandon. Une telle couverture permettrait de garantir la prise en charge financière des opérations, sans dépendre de la solvabilité des propriétaires ni reporter systématiquement le coût sur les finances publiques.
Une telle obligation existe déjà, au titre des conventions internationales, pour certains grands navires. Le gouvernement entend désormais l’étendre, par le biais d’une loi du pays, à l’ensemble des bâtiments concernés naviguant dans les eaux territoriales de la Polynésie française, y compris les navires étrangers.
La mesure devra toutefois s’accompagner de nouveaux outils de contrôle. Catherine Rocheteau explique vouloir s’appuyer sur la future plateforme Escales, sur laquelle les plaisanciers devront déclarer leur arrivée dans les eaux polynésiennes et transmettre une attestation d’assurance. Ce dispositif doit notamment permettre aux autorités de vérifier que les navires, y compris étrangers, respectent cette future obligation.
" Il faut tout faire en même temps ", résume la directrice des Affaires maritimes. Autrement dit, poursuivre le retrait des épaves héritées du passé tout en mettant en place les outils nécessaires pour éviter que de nouveaux navires abandonnés ne viennent, demain, alourdir à leur tour la facture de la collectivité.