
De la tristesse, plus que de la colère. Et surtout, pas de découragement. Lundi 17 août, quelques heures après avoir découvert environ 600 jeunes arbres de forêt sèche arrachés ou coupés sur deux parcelles de Nouméa, Thibaut Bizien et les équipes de Caledoclean en avaient déjà remis 300 en terre. Les 300 autres doivent l’être demain, mardi.
Le chargé de mission avait été alerté dans la matinée par des personnes chargées de l’entretien d’un sentier voisin. L’association préfère ne pas révéler l’emplacement précis du site, situé sur la commune de Nouméa.
Sur place, certains plants sont déracinés, d’autres sectionnés. Les dégradations auraient été commises au cours du week-end. Dans une vidéo publiée lundi matin, Thibaut Bizien avait d’abord avancé le chiffre de 300 arbres. L’inspection de la seconde zone a fait doubler le triste bilan. "C’est 300 par parcelle. Il y a deux parcelles, donc 600 arbres au total", se désole le jeune homme.
Les deux parcelles avaient été plantées en mai et juin dans une zone dominée par les mimosas. Le projet vise à y faire revenir la forêt sèche. Toutes les espèces mises en terre appartiennent à cet écosystème fragile. Certaines sont endémiques et menacées de disparition, indique Caledoclean, qui rappelle que la forêt sèche ne couvre plus qu’environ 2 % de sa surface originelle sur la Grande Terre.
Un chantier de ce type commence bien avant la plantation à proprement parler par les bénévoles. Il faut d’abord collecter les semences, les confier aux pépinières où elles seront élevées pendant plusieurs mois. Il faut ensuite préparer le terrain, débrousser, creuser les trous et acheminer le matériel. "C’est un travail très long, très dur", rappelle Thibaut Bizien.
Si aucun auteur et encore moins de mobile n’étaient identifiés ce lundi, pour l’association, le nombre de plants touchés et la manière dont ils ont été arrachés ne laissent que peu de doute sur le caractère volontaire de ce sabotage.
Des dégradations avaient déjà été constatées par le passé sur certaines plantations de Caledoclean, mais jamais dans de telles proportions. "À cette échelle, c’est très rare. On a déjà eu des dégâts, mais jamais à ce point-là."
Thibaut Bizien indique qu’il envisage de se rendre au commissariat. "Je pense que je vais aller déposer plainte. On ne parle pas de dix arbres arrachés spontanément. Là, c’est gros."
Il ne souhaite pas pour le moment chiffrer les dégâts. Même si, reconnaît-il, la somme est importante, elle reste secondaire à ses yeux au regard de la valeur écologique des espèces touchées. "Il y a des plantes qui sont vraiment remarquables. Elles sont menacées d’extinction. Là, on est sur des arbres qui font vraiment partie du patrimoine calédonien."

Dans la vidéo publiée le matin, le chargé de mission laissait éclater sa colère. Contacté quelques heures plus tard, il fait plutôt part de sa tristesse. Celle de voir détruit en un week-end un travail collectif engagé plusieurs mois auparavant. Mais il l’assure, cet épisode ne le décourage pas et Caledoclean poursuivra ses plantations l’année prochaine.
L’alerte donnée tôt ce lundi matin a augmenté les chances de sauver une grande partie des arbres, restés peu de temps déracinés. Mais leur remise en terre ne signifie pas pour autant leur survie. "On va essayer, mais personne ne peut le garantir", insiste Thibaut Bizien. Demain, mardi, les équipes doivent retourner sur la seconde parcelle pour tenter de sauver les 300 plants restants.