
La commune du Mont-Dore dépense moins et emplie moins d’agents qu’en 2020. Mais elle ne connaît toujours pas avec précision la valeur de ce qu’elle possède, elle peine à suivre les factures qu’elle doit recouvrer et manque de visibilité sur ses futurs investissements. Dix ans après son précédent contrôle, la Chambre territoriale des comptes (CTC) retrouve ainsi plusieurs faiblesses déjà signalées en 2016.
Examiné le jeudi 20 août par le conseil municipal, le nouveau rapport s’est penché sur les exercices 2020 et suivants. Il couvre une période marquée notamment par la Covid et les émeutes de 2024, ainsi que par une baisse de 8,4 % de la population depuis 2019, établie à 25 503 habitants. Malgré ce contexte, la CTC ne décrit pas une commune au bord de la faillite. Elle évoque plutôt une "situation financière en dents de scie", avec des comptes difficiles à lire et une trésorerie régulièrement sous tension.
Le jugement de la Chambre est sans équivoque : "La qualité et la sincérité des comptes" sont "compromises". La mairie ne dispose pas d’un inventaire complet et à jour de ses biens, tels que terrains et véhicules. Par exemple, des bâtiments et des équipements déjà utilisés, représentant 803,8 millions de francs, étaient encore comptabilisés comme s’ils étaient en chantier. Ils n’ont donc pas été correctement amortis, c’est-à-dire que leur vieillissement et leur perte de valeur n’ont pas été entièrement pris en compte.
Pour la seule année 2024, la CTC relève un écart d’au moins 254,6 millions sur le résultat de fonctionnement présenté par la commune, principalement après avoir recalculé ces amortissements. Et encore, le montant réel pourrait être plus important. Faute d’avoir identifié précisément les sommes dont le recouvrement est incertain, la Chambre n’a pas pu mesurer toutes les corrections à apporter aux comptes.
Par ailleurs, des recettes sont restées pendant dix ans sur des comptes provisoires, sans être correctement enregistrées. Certaines dépenses d’investissement ont également été reportées d’une année sur l’autre alors qu’elles ne reposaient pas sur un engagement définitif. Conséquence : les résultats affichés dans les documents budgétaires ne donnent pas une image fidèle de la situation de la mairie.
Quant à la trajectoire financière, elle est plus contrastée qu’il n’y paraît. Entre 2020 et 2024, l’excédent dégagé par le fonctionnement courant est passé de 555 à 636 millions de francs. Cette amélioration vient d’abord des économies réalisées. Les dépenses ont diminué de 13,1 %, contre une baisse de 8,9 % des recettes. Les charges de personnel, notamment, ont reculé de 1,7 à 1,54 milliard de francs.
Dans le même temps, les dépenses consacrées aux travaux et aux équipements sont tombées de 745 à 388 millions, soit une chute de 48 %. Rapporté au nombre d’habitants, le Mont-Dore investit près de 30 % de moins que les autres communes du Grand Nouméa.
Mais la réserve financière de la commune a également diminué de moitié. Confrontée à des difficultés de trésorerie récurrentes depuis 2002, la mairie utilise régulièrement des avances bancaires à court terme. Leur montant atteignait environ 700 millions de francs en 2024. Cette année-là, les difficultés de paiement de la commune pour les marchés publics dépassaient la limite réglementaire des trente jours et étaient supérieures d’un tiers à ceux des autres communes de la province Sud.
Quant aux budgets annexes, ces comptes particuliers consacrés à certains services publics, comme l’eau, l’assainissement et le ramassage des ordures, ils pèsent aussi sur la trésorerie générale. La plupart sont dans le rouge et alimentés par le budget principal.
La mairie a également réduit ses effectifs. Elle comptait 263 postes autorisés au début de l’année 2026, soit 9 % de moins qu’en 2020. Plus d’un sur dix était toutefois vacant à la fin de l’année dernière. D’après les données, encore provisoires, la masse salariale à continuer de diminuer en 2025. La Chambre reconnaît cet effort, mais pointe un "pilotage déficient" et la "persistance de certaines irrégularités".
Parmi ces anomalies, la CTC relève notamment le recrutement de contractuels sur des emplois qui devraient normalement être occupés par des fonctionnaires, ainsi que "des indemnités versées sans base juridique ou de manière indue". Elle demande d’y mettre fin dès cette année et de mieux contrôler l’utilisation des véhicules et des logements de fonction.
Si les subventions aux associations ont diminué de plus d’un tiers entre 2020 et 2025, passant de 44,5 à 29,6 millions, les aides aux radios associatives sont en revanche restées stables et sont même devenues le premier poste de subventions en 2024. Pour certaines de ces aides, estime la Chambre, "l’intérêt public communal n’est pas toujours clairement établi".
Autre irrégularité, entre mai 2025 et mars 2026, des décisions ont continué à être prises sur la base d’une délégation accordée à l’ancien maire, Eddie Lecourieux. Elles étaient donc, selon la CTC, "irrégulières, car dépourvues de fondement juridique". Les délégations données aux adjoints et à certains agents n’étaient pas valables non plus.
La CTC appelle enfin la mairie à renforcer sa sécurité informatique. Un audit effectué en 2024 avait conclu à un niveau de protection faible et identifié plusieurs failles majeures ou critiques. Ses préconisations n’ont été que "très partiellement mises en œuvre".
La CTC fixe désormais plusieurs échéances : l’arrêt des primes irrégulières est demandé dès 2026, la programmation des investissements en 2027, l’inventaire du patrimoine et le renforcement de la sécurité informatique en 2028, puis le retour à l’équilibre des budgets annexes en 2029.

Sans surprise, la nouvelle majorité se montre plus sévère que la Chambre territoriale des comptes. Nina Julié estime hériter "d’une situation très dégradée". Élue maire en mars, elle présente le rapport comme le bilan de la précédente mandature. Selon un communiqué fourni par la Ville, 55 % des recommandations et des rappels au droit formulés lors du contrôle de 2016 n’avaient toujours pas été appliqués.
La maire assure avoir déjà régularisé plusieurs points. Une délégation de compétences a été votée dès son installation. Les décisions prises entre mai 2025 et mars 2026 ont fait l’objet d’une expertise juridique et la mairie affirme que le travail nécessaire sur les actes concernés est achevé.
Mais le dossier le plus lourd concerne les ordures ménagères. D’après la mairie, près de 760 millions de francs de factures impayées se sont accumulés depuis 1997. Une grande partie ne pourra probablement plus être encaissée et devra être progressivement retirée des comptes.
Pour redresser ce budget, la municipalité veut améliorer le recouvrement et réduire les coûts. Elle envisage aussi, si nécessaire, de revoir le niveau du service de collecte. Une hausse de la redevance n’est évoquée qu'"en dernier recours".
La mairie annonce enfin des dépenses supplémentaires pour protéger ses systèmes informatiques, recenser son patrimoine et programmer l’entretien de ses équipements. "Notre responsabilité est de régler ces problèmes, de sécuriser durablement la commune et de ne pas transmettre à notre tour cette situation à la prochaine mandature", déclare Nina Julié.