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"Tu casses, tu répares !" : à Dumbéa, des TIG pour recouvrir les tags
Julien Mazzoni | Crée le 18.08.2026 à 16h57 | Mis à jour le 18.08.2026 à 16h58

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Un condamné à des TIG recouvre les tags sur le muret bordant l’esplanade du collège d’Apogoti. Photo Julien Mazzoni
Depuis le mois de février, quarante-huit personnes condamnées ont participé à la brigade citoyenne chargée d’effacer les tags et de remettre en état l’espace public à Dumbéa. Encadrées par l’association Active, elles accomplissent leur peine en effectuant un travail non rémunéré au service de la collectivité.

Le rouleau avance sur le muret. Sous la peinture blanche, les grandes lettres rouges disparaissent, sans tout à fait s’effacer au premier passage. Gilet fluorescent sur le dos et bonnet noir vissé sur la tête, Nelson s’applique. Âgé de 27 ans, il doit effectuer 200 heures de travail d’intérêt général (TIG). Il en a déjà accompli 155. Avant cela, il a passé six mois sous bracelet électronique. Ce chantier ? "C’est une bonne chose, c’est mieux que d’être au Camp-Est", explique le jeune homme avant de replonger son rouleau dans le pot de peinture.

Ce mardi 18 août, ils sont quatre à travailler sur l’esplanade du collège d’Apogoti. Le site fait partie des secteurs désignés par la mairie pour les interventions de sa brigade citoyenne de lutte contre la pollution visuelle. Créée en 2025, elle a accéléré le rythme cette année : une semaine de chantier tous les quinze jours, de février à décembre.

Les équipes ne recouvrent pas seulement les tags. Elles remettent également en état du mobilier urbain ou des équipements publics et renouvellent les protections des fresques du parcours Dumbé’Art. Depuis février, quarante-huit personnes y ont exécuté leur sanction. La mairie consacre environ 5 millions de francs par an à l’opération, financée dans le cadre de son plan jeunesse avec le concours de l’État.

Remettre en état l’espace public

La commune choisit les sites et finance les chantiers. Le service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip) oriente les personnes condamnées. L’Association calédonienne pour le travail et l’insertion vers l’emploi (Active) apporte le matériel et l’encadrement. Tous les quinze jours, elle constitue avec le Spip une équipe généralement composée de quatre personnes.

Elles ne réparent pas forcément la dégradation à l’origine de leur condamnation, mais le chantier leur permet, souligne Louise Valin, directrice d’Active, de travailler à la remise en état de l’espace public. Dumbéa organise deux chantiers par mois, contre généralement un dans les autres communes avec lesquelles travaille l’association, précise-t-elle.

Les participants sont en majorité des habitants de Dumbéa. Pas une obligation, mais tout de même plus pratique : ils doivent rejoindre le point de rendez-vous par leurs propres moyens, à 7 heures.

Donner du sens à la peine

Le TIG est un travail non rémunéré effectué au profit d’une collectivité, d’une association ou d’une autre structure agréée. En fonction du délit, sa durée peut aller de 20 à 400 heures. Il peut être prononcé directement par le tribunal ou résulter de la conversion, par le juge d’application des peines, d’une peine ferme de six mois maximum.

"Le but, c’est que la personne puisse réparer une faute commise en travaillant au profit d’une collectivité", souligne Jean-Claude Eliac, directeur du Spip. Un salarié peut aussi effectuer un TIG en dehors de son emploi, dans le respect des durées maximales de travail.


De gauche à droite, Cynthia Jan, maire de Dumbéa, Jean-Claude Eliac, directeur du Spip, et un autre membre du service pénitentiaire échangent sur le fonctionnement du dispositif. Photo Julien Mazzoni

Pour Active, ces chantiers s’inscrivent dans un accompagnement plus large de personnes très éloignées de l’emploi. "Avant de prétendre à une insertion professionnelle, on va être sur une insertion sociale", rappelle Louise Valin. Il faut parfois commencer par obtenir une pièce d’identité, ouvrir un compte bancaire ou accomplir une démarche administrative.

Si aucun chiffre n’a été avancé sur l’effet de ces chantiers sur la récidive, Sébastien Crougneau, coordonnateur du Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance de Dumbéa, remet les participants dans une dynamique d’activité tout en offrant à la commune une réparation visible.

Une confiance à reconstruire

"Je crois vraiment en la justice réparatrice", insiste Cynthia Jan. Pour la maire, le principe tient en quatre mots : "Tu casses, tu répares !" La commune propose également des postes de TIG directement dans ses services, mais ces remplacements sont devenus "un peu plus compliqués" depuis les émeutes.

Les incendies et les dégradations de bâtiments publics ont provoqué "une perte de confiance" chez certains agents municipaux, reconnaît Cynthia Jan. Mais la maire affirme vouloir reprendre ces accueils avec des procédures mieux encadrées. Sur l’ensemble des postes TIG proposés à Dumbéa, au-delà de la seule brigade anti-tags, Sébastien Crougneau estime qu’environ cent personnes pourraient être accueillies cette année.

En parallèle, la mairie prépare, avec le procureur, des mesures transactionnelles destinées aux auteurs de certaines dégradations. Un barème doit permettre de leur réclamer le coût d’une poubelle, d’un banc ou d’un autre équipement public endommagé.

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