
Treize milliards de francs et un bol d’air d’un mois. C’est ce que le gouvernement a annoncé ce mercredi 19 août aux élus du Congrès, réunis en commission plénière non publique pour examiner les finances du pays. "Cette fois-ci, nous sommes entrés dans les détails", rapporte Virginie Ruffenach. Avec 48 conseillers présents sur 54, la présidente de l’institution législative relève une participation "presque record", à la mesure d’une situation pudiquement qualifiée de "très difficile".
Si Pierre-Chanel Tutugoro, chef du groupe Kanaky NC, ne décrit pas d’affrontements politiques lors de cette intense séance, il évoque plutôt des demandes d’éclaircissement et estime que Milakulo Tukumuli est "un président qui joue la transparence à fond", en présentant les comptes tels qu’il les a trouvés à son arrivée.
La nouvelle était déjà tombée dans la matinée : l’État a accepté de verser d’ici la fin du mois d’août 13 milliards de francs [1] sur le prêt de 44,2 milliards contracté fin mai auprès de l’Agence française de développement (AFD) [2].
Environ 16,8 milliards avaient jusqu’ici été décaissés. Sur les 27,5 milliards encore attendus, cette tranche laissera donc près de 14,5 milliards à débloquer. Virginie Ruffenach ajoute que la subvention de l’État de 7,2 milliards n’a toujours pas été versée. Mais au-delà de ces sommes déjà promises, il faudrait, selon les estimations présentées en commission, 12 à 13 milliards supplémentaires pour atteindre janvier ou février 2027, précise-t-elle.

"Ça va nous donner de l’air jusqu’en septembre", résume Philippe Blaise, membre du gouvernement chargé du budget et des finances. Selon lui, le prêt aurait dû être intégralement versé en début d’année. "L’État nous a un peu envoyé ça avec un élastique", dans l’attente d’engagements sur le Ruamm et les retraites. La Nouvelle-Calédonie, explique-t-il, a ainsi dû retarder certains paiements, dont le reversement de parts d’impôts destinées à des organismes publics, aux communes et aux provinces
Mais ce court répit ne règle pas le vrai problème de fond. Philippe Blaise estime que les destructions d’entreprises et d’emplois de 2024 ont privé la collectivité d’environ 50 milliards de francs de recettes fiscales par rapport à 2023. "Il n’y a qu’une solution, ajoute-t-il, c’est la relance économique. Il faut recréer des emplois, avoir des cotisants et des entreprises qui paient des impôts."
Mais cette reprise tarde à venir. Et pendant ce temps, les déficits du Ruamm et des retraites continuent de peser sur les comptes. Philippe Blaise voit les principales marges de manœuvre dans les quelque 100 milliards de dépenses annuelles de santé, aujourd’hui insuffisamment pilotées, estime-t-il. Il évoque "quelques pourcents d’économie", sans remettre en cause le nombre de médecins ni la qualité des soins. "On n’a pas eu le courage de mener les réformes, mais il va falloir les mener", assène-t-il.
De son côté, le groupe Kanaky NC ne ferme pas la porte à des réformes de fond, mais pose tout de même ses limites. Pierre-Chanel Tutugoro souhaite déjà commencer par revoir les niches fiscales. "Il ne faut pas aller creuser la plaie là où ça fait déjà mal", prévient-il.
La délégation transpartisane doit se rendre à Paris du 1er au 5 septembre. Virginie Ruffenach évalue déjà à 60 milliards l’aide nécessaire en 2027, alors que le pacte de refondation en prévoit 44 milliards pour toute la période 2027-2030 [3]. Le premier cap sera fixé le lundi 24 août, avec la déclaration de politique générale de Milakulo Tukumuli.
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/le-gouvernement-annonce-le-versement-des-13-milliards-de-francs-par-l-etat
[2] https://www.lnc.nc/article/le-gouvernement-et-l-etat-signent-le-pret-garanti-de-44-milliards-de-francs
[3] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/economie/plan-de-relance-64-projets-finances-pour-9-milliards-de-francs
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