
Elle ne se déplace jamais sans sa malle aux "trésors" et ses pochettes poétiques. Des papiers transparents ou colorés, des peintures à l’eau, des galets, des coquillages, des plumes de différentes couleurs, des pompons, des graines, des fils de fer, du bois, des paillettes… qu’elle met à disposition. Les participants à cette séance d’art-thérapie avaient pour thématique le voyage. "Nous sommes en 2026, une année un, précise Myriam Gras, art-thérapeute. J’avais envie de proposer cette idée de départ, avec comme base une pirogue matérialisée par de la fibre de coco dans laquelle on va emporter les éléments dont on a envie avec nous pour ce voyage."
Chaque participant, protégé par un paravent pour garder une forme d’intimité, va embarquer des éléments qui font sens selon ses problématiques, ses questionnements, ses traumatismes. "Dans cet espace cadré, la personne découvre une nouvelle manière de se rencontrer par l’entremise de matières diverses, de couleurs et d’images. Elle se permet un temps pour soi", appuie Myriam Gras.
L’art-thérapie permet d’éveiller l’imaginaire, la poésie, de donner une forme aux représentations et aux émotions, afin de mieux pouvoir les comprendre et ainsi favoriser un processus de transformation et de maturation. Ces matériaux créatifs vont devenir des médiateurs entre la personne et son univers sensitif, émotionnel et imaginaire. "L’art-thérapie n’est pas du tout un cours d’art. Elle vient en support, en accompagnement par exemple d’une psychothérapie ou d’autres protocoles de soin déjà établis, explique Myriam Gras. Mais lorsque les mots ne peuvent pas être dits par rapport à ce qui se passe en nous, un traumatisme, des situations qui nous dépassent, l’art-thérapie vient convoquer le symbolisme qui est le préambule du mot, ouvrir un mouvement, un chemin qui est propre à chacun, une pulsion de vie, et partir plus léger."

Myriam Gras a cette image du caillou dans la chaussure avec lequel on marche depuis des années jusqu’à un moment où on s’autorise à s’arrêter, à l’enlever, et à continuer son chemin plus sereinement. En fin de séance, les participants ont le choix de présenter ce qu’ils ont créé ou pas. "Dans la mesure où ce sont des créations éphémères, on peut tout à fait ranger dans la boîte tous les éléments que l’on a utilisés et garder pour soi ce qui a été réalisé ou le partager verbalement avec les autres participants", relate Myriam Gras. L’art-thérapeute n’est pas dans l’analyse, le jugement, l’interprétation. "Mais je peux demander l’autorisation à une personne de lui poser des questions par rapport à sa création, toujours dans une neutralité bienveillance."
Myriam Gras accompagne des personnes qui ont vécu des trajectoires très différentes. Des femmes victimes de violences conjugales ou intrafamiliales hébergées au Centre d’hébergement d’urgence de la province Sud. Des jeunes adultes en situation de handicap à l’APEH NC (Association des parents d’enfants handicapés de Nouvelle-Calédonie). Des personnes malvoyantes au sein de l’association Valentin Haüy. Des femmes d’un certain âge qui, au sein du centre communal d’action sociale de Nouméa, ont envie de retrouver une forme d’interactivité avec l’extérieur. "Me former en art-thérapie, c’était aussi ouvrir un vecteur de communication à une population qui n’emploie pas le verbal pour s’exprimer, partager ses émotions", souligne Myriam Gras, qui est aussi comédienne et animatrice. C’est sa sensibilité théâtrale qui l’a conduite à faire ce métier tourné vers l’humain.
La précarité menstruelle en Nouvelle-Calédonie est un enjeu croissant, affectant particulièrement les jeunes filles et les femmes en situation de vulnérabilité. C'est encore parfois ici un sujet tabou. À la Maison des Étudiants, Myriam Gras et Amandine Rich, artiste plasticienne, proposent une séance de trois heures dédiée à la précarité mensuelle. Une première partie où on aborde en art-thérapie le rapport à la féminité, à la femme, à la réconciliation avec soi-même. " Je les invite à réaliser un jardin de leur féminité, un temple pour se réconcilier avec elle-même en contournant par la symbolique, le langage médical ou les poncifs, du genre, les règles, c'est sale, dépasser aussi parfois la honte, sans les mots. " Suit un temps de paroles. La dernière partie, organisée par Amandine Rich, est un atelier créatif, consistant à créer un outil, soit un bracelet qui permet de se repérer dans son cycle menstruel.