
"Je joue depuis que je suis gamin, je ne sais pas faire autrement que jouer", glisse David Sigal. C’est cette passion que le coorganisateur du premier Festival des jeux de plateau, sous la houlette du Sci-Fi club dont il est membre, souhaite partager lors de cet événement, prévu le samedi 22 août dans les bâtiments du Creipac, à Nouville. "Il existe aujourd’hui des jeux d’une grande richesse, de par l’environnement, le thème, la réflexion. On entre dans un monde. Antique, science-fiction, policier, il y a des figurines, des décors, on est vraiment transporté ailleurs."
D’autant que la pratique s’est largement développée ces dernières années, notamment sous l’effet Covid, qui a dynamisé les ventes dans le monde entier comme dans l’Hexagone. En 2024, 34 millions de boîtes ont été écoulées en France, plus de 500 nouveaux jeux arrivent sur le marché chaque année, et un quart des Français joueraient une fois par semaine. Une tendance à laquelle n’échappe pas la Nouvelle-Calédonie. Au sein du Sci-Fi club, les amateurs se réunissent chaque jeudi dans les locaux de la maison Célières, au Faubourg-Blanchot. "Il y a des mordus de jeu de société ici, et ce rendez-vous permet aux gens de se rencontrer et de partager une partie. D’autres viennent avec un jeu, s’installent, et attendent que des personnes intéressées s’attablent avec eux. Tout le monde est accepté, même les débutants."
Cette ambiance, David Sigal espère bien qu’elle imprégnera la journée de samedi. "L’idée, c’est vraiment de faire plaisir, de faire découvrir cet univers ludique aux visiteurs, en regroupant les Calédoniens de tous les âges et tous les horizons." Car le festival est ouvert à tous. Aux novices comme aux initiés. Le jour J, des bénévoles du Sci-Fi vont présenter 27 jeux en animant des parties toute la journée sur une quinzaine de tables, permettant ainsi à une soixantaine de personnes de s’amuser en même temps.
Le magasin Ludik, spécialisé dans le domaine, proposera de quoi intéresser les familles et les plus jeunes. Et l’association Neuro Atypik NC amènera un jeu conçu en Nouvelle-Calédonie et adapté aux enfants neuroatypiques, "Le Chemin des émotions", coopératif et pensé pour aider à mettre des mots sur son ressenti. La structure revendra également des jeux d’occasion apportés par les visiteurs afin de récolter des fonds. Enfin, Toy’spot installera des jeux en bois géants, et la Bouquinerie du Liseron un stand de livres et de bandes dessinées d’occasion.

En plus de son aspect divertissant, la pratique n'est pas dénuée d’effets positifs, souligne David Sigal, qui met en avant son utilisation par des professeurs, des psychologues et des parents pour l’apprentissage des élèves, des patients et des enfants. "Ce sont des outils pédagogiques qui développent créativité, logique, mémoire et coopération. Ils rendent actifs, curieux et motivés, et stimulent l’intelligence cognitive, émotionnelle, sociale et motrice, et ce, à tous les âges, même adultes, et ils renforcent les liens sociaux et familiaux grâce à des moments d’échange."
Et pour ceux qui connaissent les classiques comme La Bonne paye, le Monopoly, Uno, Loups-garous, ou, plus récemment, Skyjo, et hésiteraient à se frotter à d’autres aux règles plus complexes, Kevin Galliot, coorganisateur, raconte ce qui a marché pour lui. "Le jeu qui m’a amené vers la difficulté moyenne, c’est Catan, j’y joue depuis que je suis gamin. J’y suis allé petit à petit, en passant différents niveaux de complexité. Il ne faut rien s’interdire. L’esthétisme d’un jeu, son graphisme, ses mécaniques… peuvent vraiment convenir à une personne qui, à la base, n’est pas du tout attirée par les jeux experts."
À ses côtés, Enzo Rubagotti, qui participe également à la mise en place du festival, évoque, lui, Munchkin. "C’est une valeur sûre. Ce n’est pas trop complexe, et en même temps, il y a quand même pas mal de subtilités, et on s’immerge très rapidement dans l’univers. On incarne un petit guerrier dans un donjon, et le but est d’évoluer en combattant des monstres. Il a été pensé comme une parodie de jeu de rôle, et c’est assez drôle. Il y en a pour tous les goûts. Impossible de ne pas trouver chaussure à son pied."
Si la recette prend, samedi, le festival, qui se veut "simple et convivial", pourrait devenir un rendez-vous régulier.

Les jeux, ça s’invente partout. Aussi en Nouvelle-Calédonie, où il existe des dizaines de concepts originaux. Certaines de ces créations seront présentées samedi au Creipac. Six d’entre elles seront en lice au concours de créateur de jeu. Parmi les participants, Enzo Rubagotti, récemment diplômé d’une licence en informatique, qui s’est lancé dans la création de jeux de société avec deux amis. Un processus long et surtout évolutif. "Au début, le jeu se passait dans la mangrove, il y avait différentes factions, les crabes, les poissons, etc. qui se battaient pour la contrôler. Maintenant, on est plutôt partis sur de la science-fiction. On a gardé l’idée de faire grandir un empire, mais cette fois il s’agit d’un empire galactique."
Dans cette démarche, Enzo Rubagotti est encadré par le dispositif Pépite à l’Université de la Nouvelle-Calédonie, qui accompagne les jeunes qui se lancent dans l’entrepreneuriat. Avec ses deux collègues, Enzo Rubagotti peaufine le prototype en vue du concours. Et espère qu’un jour, il puisse être diffusé auprès du grand public.
Kevin Galliot sera un de ses concurrents, avec "Zanatomy". "C’est un jeu très simple. On joue des apprentis docteurs, et on lance des maladies sur ses concurrents, qui auront des effets. Par exemple, une maladie peut nous obliger à fermer un œil, une autre à tirer la langue, à parler à la troisième personne du pluriel, ou encore à commencer ses phrases par : 'Moi, président'. Il y a un aspect drôle et stratégique, car si on ne fait pas le gage, on perd une carte, c’est-à-dire un point de vie. Quand on n’en a plus, on est éliminé."
Le jury, composé de connaisseurs et de créateurs déjà édités, testera les jeux afin de les évaluer selon une dizaine de critères. Le 1er prix comprend la prise en charge par Ludik, avec l’imprimerie Digiprint, de la fabrication d’un prototype.
L’affiche du film, réalisée par le dessinateur Nicolas Yann Martin, sert à promouvoir l’évènement, mais constitue aussi le support pour un concours auquel peuvent jouer les visiteurs. Huit jeux de société illustrés sur l’affiche sont à identifier. Le jour du festival, un bulletin sera mis à disposition pour permettre d’y inscrire les réponses. Des lots sont à gagner.
Page Facebook : Festival des jeux de plateau du Sci-Fi Club NC [1]. Le festival a lieu le samedi 22 août, de 8 heures à 17 heures, au Creipac, à Nouville. Entrée libre. Restauration possible sur place.